Jean Paul II silencieux sur la crise qui secoue le diocèse

Autriche: Le pape à Sankt Pölten, l’étape de tous les dangers

De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois, avec l’agence Kathpress

Sankt Pölten, 21 juin 1998 (APIC) Etape de tous les dangers pour le pape Jean Paul II, la visite samedi après-midi dans le diocèse de Sankt Pölten – dirigé par le très conservateur Mgr Kurt Krenn – n’a pas provoqué une contestation de grande ampleur. Le pape, resté silencieux sur la grave crise qui secoue le diocèse, a été longuement applaudi par une foule estimée à 25’000 fidèles, dont nombre d’entre eux étaient venus de l’étranger: Bavière, Pologne, Slovaquie, Tchéquie, Hongrie, Croatie…

Une petite centaine de manifestants, tout au plus, vêtus de noir et porteurs chacun d’une dizaine de ballons noirs, en signe de protestation contre Mgr Krenn et en faveur de réformes dans l’Eglise. Sur des pancartes, on pouvait lire «Dialogue au lieu de dictature», «Cher frère pape, prends notre évêque, sauve notre diocèse!», «Frère pape, libère nous de Krenn, pasteur sans troupeau», «Krenn Go Rome».

Le Père Udo Fischer, démis de sa charge paroissiale par Mgr Krenn pour avoir dénoncé le cardinal Groër, son ancien supérieur accusé d’abus sexuels, se trouvait parmi les manifestants. La veille, le «Forum XXIII» et le «Chemin de l’espérance», les organisations qui critiquent la politique diocésaine de Mgr Krenn, avaient rassemblé quelque 600 personnes sur la Herrenplatz de Sankt Pölten. Selon le prélat Johannes Oppolzer, principal organisateur, cette liturgie de la parole voulait tout simplement exprimer «l’amour pour l’Eglise et le souci pour l’Eglise». A l’instar de Coire, Sankt Pölten est devenu au fil du temps le lieu symbolique pour les critiques de la politique de nominations épiscopales du Vatican.

«Krenn, Go Rome»

Le pape est passé devant les banderoles avant d’arriver sur la place pour la messe en plein air. Les contestataires faisaient pâle figure devant les fidèles joyeux brandissant des drapeaux aux couleurs du Vatican, dont nombre de membres de groupes conservateurs agitant des fanions portant le slogan «En fidélité avec le pape/En fidélité avec Mgr Krenn».

L’évêque du lieu, Mgr Krenn, connu pour ses foucades fameuses dans les médias autrichiens, est le seul membre de la Conférence des évêques autrichiens à soutenir le cardinal Groër, retiré près de Dresde, dans l’ancienne Allemagne de l’Est.

Démis de ses fonctions à la suite d’accusation d’abus sexuels contre de jeunes séminaristes, le cardinal – reclus dans son silence – est la cause d’une fracture profonde au sein de l’Eglise autrichienne. Plusieurs évêques autrichiens, dont le cardinal Schönborn, ont publiquement fait état, après enquête interne, de leur certitude quant à la culpabilité de l’ancien archevêque de Vienne. Un seul, Mgr Krenn, s’est solidarisé avec le cardinal Groër, et ceci publiquement.

L’évêque de Sankt Pölten, dans son discours de bienvenue au pape, n’a d’ailleurs pas hésité à proposer aux fidèles d’inclure dans leurs prières tant son prédécesseur malade, Mgr Franz Zak, que le cardinal Hermann Groër, déclenchant les applaudissements de la foule. La mention non prévue du cardinal exilé n’a pas été du goût de tout le monde, certains considérant ce geste comme une provocation à l’égard de ses victimes. De son côté, le pape s’est refusé à commenter le conflit qui déchire le diocèse, son homélie portant sur les vocations sacerdotales et la place du prêtre.

Les laïcs ne peuvent jamais remplacer les prêtres

Il faut être attentif au «nouvel appel de l’Esprit-Saint qui se vérifie aujourd’hui» et «ne pas se lamenter du manque de vocations sacerdotales et religieuses», a souligné Jean Paul II. Les vocations ne peuvent pas se construire humainement, «elles s’obtiennent de Dieu par la prière.» Continuant dans cette logique, le pape a conclu que dans l’Eglise, le ministère n’est pas une conquête humaine, mais une institution divine. «Avec tout le respect et l’estime qui reviennent aux laïcs pour le précieux service qu’ils rendent dans les communautés paroissiales, il ne faut pas oublier, que dans le domaine sacramentel, le laïc ne peut jamais remplacer ce qui est la caractéristique du prêtre. Seul un prêtre peut remplacer un autre prêtre.»

Avant de parler de la vocation à la vie consacrée, et de celle des «époux chrétiens» qu’il encourage à «laisser libres leurs enfants qui ressentent l’appel du Seigneur», Jean Paul II a ajouté que le sacerdoce n’est pas un mode de vie dépassé mais une vocation prometteuse pour le futur. En effet, a-t-il conclu, «nombreux sont nos contemporains qui ont perdu le sens de Dieu le Père. Ainsi ignorent-ils la langue maternelle de la foi. Cherchons à leur enseigner l’alphabet de la foi. Le don aux autres, le service et la charité qui forment le vocabulaire fondamental que tous comprennent. Avec eux, on peut élaborer une grammaire de la vie qui aide l’homme à déchiffrer dans l’Esprit-Saint le plan de Dieu sur lui». (apic/imed/jmg/kap/be)

3 mai 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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