Pakistan: Les chrétiens inquiets du retour au pouvoir de Nawaz Sharif

Aucune amélioration en ce qui concerne les lois anti-blapshème

Islamabad, 7 juin 2013 (Apic) Après une campagne électorale et un scrutin marqués par la violence, le Parlement pakistanais a élu le 5 juin 2013 le Premier ministre Nawaz Sharif, leader du parti Pakistan Muslim League-Nawaz (PML-N). Cette élection inquiète les chrétiens et les autres minorités religieuses, rapporte le 6 juin 2013 l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris, Eglises d’Asie. Nawaz Sharif est en effet un fondamentaliste et un conservateur, et aucune amélioration en ce qui concerne les lois anti-blapshème n’est à attendre.

Premier ministre pour la troisième fois, quatorze ans après le coup d’Etat qui l’avait contraint à l’exil, Nawaz Sharif a été élu en partie grâce aux voix des minorités, bien que la majorité des non-musulmans voient avec appréhension son retour à la tête de l’Etat.

Le passé du nouveau Premier ministre ne plaide en effet pas pour une amélioration de la situation des minorités, notamment en ce qui concerne les lois anti-blasphème. «Nawaz Sharif est un fondamentaliste et un conservateur (…) et il a toujours accordé une large place aux partis religieux islamiques», s’inquiète le Père Bonnie Mendes, prêtre catholique à Faisalabad.

A chacun de ses mandats à la tête du gouvernement, mais aussi ces cinq dernières années lorsque son frère Shahbaz Sharif était ministre-président du Pendjab, les attaques antichrétiennes ont augmenté et les autorités et fonctionnaires appartenant au PML-N fortement soupçonnés d’être impliqués dans les agressions. Selon des estimations prudentes, durant ces cinq années du PLM-N à la tête du Pendjab, environ 300 ahmadis, chrétiens et chiites auraient été tués dans des attaques communautaristes.

«La majorité des chrétiens n’ont aucun espoir en ce qui concerne l’arrivée au pouvoir de Sharif, en raison de sa vision religieuse fondamentaliste et des liens étroits qu’il entretient avec les groupes islamistes», ont déclaré plusieurs leaders politiques chrétiens lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Lahore le 30 mai dernier, rappelant notamment la coalition formée par le PML-N avec le Jamat-e-Islami dans les années 1990.

Aucune amélioration

Aucune amélioration n’est à attendre, affirment encore les leaders chrétiens, en ce qui concerne les lois anti-blapshème. Lors de son précédent passage au gouvernement de 1996 à 1999, Sharif avait renforcé les peines prévues par ces lois, jusqu’à la réclusion à perpétuité et la peine capitale.

«Le frère de Sharif a été très dur dans l’application des lois anti-blasphème, qui sont la cause principale des persécutions faites aux chrétiens, principalement dans la province du Pendjab», souligne quant à lui Nadeem Anthony, avocat chrétien et membre du conseil de la Commission des droits de l’homme du Pakistan.

Selon Alexander Mughal du Minorities Concern of Pakistan (MCP), «même si quelques chrétiens espèrent des changements, la très grande majorité d’entre eux sont inquiets de cette élection».

Une attitude ambiguë

Le leader du MCP explique que les chrétiens ont pourtant contribué dans une certaine mesure à l’élection de Sharif, en votant massivement pour son parti au Pendjab, province où vivent 80 % d’entre eux.

Alors que la région recense les attaques les plus meurtrières contre les minorités (ahmadis, chrétiens, chiites), les communautés chrétiennes, en particulier celles des banlieues de Lahore, semblent avoir permis au PML-N de remporter la majorité des deux tiers dans la province.

«On peut être surpris, commente de son côté le Père James Channan, directeur du Peace Center de Lahore, d’apprendre que, dans de nombreuses villes, les chrétiens ont voté en faveur de Nawaz Sharif, par exemple à Lahore, Faisalabad, Okara, Renala Khurd et Multan, des villes se trouvant toutes au Pendjab».

Selon le prêtre, ce vote chrétien s’explique surtout en raison d’une situation économique catastrophique : «La population a énormément souffert sous le gouvernement du Parti populaire du Pakistan (PPP), surtout économiquement (manque d’électricité, inflation, chômage, corruption). Ils sont nombreux à avoir choisi le PML-N, pensant que seul Nawaz Sharif pourrait sauver l’économie du pays»: Pour le Père Channan, «il reste à espérer que Sharif modifiera son attitude envers les islamistes et se concentrera sur les questions économiques majeures». (apic/eda/cw)

7 juin 2013 | 09:26
par webmaster@kath.ch
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