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Australie: prêtres forcés de révéler les abus entendus en confession

L’Etat du Queensland, au nord-est de l’Australie, a adopté le 8 septembre 2020 une loi prévoyant jusqu’à trois ans de prison pour les prêtres qui ne déclareraient pas aux autorités des cas d’abus sexuels sur mineurs entendus en confession. Le clergé local proteste et évoque une atteinte à la liberté religieuse.

La législation passée par le Parlement du Queensland souligne que les institutions religieuses et leurs membres ne sont plus autorisés à faire valoir le secret de la confession comme une excuse ou un moyen de défense dans les cas d’abus sexuels touchant des enfants, rapporte le média australien ABC. Toute personne qui contreviendrait à cette règle s’exposerait à une peine d’un maximum de trois ans d’emprisonnement.

Le chef de la police du Queensland, Mark Ryan, s’est dit persuadé que cette nouvelle loi assurerait une meilleure protection pour les enfants vulnérables. Cette mesure figure parmi les 409 recommandations de la Commission royale d’enquête publiées en décembre 2017. D’autres Etats australiens, tels la Tasmanie ou Victoria, discutent actuellement de son adoption.

Une loi inefficace?

La décision législative a été immédiatement critiquée par l’Eglise locale. Mgr Mark Coleridge, archevêque de Brisbane, a affirmé qu’elle n’assurerait aucunement la sécurité des enfants. «De nombreux prêtres et évêques ont publiquement déclaré qu’ils iraient en prison plutôt que d’obéir à cette loi», a-t-il lancé. «Quelle assurance les habitants du Queensland peuvent avoir qu’ils vivent dans une démocratie libre et ouverte dirigée par l’Etat de droit, du moment où les autorités mettent les évêques en prison?»

Le clergé australien avait déjà dans le passé mis en avant l’inefficacité de cette mesure. Mgr Julian Porteous, archevêque, de Hobart, avait fait valoir en 2018 que les auteurs d’abus sexuels ne faisaient que rarement des aveux en confession et que si les prêtres étaient tenus de déclarer les cas, les coupables n’iraient certainement pas se confesser.

Le 4 septembre 2020, la Conférence épiscopale d’Australie a rappelé que le prêtre qui entendait une victime parler d’abus dans le confessionnal devait l’encourager à aller les dénoncer aux autorités.

Risque d’excommunication

Dans une note du 29 juin 2019, la pénitencerie apostolique avait réaffirmé, probablement en rapport avec le contexte australien, l’inviolabilité du secret de confession.

Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que «tout prêtre qui entend des confessions est obligé de garder le secret absolu au sujet des péchés que ses pénitents lui ont confessés», en raison de la «délicatesse et de la grandeur de ce ministère et du respect dû aux personnes» (No 1467). Le code de Droit Canonique stipule que «le confesseur qui viole directement le secret sacramentel encourt l’excommunication latae sententiae (automatique ndlr)» (art 1388).

Egalement hors de l’Eglise australienne, des voix se sont élevées pour dénoncer une atteinte à la liberté religieuse. Le membre du Parlement national Stephen Andrew a notamment averti du «dangereux précédent» que cela faisait peser sur les responsables religieux. «La loi pose un réel danger pour la cohésion et la confiance sociale dans nos communautés», a-t-il brandi. (cath.ch/abc/cx/rz)

Le secret de confession est dans le collimateur de la justice dans plusieurs pays | © Frédéric BISSON/Flickr/CC BY 2.0
10 septembre 2020 | 11:15
par Raphaël Zbinden
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