Autriche: Plus de 44’000 sorties d’Eglise l’an dernier, tendance à la hausse
Vienne, 4 mai 2000 (APIC) L’Eglise catholique en Autriche a subi de nouvelles pertes dans ses rangs l’an dernier: elle a connu 44’361 sorties d’Eglise, le plus grand nombre de défections depuis 1995. A l’époque, 44’304 personnes avaient tourné le dos à l’institution, un chiffre qui était descendu à 32’684 en 1997. La tendance est à nouveau à la hausse.
Selon les dernières statistiques officielles présentées à Vienne, c’est le diocèse de Feldkirch, dirigé par Mgr Klaus Küng, de la Prélature personnelle de l’Opus Dei, qui connaît proportionnellement la plus grande saignée: les 2’027 sorties de ce diocèse du Vorarlberg représentent une progression de 35% par rapport à l’année précédente.
Le saut quantitatif décisif date du début des années 80, quand l’Eglise autrichienne n’était pas encore traversée par les graves turbulences de ces dernières années: en 1981, 26’653 personnes avaient décidé de quitter l’Eglise, contre 32’464 l’année suivante. A noter tout de même qu’en ce début d’année 2000, on enregistre un fort recul des sorties; dans certains diocèses, la baisse – peut-être passagère – est de plus d’un tiers.
Interrogé par l’agence de presse catholique autrichienne Kathpress, le cardinal Christoph Schönborn, président de la Conférence épiscopale autrichienne, estime que le problème réside dans les liens personnels qui lient les fidèles à la communauté: dans un monde qui devient de plus en plus anonyme, là où une telle relation n’existe plus, la tendance est rapidement de s’en aller. «C’est naturellement une question qui se pose tout autant au fidèle lui-même qu’à l’Eglise en tant que telle».
Causes de sortie multiples
Selon les observateurs, les causes de sortie sont multiples: scepticisme généralisé à l’égard des grandes institutions, mais aussi déceptions face à des responsables de l’Eglise ou à certaines de ses prises de position et décisions. Mais personne ne peut à la longue mettre de côté la question du sens de la vie, même si l’on pense pouvoir pendant un temps renoncer à la religion, estime le cardinal archevêque de Vienne.
Vice-président de la Conférence épiscopale autrichienne, Mgr Johann Weber, évêque de Graz, relève pour sa part que le meilleur contrepoids aux sorties d’Eglise est une bonne pastorale au niveau des paroisses et des communautés. Et de souligner qu’avant de franchir le pas de quitter l’Eglise, les fidèles en question font l’expérience d’un processus graduel d’éloignement. La décision définitive se prend à l’occasion d’événements pénibles, de prises de position contestées ou de paroles blessantes de la part de responsables ecclésiaux, alors que l’appartenance à l’Eglise ne signifiait déjà plus grand-chose pour ceux qui quittent.
Pas de renouveau avant un changement de pape ?
Le publiciste autrichien Hubert Feichtlbauer, président de la plate-forme des chrétiens critiques «Nous sommes l’Eglise», voit dans les chiffres actuels la confirmation des sondages d’opinion montrant que plus de la moitié des catholiques du pays ont déjà au moins une fois caressé l’idée de sortir de l’Eglise.
Feichtlbauer considère que le «chiffre record» de l’an dernier doit être expliqué par le fait que l’Eglise actuelle «n’offre plus d’impulsions» pour la vie quotidienne. Elle est devenue «si peu attractive» parce que, à ses yeux, elle contredit dans son apparition extérieure son propre enseignement. Là où l’Eglise maintient la cohérence entre son message et son comportement, comme dans le cas de la Caritas, elle jouit encore d’une excellente réputation. Le publiciste viennois considère qu’une amélioration de la situation globale de l’Eglise ne pourra pas avoir lieu avant l’arrivée d’un nouveau pape. «Dès qu’un signal de renouveau viendra de Rome, des choses changeront à nouveau également au niveau des fidèles».
Les sorties d’Eglise, un «sismographe»
Qualifiant le haut niveau de sorties d’Eglise en Autriche de «sismographe» révélant la situation ecclésiale, le théologien pastoral Christian Friesl, président de l’Action catholique autrichienne (KAö), estime que cette réalité est à prendre très au sérieux. Pour lui, elle montre que le processus de réconciliation entre l’Eglise et la société post-moderne n’est pas encore arrivé à son terme, l’Eglise apparaissant toujours comme un «corps étranger» dans une société pluraliste et individualiste. (apic/kpr/be)



