Pakistan: Rapport de l’Eglise catholique sur les minorités religieuses
Augmentation de la violence à l’égard des chrétiens
Lahore, 25 juin 2010 (Apic) La tendance des violences contre les minorités religieuses «est en augmentation constante en 2009-2010», la loi sur le blasphème est «une épée de Damoclès sur les minorités», la liberté religieuse «est réduite à un mythe» et «face à l’apathie du gouvernement, il est urgent d’agir pour protéger les droits de l’homme au Pakistan». C’est ce qu’affirme le Rapport annuel sur les minorités religieuses diffusé fin juin par la Commission «Justice et paix», de la Conférence épiscopale du Pakistan.
Le rapport, transmis à l’agence catholique Fides, examine avec des dates et des épisodes circonstanciés le phénomène de la discrimination sociale et de l’intolérance religieuse en vigueur dans le pays. «C’est un travail de documentation qui réunit toutes les informations sur les conditions difficiles des minorités religieuses, et en particulier des chrétiens. Les principaux problèmes sont liés à la loi sur le blasphème, aux conversions forcées, aux discriminations, aux violences, à l’érosion de la liberté religieuse. Le tableau qui émerge est vraiment critique et mérite une grande attention, au Pakistan et hors du pays», explique à Fides le Père Emmanuel Yousaf Mani, directeur de la Commission «Justice et paix».
Une petite minorité musulmane extrémiste et influente
Un des chapitres est consacré aux dommages provoqués par la «loi sur le blasphème», «une loi qui constitue notre grande préoccupation – affirme le P. Mani – parce qu’elle est injuste et fait souffrir beaucoup de personnes par des accusations totalement fausses. Le dernier cas du catholique Rehmat Masih, âgé de 73 ans, de Faisalabad, est, à ce propos, exemplaire. Mais les abus sont quotidiens: c’est pourquoi nous avons lancé une vigoureuse campagne abolitionniste». Le directeur raconte à Fides: «La société civile au Pakistan soutient cette campagne. 95% de la communauté musulmane nous soutiennent. Seule une étroite minorité extrémiste est opposée. Cette petite minorité a le pouvoir de conditionner et de déterminer les politiques nationales, car les hommes politiques, dans le gouvernement et au Parlement, sont impliqués dedans et en subissent l’influence. Les groupes fondamentalistes utilisent aussi des moyens d’intimidation. Le fait est qu’il manque la volonté politique d’abolir cette loi».
Abus de la loi sur le blasphème
Selon le rapport, les abus de la loi sur le blasphème continuent à un rythme élevé dans tout le pays. En 2009 les cas enregistrés ont été de 112, qui ont touchés 57 ahmadi (mouvement dérivé de l’islam), 47 musulmans et 8 chrétiens. Au total, entre 1987 (où elle est entrée en vigueur) et 2009, il y a eu 1’032 personnes injustement touchées. Les actes directs d’intolérance religieuse augmentent aussi: 9 attaques contre des églises et établissements chrétiens, dont plusieurs très graves (à Gojra, Sialkot et Kasur) qui ont causé des morts et des blessés.
Le rapport s’arrête ensuite sur les propriétés injustement soustraites aux minorités non musulmanes (des églises, des temples, des cimetières et instituts appartenant aux chrétiens ou à d’autres communautés religieuses en font les frais). Un chapitre est consacré à l’érosion de la liberté religieuse, qui se fait dans la totale désinformation de l’opinion publique: les permis de construire des lieux de culte sont niés aux minorités; les musulmans qui voudraient se convertir à d’autres confessions sont menacés. Enfin, en 2008, il y a eu 414 cas de conversions forcées de chrétiens et d’autres croyants à l’Islam, et au total, dans la période 2005-2009, les cas recensés – qui sont seulement la pointe d’un iceberg – se montent à 622. (apic/fides/bb)



