La coalition entre démocrates-chrétiens et extrême-droite divise
Autriche: Le cardinal Schönborn lance un appel urgent à la réflexion
Vienne, 4 février 2000 (APIC) Autriche: Le cardinal Schönborn lance un appel urgent à la réflexion les catholiques autrichiens dont, parmi les pratiquants réguliers, seulement 13% avaient voté pour le parti de Jörg Haider lors des élections d’octobre dernier. Vendredi, face à la profonde division interne et à la pression extérieure croissante, le cardinal Christoph Schönborn a lancé un appel urgent à la réflexion et à l’unité des Autrichiens.
A l’occasion de la formation du gouvernement autrichien, le cardinal Schönborn, archevêque de Vienne et président de la Conférence épiscopale, s’est adressé au peuple autrichien mais également à l’opinion publique internationale. «Chaque gouvernement a le droit d’être jugé sur ses actes. Cela vaut aussi pour ce gouvernement», a-t-il lancé lors de la présentation d’un «message d’espoir» lors d’une «prière pour l’Autriche» vendredi soir à la cathédrale Saint-Etienne de Vienne.
Une déchirure parcourt le pays
Sans mentionner explicitement les fréquents dérapages verbaux du chef de file du FPOe, Jörg Haider, qui ont gravement nui à l’image du pays à l’étranger, le cardinal Schönborn appelle à la réflexion et à la «prudence verbale». Il constate avec douleur la façon dont le pays est entré dans une situation de crise comme on en n’avait jamais vu depuis des décennies: «Une déchirure parcourt le pays, qui trouve également son expression dans la rue. Une déchirure sépare aussi l’Autriche de ses partenaires en Europe. On essaie d’isoler un pays qui, en raison de sa position historique et géographique, est destiné à être le cœur du continent». Et l’archevêque de Vienne de rappeler avec nostalgie les paroles du pape Jean Paul II sur le rôle de pont qu’a à jouer l’Autriche dans la nouvelle Europe, lors de sa visite pastorale d’il y a deux ans.
Le cardinal Schönborn insiste sur la solidité des institutions démocratiques de l’Autriche, qui ont fait leurs preuves ces 50 dernières années. Il souligne le rôle important de l’Eglise catholique – à laquelle se rattache encore une forte majorité des Autrichiens – comme garante de ces valeurs: «Elle doit être vigilante pour que tous les acquis positifs de ces dernières décennies ne se perdent pas. Ces conquêtes ont été réalisées après les expériences amères faites avec les systèmes totalitaires du 20e siècle». Le but, pour l’archevêque de Vienne, n’est pas que l’Eglise soit politisée, car l’histoire autrichienne de la première moitié du 20e siècle est suffisamment parlante pour que cela serve d’avertissement clair. Mais il s’agit pour l’Eglise de prendre au sérieux son devoir d’être une voix forte dans la conscience de la société, dont elle est garante de cette fraternité enseignée par l’Evangile.
Autriche, «phare de la liberté» dans la nuit du totalitarisme communiste
S’il est touché, comme nombre de ses compatriotes, par les fortes réactions venant de l’étranger, le cardinal Schönborn relève tout de même que certaines de ces réactions peuvent être «psychologiquement compréhensibles» au regard de l’arrière-fond historique du siècle qui vient de s’achever, marqué par la profonde remise en question des valeurs humaines fondamentales et de la dignité humaine. Mais, d’un autre côté, les pays amis de l’Autriche devraient se rappeler que cette dernière s’est montrée, ces 50 dernières années, comme un pays particulièrement stable, démocratique, fidèle à sa Constitution, engagé sur le plan humanitaire.
Le président des évêques autrichiens tient également à ce que l’on n’oublie pas à l’étranger le «phare de la liberté» qu’a été son pays situé en première ligne des pays de l’Europe centrale et orientale durant la période communiste. L’Autriche a joué un rôle clé dans la victoire de l’humanité et de la liberté dans cette partie de l’Europe lors du tournant de 1989. Un tel rôle, le pays l’avait déjà joué lors de l’insurrection hongroise de 1956 et du printemps de Prague en 1968, de même lors des événements de Pologne et la naissance du syndicat libre «Solidarnosc» en 1981. «L’Autriche n’a pas changé d’un jour à l’autre», insiste-t-il. Après avoir constaté que la confiance a été largement détruite ces derniers jours, il assure que l’Eglise va apporter sa contribution pour restaurer la confiance mutuelle entre l’Autriche et l’Europe.
De son côté, le Conseil œcuménique des Eglises en Autriche a appelé tous ses membres à participer à une «prière pour l’Autriche» qui devrait être dite dimanche dans tous les lieux de culte du pays. Notons encore la position surprenante du célèbre «chasseur de nazis» autrichien Simon Wiesenthal, selon lequel Jörg Haider, le chef du FPOe, n’est pas un néo-nazi, mais seulement «un populiste de droite» dont on surestime l’importance. A son avis, ses électeurs n’auraient pour la plupart émis qu’un vote de protestation, et ils pourraient à nouveau changer rapidement d’allégeance. Cet optimisme n’est pas partagé par le «Centre Simon Wiesenthal» qui combat l’héritage nazi. Il a suspendu «pour des raisons morales» un projet pour la tolérance entre jeunes en Autriche. Le Congrès européen des rabbins, qui devait se tenir en mars à Vienne, a également annoncé son annulation. (apic/kap/be)



