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Australie: Les 23e JMJ: c’est aussi officiellement parti pour Benoît XVI

Marine Soreau, envoyée spéciale à Sydney

Papier de synthèse de la première journée officielle, Apic

Sydney, 17 juillet 2008 (Apic) Les 23e Journées mondiales de la jeunesse, à Sydney, ont également officiellement débuté pour le pape Benoît XVI, jeudi 17 juillet. Au programme de la matinée de cette 1ère journée: une visite au palais gouvernemental, une prière au sanctuaire de la bienheureuse Mary MacKillop, puis une visite de courtoisie au gouverneur général et une rencontre avec le Premier ministre Rudd.

Dans le premier discours prononcé sur le sol australien, le 17 juillet 2008 à Sydney, Benoît XVI a salué les «pas concrets» de l’Australie pour réparer «les injustices commises dans le passé contre les peuples indigènes». Le pape, qui s’est exprimé au cours de la cérémonie d’accueil australienne au palais gouvernemental par le Gouverneur général et le Premier ministre, a aussi affirmé l’importance de protéger l’environnement naturel comme «l’environnement humain», évoquant le pays comme un «terrain fertile» pour le «dialogue oecuménique et interreligieux».

Benoît XVI a ainsi évoqué les aborigènes, dont «l’héritage forme la partie essentielle du panorama culturel de l’Australie moderne». «Grâce à la décision courageuse de reconnaître les injustices commises dans le passé contre les peuples indigènes, des pas concrets sont en train de se faire actuellement afin de rejoindre une réconciliation fondée sur le respect réciproque», a salué le pape. Aux yeux de ce dernier, cet exemple de réconciliation offre «une espérance à ces peuples qui, dans le monde entier, désirent voir leurs droits affirmés et leur contribution à la société reconnue et promue».

Dès les débuts de la colonisation, les aborigènes d’Australie ont été massacrés et confinés dans des réserves. Ce n’est qu’en 1992 que le Premier ministre australien, Paul Keating, affirma la nécessité d’une réconciliation. En février 2008, le gouvernement travailliste élu en décembre 2007 avait présenté les excuses de la Nation pour la génération volée.

Quel monde pour les générations futures?

Installé sur une tribune dans le parc de la résidence, le pape a aussi évoqué l’importance de «réfléchir sur le type de monde que nous sommes en train de céder aux générations futures» et sur «la nécessité de protéger l’environnement et d’exercer une administration responsable des biens de la terre».

Durant cette cérémonie d’une demi-heure environ, Benoît XVI a ensuite abordé le thème de «l’environnement humain». A ses yeux, l’Australie, où «beaucoup de traditions religieuses» sont représentées, est «un terrain fertile pour le dialogue oecuménique et interreligieux».

Devant le Gouverneur général Michael Jeffery et le Premier ministre Kevin Rudd, le pape a évoqué «l’Eglise en Australie» comme «la plus jeune des Eglises de différents continents» mais aussi «la plus cosmopolite». Evoquant la «contribution» apportée par les catholiques immigrés «à la construction du pays», il a rappelé que la «communauté catholique, dans le contexte actuel plus sécularisé, continue à offrir une contribution importante à la vie nationale», notamment à travers «l’éducation et la santé».

Le pape, accompagné notamment du cardinal Tarcisio Bertone, secrétaire d’Etat du Saint-Siège, a été accueilli à 9h (heure locale) au palais gouvernemental de Sydney par le Gouverneur général Michael Jeffery et le premier ministre Kevin Rudd. Après l’exécution de l’hymne du Vatican, 21 coups de canon ont salué l’arrivée du pape dans le parc de la résidence, où s’est déroulée la cérémonie. Le pape a ensuite passé en revue les troupes de l’armée australienne avant de monter sur la tribune où il a écouté le discours du premier ministre Kevin Rudd avant de prononcer le sien.

Recueillement

Pour son second acte de la journée, Benoît XVI est ensuite aller prier sur la tombe de la seule bienheureuse du pays, Mary MacKillop (1842-1909). La fondatrice des religieuses de Saint-Joseph a été béatifiée en 1995 par Jean Paul II lors de sa visite à Sydney.

A son arrivée dans ce sanctuaire situé à ’North Sydney’, en face du centre de la ville (de l’autre côté de la baie), le pape a été accueilli par la soeur Anne Derwin, supérieure des religieuses de Saint-Joseph, pour ensuite se recueillir quelques minutes sur la tombe de cette fondatrice qui a consacré sa vie au service des pauvres et des analphabètes.

Après cette halte d’un quart d’heure dans ce sanctuaire devenu un lieu de pèlerinage unique en Australie, Benoît XVI devait repartir à 10h (heure locale) pour l’»Admiralty House» de Sydney pour une seconde visite, de courtoisie cette fois-ci, au gouverneur général Michael Jeffery et une rencontre avec le premier ministre Kevin Rudd.

L’eau, la nourriture et l’énergie

Troisième rendez-vous: la visite de courtoisie effectuée par Benoît XVI à l’»Admiralty House» de Sydney, avec une discussion sur l’environnement et le dialogue interreligieux au coeur de la rencontre entre le pape et les autorités australiennes.

Selon le père Lombardi, le pape a tout d’abord rencontré le gouverneur général Michael Jeffery (dont le mandat de 5 ans s’achèvera en août 2008) accompagné de son épouse et de quelques collaborateurs, pendant 30 minutes.

