Sévères critiques de Mgr Stecher, désavoué par Mgr Krenn
Autriche: L’instruction sur la collaboration laïcs-prêtres suscite toujours des remous
St-Pölten/Innsbruck, 15 décembre 1997 (APIC) La récente Instruction romaine sur «quelques questions concernant la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres» n’a pas fini de susciter grogne et remous dans les pays germanophones. En Autriche comme en Allemagne, le document romain divise même certains évêques entre eux.
C’est l’évêque d’Innsbruck, Mgr Reinhold Stecher, depuis quelques jours à la retraite, qui a mis le feu aux poudres en critiquant sévèrement l’Instruction dans une lettre «confidentielle» adressée le mois dernier à des personnes de confiance en Autriche – dont certains évêques, mais pas tous – et en Allemagne. Comme il fallait s’y attendre, Mgr Kurt Krenn, évêque de St-Pölten, en prenant la défense du document romain, n’a pas épargné lundi son ex-confrère de la Conférence épiscopale autrichienne.
La directon actuelle de l’Eglise mise en cause
Mgr Stecher déplore dans sa lettre – non destinée au public – que l’actuelle direction de l’Eglise fasse tout simplement montre d’un «déficit sur le plan théologique et pastoral, aussi pénible soit-il de le dire». L’évêque émérite pointe en particulier la position romaine concernant le célibat des prêtres et les prêtres mariés face au manque de prêtres dans des communautés. Des communautés par conséquent privées de l’eucharistie qui en forme pourtant le centre du point de vue biblique et dogmatique, souligne Mgr Stecher.
«A partir de sa compréhension biblique, le ministère dans l’Eglise, estime-t-il, est un ministère au service du salut et pas un but sacré en soi, auquel il peut être tout à fait indifférent que des millions et des millions de chrétiens n’aient pas du tout la possibilité de recevoir les sacrements qui procurent le salut».
Mgr Stecher se déclare à vrai dire secoué par la tendance à considérer des prescriptions et des traditions humaines comme plus importantes que la mission confiée par Dieu. Ce qui lui donne le plus à penser dans cette question du non respect des commandements de Dieu, c’est la manière dont on traite les prêtres qui se sont mariés. De par sa propre expérience, il sait que les requêtes pourtant urgentes, motivées par les nécessités pastorales et humaines – qu’a adressées l’évêque il y a dix ans ou plus – «n’ont même pas été examinées».
Le refus de la réconciliation, un péché plus grave que la violation du célibat ?
L’évêque émérite d’Innsbruck, rappelant la priorité éthique du pardon et de la réconciliation voulue par le Christ – «celui qui ne pardonne pas ne sera pas pardonné» – regrette qu’un tel passage n’apparaisse jamais «dans les décrets romains». Et Mgr Stecher d’interpeller tous ceux qui mettent en avant leur amour pour le pape et qui se font louer pour leur fidélité au pape: ne devraient-ils pas s’effrayer face aux paroles du juge lors du Jugement dernier, si un pape meurt avec des milliers de requêtes classées sans suite et de demandes de réconciliation sans réponses. «N’est-il pas évident du point de vue théologique que le refus du pardon et de la réconciliation est un péché beaucoup plus grave que le non respect du célibat?».
Dans ce contexte, Mgr Stecher affirme connaître de nombreux prêtres et laïcs, prenant au sérieux leur être chrétien, qui souffrent de ces contradictions et qui rêvent d’un pape qui, dans l’époque que nous vivons, incarne avant tout la bonté. «Au train où vont les choses actuellement, Rome a perdu l’image de la miséricorde et s’est donné celle du pouvoir représentatif et dur. Avec une telle image, l’Eglise n’a aucune chance dans le troisième millénaire – et les fêtes pompeuses du millénaire avec de nombreuses belles paroles n’y changeront rien!». Cette lettre «confidentielle» de l’évêque émérite d’Innsbruck, qui a mystérieusement atterri jeudi sur les bureaux de la télévision autrichienne, n’a pas fini de faire du bruit dans le landerneau ecclésial.
Critiques épiscopales inhabituelles
Lundi, au journal télévisé de midi de l’ORF, Mgr Krenn a déclaré rejeter la lettre de son confrère sur de nombreux points. Il a estimé qu’il n’était pas habituel, entre évêques, d’exercer des critiques de cette manière, d’autant plus «quand on n’a aucune preuve». L’évêque de St-Pölten reproche à Mgr Stecher des «allégations non correctes» concernant le pape. Et de souligner que le pape est «bon», qu’il a «plus de bonté que nous tous – évêques autrichiens compris».
En ce qui concerne l’Instruction sur les laïcs, à laquelle réagissait Mgr Stecher dans sa lettre «confidentielle», Mgr Krenn en salue la parution. Il soutient les mises en garde que contient le document romain. «Il y a – mais je le dis expressément: pas dans le diocèse de St-Pölten – assez de choses que l’on ne peut plus accepter. Nous devons mettre plus clairement en évidence la différence entre prêtres et laïcs». (apic/kap/be)



