Australie: Mis sous enquête par le Vatican, un prêtre australien quitte le sacerdoce

L’Eglise dériverait dans une direction «sectaire et fondamentaliste’’

Rome, 18 mars 2001 (APIC) Le Père Paul Collins, un théologien catholique australien de renom, a quitté sa congrégation religieuse et le sacerdoce après une longue enquête du Vatican concernant son livre sur la papauté. Missionnaire du Sacré-Cœur, Paul Collins a averti ses supérieurs qu’il ne pouvait pas rester prêtre plus longtemps en raison de la politique du Vatican. Il déplore que la direction de l’Eglise dérive dans une direction «sectaire et fondamentaliste’’.

Paul Collins, dont les écrits étaient sous la loupe de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, a annoncé sa décision cette semaine à Sydney. Il a souligné qu’il suivrait le même chemin que le théologien de la libération brésilien Leonardo Boff: abandonner son ministère de prêtre. Le prêtre contestataire a reçu de nombreuses lettres de soutien.

Ordonné prêtre en 1967 dans la congrégation des Missionnaires du Sacré-Cœur, il a franchi le pas à cause d’une procédure en cours, lancée par la Congrégation du cardinal Ratzinger, concernant son livre «Papal Power» (le pouvoir du pape), publié en 1997. Le religieux est très connu à Sydney, notamment comme commentateur de la chaîne radio et TV australienne ABC.

Dans son livre, le religieux critiquait la conception théologique et des procédures de la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi. Cette dernière avait sollicité l’intervention du supérieur général du Père Collins, Michael Curran, afin que le théologien en cause fournisse des explications. Le religieux a refusé de répondre, expliquant qu’il «ne pouvait se soumettre à la politique et aux positions théologiques qui viennent du Vatican et d’autres organismes ecclésiaux». Ce qu’il répète dans un récent ouvrage intitulé «From Inquisition to Freedom» (De l’inquisition à la liberté).

L’enquête romaine a été «la goutte qui a fait déborder le vase», affirme le Père Collins. Au début, a-t-il confié, il a voulu ne pas donner à cette enquête une importance disproportionnée, mais il est vite apparu que la Congrégation entendait aller plus loin et «que ceci impliquait inévitablement d’autres personnes». «Le ton de la lettre du cardinal Ratzinger au Père Curran indiquait clairement que la Congrégation se préparait à me censurer car les commentaires préjugeaient de la suite. Ce qui est difficile avec la Congrégation, c’est que les accusateurs sont aussi les juges. Une personne accusée n’a même pas le choix de son défenseur et n’est même pas autorisée à connaître le nom de celui-ci.» Lorsqu’il a réalisé que les membres de son ordre seraient impliqués dans cet échange avec le Vatican, Paul Collins a décidé de démissionner. «Ma démission les épargnera dans une certaine mesure.»

Traité «avec générosité» par la Congrégation dirigée par le cardinal Ratzinger

La congrégation des Missionnaires du Sacré-Cœur a expliqué, par l’intermédiaire du Père Angel Gonzalez Garcia, son procureur général à Rome, que le Père Collins «a quitté l’ordre et le ministère sacerdotal sans nous donner aucune explication, malgré nos tentatives de nous rapprocher de lui et une lettre personnelle envoyée par le Père général». Sur la procédure de la Congrégation romaine, le procureur précise qu’»il n’y a pas eu condamnation, mais seulement une monition, car ses positions n’étaient pas conformes à la doctrine catholique», et que, de toute façon, «la Congrégation l’a traité avec générosité».

L’œuvre du Père Collins étant dans le collimateur, le religieux australien a refusé de rédiger une déclaration écrite apportant les corrections demandées par Rome. Il a exigé du Saint-Siège qu’il soit procédé à une audition ouverte au public pour discuter ses positions avec un «représentant» du dicastère du Vatican. Très influent en Australie, le Père Collins a quitté la prêtrise en déclarant que sa conscience lui demandait de se dissocier d’un Vatican devenu de plus en plus sectaire, détruisant la catholicité authentique et la foi de ceux qui y adhèrent.

Personnalité souvent controversée, relève l’agence de presse œcuménique ENI à Genève, il a précisé à cette dernière que sa décision de démissionner était «l’aboutissement d’un processus personnel et théologique» entamé depuis de nombreuses années. «J’ai toujours pensé qu’en étant prêtre je pourrais influencer les choses et introduire des changements. Mais je dois me rendre à l’évidence: «rester prêtre n’est plus une option viable ou honnête.» «En conscience, il n’est plus possible, en restant prêtre, d’être associé avec tout ce qui se passe.»

Des centaines de messages de soutien

Depuis que sa démission a été annoncée dans les médias australiens, le Père Collins a reçu des centaines de messages, lettres et téléphones d’encouragement, entre autres ceux de deux évêques australiens. Ce mois-ci, le Père Collins publie un livre sur la Congrégation dans lequel il retrace son évolution depuis l’Inquisition. Le livre comprend des interviews avec six autres personnes qui ont fait l’objet d’une enquête de la part de la Congrégation. «Même si le ton du livre est respectueux et modéré, je ne pense pas me faire des amis ni influencer les gens de Rome», a-t-il déclaré à l’agence ENI. Dans un communiqué expliquant les raisons de sa démission, Paul Collins définit «la catholicité» comme accueillante, ouverte aux diverses cultures, et opposée au sectarisme. «C’est précisément cette image du catholicisme qui est, à mon avis, déformée par certains qui se trouvent au plus niveau de l’Eglise contemporaine.»

La décision de Paul Collins a été en partie provoquée par la publication de la Déclaration «Dominus Iesus» l’an dernier par la Congrégation pour la doctrine de la foi – «expression d’un esprit profondément anti-oecuménique en désaccord avec le sentiment de la grâce de Dieu qui imprègne le cosmos». Paul Collins a laissé entendre que certains responsables d’Eglise pensaient que le monde moderne était devenu imperméable à l’enseignement de Dieu. «Aussi, dans une perspective historique plus vaste, ces ecclésiastiques ont pratiquement abandonné les masses laïcisées pour se consacrer à des élites qui porteront la véritable foi vers l’avenir, vers des générations plus réceptives.»

Or, estime le Père Collins, l’espoir de l’Eglise repose dans ces laïcs et ces nombreux prêtres qui travaillent dur et pour qui la politique du Vatican a peu d’importance. Des amis de Paul Collins lui ont reproché de «partir prématurément», étant donné les changements attendus à Rome. (apic/cns/aci/eni/be)

18 mars 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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