Le gouvernement australien accusé d’être de mauvaise foi

Australie: Réfugiés de Timor Est, des milieux d’Eglise préconisent la désobéissance civile

Sydney, 6 décembre (APIC) Des milieux d’Eglise en Australie préconisent la désobéissance civile pour venir en aide aux réfugiés de Timor Est et protester contre le «traitement» qui leur est réservé par le gouvernement de Melbourne. Le Père jésuite Andrew Hamilton, de longue date engagé aux côtés des réfugiés, rappelle l’existence dans la tradition de l’Eglise du «principe de désobéissance aux lois iniques».

Dans un document intitulé «L’asile: une option en faveur des réfugiés du Timor Est», publié par la Commission pour la justice sociale de la Conférence des évêques, le président de la Commission, Mgr Kevin Manning, parle du «dilemme moral» auquel sont confrontés les Australiens. «Le problème, affirme-t-il, est de savoir si vouloir la justice sociale entraîne forcément la transgression des lois de l’Etat».

Prenant clairement parti pour la désobéissance civile, l’article qualifie de «scandaleux» le sort réservé aux demandeurs d’asile: «La plupart d’entre eux vivent dans nos communautés, sans pourtant avoir accès aux soins médicaux ou bénéficier de subventions. Le restant est détenu sous un régime régulièrement condamné par Amnesty International, la Croix Rouge, la Commission Internationale des Droits de l’Homme et son homologue australien.(…) La réponse à ces critiques a été la négation de ces informations et la tentative de jeter le discrédit sur les accusateurs. Le gouvernement australien est, sans l’ombre d’un doute, de mauvaise foi. (…) Ce serait, pour les chrétiens, une erreur que d’attendre les directives de ce gouvernement sur la marche à suivre.(…) Les plus déterminés d’entre eux se retrouveront confrontés aux conséquences de la désobéissance civile: mauvaise publicité, temps perdu en procès, perte financière et risque de finir en prison».

Intérêts commerciaux avant la défense des droits de l’homme

Une organisation catholique officielle laisse ainsi entendre que les Australiens devraient violer la loi en donnant asile aux clandestins qui ont fui la guerre civile larvée qui frappe le Timor oriental, l’un des plus proches voisins de l’Australie occupé illégalement par l’Indonésie. Quelque 1’400 réfugiés du Timor oriental ont officiellement demandé l’asile en Australie et risquent d’être déportés. La question est d’autant plus délicate que le gouvernement australien a officiellement reconnu l’occupation de la région par l’Indonésie, malgré l’indignation provoquée dans le monde entier par les atrocités commises contre les Timorais par les forces indonésiennes. Les critiques reprochent au gouvernement australien de faire passer ses intérêts commerciaux avant la défense des droits fondamentaux de la personne.

Déportation vers le Portugal

Dans le document de travail «Sanctuaire: une option pour les réfugiés du Timor oriental?», publié par le Conseil catholique australien pour la justice sociale, le jésuite Andrew Hamilton, expert en théologie morale, attire l’attention sur le sort des requérants d’asile timorais. Le gouvernement fédéral conservateur a déjà indiqué son intention de déporter au Portugal, ancien pouvoir colonial au Timor oriental, tous les réfugiés dont la demande d’asile sera rejetée. Selon le document de travail, la position des 1’400 demandeurs d’asile timorais est compromise par le fait que le gouvernement a imposé un moratoire aux demandes d’asile en 1995, sous la pression de l’Indonésie et après que le Ministère fédéral de la justice ait déclaré que les réfugiés étaient des ressortissants portugais, qui devaient donc en première instance chercher la protection du Portugal.

Sandie Cornish, directrice du Conseil pour la justice sociale, l’organisme de l’Eglise catholique en Australie chargé des questions de justice sociale et des droits de la personne, a expliqué à l’agence de presse œcuménique ENI que c’est toute la situation des requérants d’asile et des réfugiés en général qui inquiète le Conseil. «Toutefois, a-t-elle déclaré, la situation des réfugiés du Timor oriental en Australie est particulièrement désespérée et soulève la question de savoir s’il n’y a pas lieu de recourir à la désobéissance civile.»

Le Timor oriental a été une colonie du Portugal depuis le 16e siècle jusqu’en 1975, où les Portugais se sont brusquement retirés de l’île, laissant un vide qui a provoqué des luttes entre plusieurs factions. L’une d’entre elles, le Front de libération du Timor oriental (FRETELIN), a pris le pouvoir et déclaré l’indépendance du territoire. En décembre 1975, l’Indonésie a envahi Timor Est puis l’a annexé en juillet. On estime que 200’000 des 700’000 habitants ont été tués ou sont morts de faim ou de maladie dans le cadre de cette guerre. L’Australie est le seul pays à avoir officiellement reconnu l’annexion, ce qu’elle a fait après avoir signé avec l’Indonésie un traité visant l’exploitation commerciale des fonds marins entre l’Australie et l’Indonésie. (apic/eni/misna/be)

6 décembre 1998 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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