Le Père Paul Collins demande à être jugé en public
Australie: Un prêtre contestataire dans le collimateur du Vatican
Sydney, 19 février 1998 (APIC) Le Père Paul Collins, un prêtre catholique australien qualifié de contestataire, s’est récemment attiré les foudres du Vatican pour avoir critiqué le pouvoir de la papauté. Il accuse l’Eglise de se conduire en «Chambre étoilée», nom d’un tribunal britannique célèbre pour ses procédures arbitraires, révèle jeudi une dépêche de l’agence de presse œcuménique ENI à Genève.
Le Père Paul Collins, auquel la Congrégation pour la doctrine de la foi a ordonné d’éclaircir certains points de son livre «Papal Power», a déclaré avoir court-circuité les rouages du Vatican en révélant que le Saint-Siège désirait enquêter sur ses opinions et lui avait demandé de clarifier certains passages de son ouvrage. «Normalement, le Vatican mène ce type d’enquêtes à huis clos et cette révélation risque d’embarrasser l’Eglise», écrit ENI.
Un livre accusé de’»hérésie»
Paul Collins a déclaré à la presse qu’il ne se soumettrait à l’autorité de la Congrégation romaine que si cette dernière adopte une procédure d’enquête publique et nomme les personnes qui l’ont dénoncé au Vatican, ainsi que l’auteur de «commentaires» accusant son livre d’hérésie. «Je n’ai aucune intention de me soumettre à des procédures qui, d’un point de vue australien, tiennent de celles d’une Chambre étoilée et visent uniquement à me condamner sans autre forme de procès», a-t-il déclaré au cours d’une émission à la radio ABC, (Australian Broadcasting Corporation).
Le prêtre dénoncé risque d’être excommunié s’il est reconnu coupable d’hérésie, affirme ENI. Lui-même nie les accusations portées contre lui. Prêtre, historien, écrivain et chroniqueur radiophonique, il a été aussi directeur des émissions religieuses d’ABC. Dans une lettre au supérieur général de son Ordre, les Missionnaires du Sacré-Coeur, l’archevêque Tarcisio Bertone, secrétaire de la Congrégation pour la doctrine de la foi, indique qu’une étude de l’ouvrage «Papal Power» a révélé que le livre pose certains problèmes sur le plan de la doctrine.
Dans sa réponse à la Congrégation romaine, le Père Paul Collins déclare qu’il serait de sa part «sournois, pour ne pas dire malhonnête et hypocrite» de participer aux procédures de la Congrégation telles qu’elles se présentent, «étant donné que je les ai critiquées dans d’autres cas». Dans «Papal Power», qui est en grande partie une analyse historique de la croissance du pouvoir pontifical, l’auteur critique ce qu’il considère être le modèle de monarchie absolue du Vatican. «Pour lui, accorder au pape le statut d’oracle et de superstar est une notion répugnante», écrit ENI.
Une dénonciation de la «papolâtrie»
«Mon livre s’oppose à la ’papolâtrie’ et à ce que je considère être un abus croissant du pouvoir pontifical au sein de l’Eglise. A mon avis, l’Eglise catholique est aujourd’hui en position de déséquilibre prononcé. L’Eglise contemporaine est dominée par l’autorité écrasante du pape, sans autres centres de pouvoir pour compenser ou faire contrepoids. Cette prédominance pontificale est renforcée par le statut de superstar accordé au pape Jean Paul II», écrit Paul Collins.
Selon lui, le pouvoir, plutôt que le service, a caractérisé la papauté du deuxième millénaire. «En fait, au seuil du troisième millénaire du christianisme, la papauté se présente comme le plus grand obstacle structurel au sein de l’Eglise catholique. Elle est devenue une pierre d’achoppement, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’Eglise», écrit-il.
La semaine dernière, Paul Collins a déclaré lors de l’émission d’ABC «The Religion Report» que la position qu’il a adoptée dans le livre «Papal Power» est «tout à fait acceptable du point de vue de la doctrine catholique.» Au cours de cette interview, il a également reconnu qu’il se servait de l’enquête du Vatican sur son œuvre pour illustrer les critiques mêmes qu’il soulève dans «Papal Power», où il attaque également la Congrégation pour la doctrine de la foi. «Le genre de procédure qui porte l’empreinte de l’Europe baroque et du temps de la monarchie absolue n’a pas sa place à la fin du XXe siècle, dit-il. Si je me trompe dans ce que j’ai dit et dois être jugé, ce ne doit pas être par une petite section de l’Eglise, mais par l’Eglise entière. Voilà ce que je demande: un examen ouvert et public des points soulevés par la Congrégation.»
«Agitateurs catholiques»
James Murray, prêtre anglican et rédacteur religieux du principal quotidien du pays, «The Australian», considère la position du Père Collins sous un jour différent: «Le problème de Collins est qu’il a sans aucun doute mis en question l’autorité du pape… Bien que cela puisse ne pas paraître un crime abominable dans une société pluraliste qui a tendance à tout remettre en question, il en est autrement dans le cas d’un prêtre qui a juré obéissance à l’Eglise catholique.»
A propos de Paul Collins et d’un «certain nombre d’autres agitateurs catholiques», il estime que l’Eglise catholique «dont l’unité et la solidarité faisaient autrefois l’envie d’autres Eglises» est aujourd’hui en proie à de vifs remous internes. «Le problème est qu’ils continuent de se prétendre catholiques fidèles tout en voulant renverser la structure de l’Eglise.» (apic/eni/be)



