France: Les religions sont peu présentes dans les bibliothèques en France
Au nom de la laïcité
Paris, 3 février 2010 (Apic) Au nom de la laïcité, les religions sont peu présentes dans les bibliothèques en France, estime Valérie Tesnière, spécialiste de politique documentaire. Dans une interview accordée à «La Croix», la directrice de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine estime que le manque de formation des bibliothécaires sur le fait religieux peut aussi expliquer une certaine timidité en la matière
Valérie Tesnière a conduit en 2008, auprès d’une dizaine de bibliothèques publiques, un sondage sur la place qu’elles font au religieux. «Le fait religieux est d’abord très éclaté dans ses représentations, avec une cote (système de classement) pour les religions proprement dites, une autre pour le fait social religieux, une autre encore pour l’histoire des religions, sans parler de l’histoire de l’art…»
Son constat: «Une certaine timidité des bibliothèques publiques à traiter ce sujet». Si certaines grosses bibliothèques, comme la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, ou celle de Lyon sont très en pointe, organisant même des débats, les petites et moyennes observent un certain attentisme: elles en restent à une encyclopédie générale, à un abonnement au Monde des religions dans le meilleur des cas et c’est à peu près tout. On y trouve très rarement un Coran ou une Torah, assure-t-elle.
D’après elle, d’une manière générale, le christianisme est le plus représenté et c’est normal. Dans certaines villes à forte population musulmane, les bibliothèques ont un peu étoffé leur fonds sur l’islam. Mais sur la religion juive par exemple, il n’y a quasiment jamais rien. La seule religion qui trouve grâce à leurs yeux est le bouddhisme tibétain, sans doute parce qu’il est à la mode.
Pour l’achat des livres, commente Valérie Tesnière, ce sont les bibliothécaires qui font les choix, parfois avec un comité d’usagers. Lors de leur formation professionnelle, on leur recommande de rédiger une «charte documentaire» comme cela se fait depuis longtemps dans les pays anglo-saxons. Quant aux élus, ils n’interviennent absolument pas dans les choix, même si certains se montrent sensibles au sujet.
L’interlocutrice de «La Croix» assure qu’il y a bel et bien une demande pour des livres sur les religions: «Lorsque nous les interrogeons à ce sujet, les bibliothèques reconnaissent qu’il existe une demande, notamment sur les religions non-chrétiennes». Pourquoi cette réticence alors, interroge Anne-Bénédicte Hoffner, l’auteure de l’article publié en ligne par «La Croix»? «Dans certains cas, on a affaire à une laïcité plutôt militante de la part des responsables. Le plus souvent, les bibliothèques craignent tout simplement de s’exposer soit aux reproches de manque d’objectivité, soit de remise en cause de la laïcité et ne se jugent pas assez armées pour y répondre. Au nom de la neutralité, de l’objectivité et du pluralisme des opinions, elles renoncent donc à poser le débat». (apic/cx/abh/pr)