Au cours de l’entretien, le gouverneur général a abordé «le problème de l’environnement», mettant l’accent sur «la nourriture, l’eau et l’énergie», a expliqué le père Lombardi. Le pape a quant à lui souligné l’importance de «l’énergie de l’esprit pour le bon développement de l’humanité». Benoît XVI et le gouverneur général ont aussi évoqué le «dialogue interreligieux».

Puis le gouverneur a offert au pape une «belle boîte en bois local précieux», a commenté le père Lombardi. Le pape lui a quant à lui offert la reproduction d’une mosaïque représentant la place Saint-Pierre, à Rome.

Par la suite, Benoît XVI s’est entretenu pendant 30 minutes avec Kevin Rudd (Premier ministre depuis décembre 2007), accompagné de sa famille. Ensemble, ils ont parlé de «thèmes culturels et religieux», principalement le «dialogue interreligieux et des initiatives lancées dans la région», a affirmé le père Lombardi. Le pape a particulièrement évoqué «les valeurs partagées entre les différentes communautés comme service pour la paix». Le pape a ensuite offert au premier ministre une carte de la Cité du Vatican.

A l’issue de ces entretiens, Benoît XVI a rejoint la résidence épiscopale Sainte-Marie, près de la cathédrale, pour y déjeuner. En début d’après-midi, Benoît XVI se rendra sur un quai de la baie de Sydney, pour une cérémonie d’accueil avec des milliers de jeunes.

Avec les jeunes

Le pape est ensuite entré dans le vif du sujet, raison de sa présence en Australie: sa rencontre avec les jeunes, invités par le pape à sauvegarder leur environnement naturel et social

Arrivé par voie de mer sur le quai de ’Barangaroo’, dans la partie ouest de la ville, le pape a mis en garde les jeunes fidèles des 23e Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) contre le relativisme et le sécularisme, mais aussi contre l’abus d’alcool et de drogue, l’exaltation de la violence et la dégradation de la sexualité. Evoquant l’environnement naturel, Benoît XVI a évoqué les «plaies» qui marquent «la surface de la terre: l’érosion, la déforestation, le gaspillage des ressources minérales et marines et ce, pour alimenter un besoin de consommation insatiable».

Devant la foule des jeunes et des drapeaux du monde entier, le pape s’est aussi demandé comment «la violence domestique» tourmente «tant de mères et d’enfants» ; «comment se fait-il que l’espace humain, le plus beau et le plus sacré qu’est le sein maternel, soit devenu un lieu de violence indicible».

«La création de Dieu est unique et elle est bonne», a alors lancé Benoît XVI devant près de 150’000 jeunes de 170 pays. «Les préoccupations au sujet de la non-violence, du développement durable, de la justice et de la paix, de la protection de notre environnement sont d’une importance vitale pour l’humanité».

S’adressant enfin aux aborigènes, le pape s’est dit «profondément ému» de se trouver sur leur terre, «connaissant toutes les souffrances et les injustices qu’elle a supportées, mais conscient aussi du redressement et de l’espérance, actuellement en cours, dont tous les citoyens australiens peuvent être fort justement fiers».

L’accueil des aborigènes et des jeunes

Peu après 14h30 (heure locale), Benoît XVI a été accueilli sur le quai de ’Rose Bay’ par une délégation aborigène. Uncle Allen Madden, 59 ans, chef de l’Etat aborigène de cette région, a salué le pape et lui a offert un bâton de bois, sorte de laissez-passer indiquant que le pape n’est pas accueilli comme un ennemi. «Nous appelons le pape le gardien de la loi. Il est pour nous une personne importante parce qu’il s’occupe de l’esprit et non de la loi», a affirmé le chef aborigène.

Benoît XVI a ensuite embarqué sur le bateau ’Sydney 2000’, un navire de 43 mètres de long et de 4 étages qui a longé les rives de l’immense baie de Sydney pendant 45 minutes. Près de 500 personnes avaient pris place à bord, dont 16 jeunes – 12 des différents continents et 4 Australiens (un aborigène, un marin, un émigré du Vietnam et un jeune d’immigration ancienne) chargés de lui expliquer au long du trajet l’histoire des différents lieux de la baie. Une flottille de 12 petites et moyennes embarcations, avec près de 1900 jeunes, a suivi le ’Sydney 2000’ durant tout le trajet.

A son arrivée sur le quai de Barangaroo, à 15h30, le pape, très souriant, a été accueilli par 43 aborigènes considérés comme les gardiens de la région. Benoît XVI a ensuite rejoint l’immense podium rouge installé sur l’esplanade de Barangaroo.

A la fin de cette cérémonie, Benoît XVI devait rejoindre à 17h30 la maison épiscopale Sainte-Marie où il dînera et passera la nuit.

A l’heure où le pape prenait son premier bain de foule avec les jeunes, le Premier ministre australien Kevin Rudd estimait a estimé jeudi sur les ondes de la radio Sky News que l’Eglise catholique devait répondre à chaque cas de violence sexuelle commise par des prêtres, au moment où le pape Benoît XVI, qui préside les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) à Sydney, doit s’exprimer sur cette question. «Il est très important que l’Eglise réponde à chaque cas individuel», a estimé le Premier ministre travailliste. (apic/iedia/ms/pr)

17 juillet 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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