Rome: Pie XII et Jean-Paul II déclarés ›vénérables’

Avant-dernière étape avant la béatification

Rome, 20 décembre 2009 (Apic) Benoît XVI a autorisé le 19 décembre la Congrégation pour les causes des saints à promulguer le décret reconnaissant les ›vertus héroïques’ de deux de ses prédécesseurs, Pie XII (1939-1958) et Jean Paul II (1978-2005). Déclarés désormais ›vénérables’, le controversé Eugenio Pacelli et le charismatique Karol Wojtyla pourraient être béatifiés dés la reconnaissance d’un miracle attribué à leur intercession.

Si le geste de Benoit XVI à l’égard du pape polonais était attendu, celui concernant le pape de la Seconde Guerre mondiale, critiqué dans le monde juif pour ses ›silences’ prétendus face à la Shoah, a surpris nombre d’observateurs. Autorisant la promulgation d’une série de décrets, le souverain pontife a également reconnu le ›martyre’ du prêtre polonais Jerzy Popieluszko (1947-1984), symbole de la lutte de l’Eglise contre le régime communiste, qui pourrait être béatifié dès le mois de juin 2010.

Dans la matinée du 19 décembre, Benoît XVI a ainsi reçu Mgr Angelo Amato, préfet de la Congrégation pour les causes des saints. Au cours de cette audience, le pape a autorisé le dicastère en charge des causes de béatification et de canonisation à promulguer une série de décrets. Parmi eux, celui reconnaissant les ›vertus héroïques’ de Jean Paul II. Benoît XVI, qui avait accéléré l’ouverture du procès en béatification du pape polonais juste après sa mort, doit encore signer le décret reconnaissant un miracle attribué à Karol Wojtyla pour que puisse être célébrée sa béatification.

La Congrégation pour les causes des saints examinera ainsi ces prochaines semaines un miracle attribué à l’intercession de Jean Paul II. C’est le cas de la sœur française Marie-Simon-Pierre, de la congrégation des Petites sœurs des maternités catholiques, guérie sans explication médicale de la maladie de Parkinson en 2005, qui passera devant une commission médicale, une commission de théologiens puis, enfin, la commission des évêques et cardinaux.

Santo presque subito

Puis, c’est probablement au printemps 2010 que Benoît XVI autorisera la Congrégation pour les causes des saints à promulguer le décret reconnaissant le miracle attribué au pape polonais. Ce dernier pourra alors être béatifié. D’aucuns indiquent alors que la béatification aura lieu au mois d’octobre 2010, à Rome, pour marquer l’anniversaire de l’élection de Jean Paul II le 16 octobre 1978. Le dimanche 17 octobre, elle aurait alors lieu en plein Synode pour le Moyen-Orient. L’Eglise répondrait ainsi dans des délais exceptionnels à l’appel lancé le jour des funérailles de Jean-Paul II par les fidèles qui demandaient qu’il soit ›santo subito’ (saint tout de suite). Karol Wojtyla serait ainsi béatifié un peu plus de 5 ans après sa mort, dans des délais plus brefs encore que pour Mère Térésa de Calcutta (1910-1997), béatifiée 6 ans après sa disparition.

Saint Pie XII ?

Si la figure de Karol Wojtyla fait quasiment l’unanimité, celle du pape de la Seconde Guerre mondiale, Pie XII, est particulièrement contestée dans le monde juif pour son prétendu ›silence’ devant la Shoah. Pour autant, Benoît XVI a choisi de lui offrir, pour l’heure, le même sort que le pape polonais, en lui reconnaissant les ›vertus héroïques’. La reconnaissance d’un miracle attribué à son intercession, permettrait sa béatification.

Rome avait ouvert la cause de béatification de Pie XII en octobre 1967. Le 8 mai 2007, les membres de la Congrégation pour les causes des saints avaient voté à la majorité ›les vertus héroïques’ d’Eugenio Pacelli. Le dossier devait ensuite passer entre les mains de Benoît XVI pour signer le décret le rendant vénérable. Mais, quelques mois plus tard, en décembre 2007, le pape avait décidé de créer une commission spéciale au sein de la secrétairerie d’Etat pour étudier le dossier du procès.

En annonçant le même jour l’avancée de la cause de béatification de ces deux prédécesseurs, Benoît XVI a sans aucun doute tenté de faciliter l’avancement de la cause d’Eugenio Pacelli. En juin dernier, le postulateur de la cause du pape de la Seconde Guerre mondiale avait confié à la presse, à Rome, que le pape allemand ne souhaitait pas signer le décret de béatification de son prédécesseur de crainte que les rapports entre juifs et catholiques soient «compromis». Le directeur du Bureau de presse du Saint-Siège avait immédiatement demandé que Benoît XVI soit «laissé complètement libre dans ses évaluations et dans ses décisions».

A plusieurs reprises, Benoît XVI a pris la défense de son prédécesseur Pie XII. En novembre 2008, il avait par exemple déploré que l’attention sur le pape de la Seconde Guerre mondiale soit «concentrée de manière excessive sur une seule problématique» et «de façon plutôt unilatérale», sans pour autant citer explicitement la controverse sur ses ›silences’ présumés.

Si la béatification de Jean Paul II pourrait avoir lieu dès 2010, celle de Pie XII semble plus délicate à planifier. Il y a plusieurs mois, le Vatican avait laissé entendre que Pie XII ne serait probablement pas béatifié avant l’ouverture complète des archives de son pontificat, soulignant que celle-ci exigeait au moins 6 ou 7 années de travail.

L’aumônier du syndicat Solidarnosc

Si la messe de béatification de Jean-Paul II, drainant des foules immenses, devrait avoir lieu à Rome, la Pologne devrait être le théâtre, dès juin 2010, de la béatification d’une figure importante de l’Eglise locale sous le régime communiste, le père Jerzy Popieluszko. Benoît XVI a en effet reconnu que l’aumônier du syndicat ›Solidarnosc›, assassiné à l’age de 37 ans en octobre 1984, était un ›martyr›. Sa cause de béatification, en conséquence, ne nécessite pas la reconnaissance d’un miracle.

En 1981, engagé aux côtés du syndicat ›Solidarnosc’, le prêtre polonais s’était rendu célèbre par ses ›messes pour la patrie et tous ceux qui souffrent pour elle’ qui réunissaient des milliers de fidèles autour de l’église Saint-Stanislas après l’instauration de la loi martiale décrétée par le général Jaruzelski. Dans la soirée du 19 octobre 1984, il avait été enlevé par 3 officiers de la police politique communiste (SB) près de Wloclawek, à 120 kilomètres au nord de Varsovie. Ses ravisseurs l’avaient torturé à mort avant de le ligoter et de le jeter dans les eaux de la Vistule.

Le procès en béatification du prêtre polonais avait été ouvert à Varsovie en février 1997. Sa cause était ensuite arrivée à Rome en mai 2001. A plusieurs reprises, lors de ses voyages à Varsovie, Jean Paul II s’était recueilli sur la tombe de ce héros national. (apic/imedia/ami/bb)

20 décembre 2009 | 11:38
par webmaster@kath.ch
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