Avec le Centre «Lumen Gentium» à l’U.C.L. une journée de réflexion sur les

ministères laïcs =

Louvain-la-Neuve, 3 mars 1997 (CIP)

A l’initiative du Centre Lumen Gentium à la Faculté de Théologie de

l’U.C.L., une journée de réflexion sur les ministères laïcs a rassemblé

quelque 80 personnes à la mi-février à Louvain-la-Neuve.

De septembre à décembre 96, des étudiants de la Faculté de Théologie de

l’U.C.L. ont mené sous divers angles une recherche sur les «ministères

laïcs reconnus». La journée organisée par le Centre Lumen Gentium avait

pour but de reprendre le sujet et d’en élargir les perspectives, ainsi que

l’a rappelé Claude Soetens, professeur d’histoire de l’Eglise.

Fidèles parmi les fidèles

Le professeur Louis-Michel Renier, qui enseigne la théologie des sacrements

à l’Université catholique d’Angers, commence par poser différents repères,

indispensables pour dissiper bien des malentendus. Le «ministère laïc» tout

d’abord doit être replacé dans le cadre plus large du «ministère

baptismal», dont tous les fidèles sont chargés de par leur baptême. Quand

des laïcs se voient confier un «ministère» particulier, ils émergent de la

masse des fidèles pour participer plus activement au ministère pastoral. Il

en va ainsi des membres des équipes paroissiales ou des équipes d’aumônerie

(à l’hôpital, dans un home, en prison). Dans ce sillage, les animateurs

pastoraux constituent un nouveau pôle entre les ministères ordonnés et le

ministère baptismal que partage l’ensemble du peuple chrétien.

Le professeur Renier reconnaît que d’autres équivoques restent à dissiper.

Ainsi, nombre de confusions subsistent entre les notions de «statut»,

«fonction», «rôle», «tâches». Or, il importe de distinguer. Par exemple, la

fonction essentielle du prêtre reste d’annoncer la Bonne Nouvelle du Christ

aux hommes, alors que ses rôles et ses tâches ont connu une évolution à

travers le temps, et singulièrement après le concile Vatican II. Selon le

théologien d’Angers, lorsque des conflits larvés ou ouverts se produisent

entre des animateurs pastoraux et des prêtres, ils proviennent

principalement d’une difficulté à définir précisément les rôles et les

tâches de chacun. A cet égard, estime L.-M. Renier, le fonctionnement des

Eglises des premiers siècles pourrait éclairer la réflexion.

Dans le diocèse de Gand

Mgr Arthur Luysterman, évêque de Gand, brosse ensuite la situation qui

prévaut dans son diocèse quant aux «ministères laïcs». L’évêque prend soin

de distinguer trois catégories : les «ministères ordonnés» ; les

«responsabilités» assumées par les fidèles au sein de l’Eglise ; la

«mission» de témoignage dans le monde qui échoit à tous les baptisés.

Avant le concile Vatican II, dans l’Eglise catholique, les laïcs étaient

surtout cantonnés dans les fonctions subalternes: sacristain, organiste,

catéchiste, observe Mgr Luysterman. Désormais, il est fréquent de les voir

assumer des responsabilités proches de celles du prêtre. Dans les hôpitaux,

par exemple, ils exercent volontiers des rôles auparavant monopolisés par

les prêtres, comme l’accompagnement spirituel des malades.

Dans le diocèse de Gand, on distingue aujourd’hui deux catégories de laïcs

engagés, selon les tâches pastorales qúils exercent ; d’une part, les

«animateurs pastoraux» ou «pastorale werkers», généralement rémunérés à

temps partiel ; d’autre part, les «assistants pastoraux» ou «pastorale

helpers», au nombre d’environ 800, tous bénévoles.

Le souhait de nombreux «animateurs pastoraux» serait d’être rémunérés par

l’Etat pour leurs prestations. Le problème a été posé par les évêques au

ministère de la Justice pour les animateurs laïcs en paroisse. Un

arrangement est en vue : l’Etat paierait un traitement de «vicaire» à un

nombre limité de laïcs engagés dans des paroisses comme «ministres du

culte». Le nombre de nouveaux postes de «vicaires» à pourvoir serait

plafonné au nombre de prêtres admis l’année précédente à la pension.

Et dans les autres secteurs ? Pour le moment, explique Mgr Luysterman, les

animateurs pastoraux nommés dans le diocèse de Gand le sont dans le seul

secteur hospitalier et ils n’entament leur formation de trois ans que si

l’on est sûr d’obtenir pour eux une place rémunérée dans un établissement.

Ultérieurement, une démarche analogue est envisagée pour les écoles. En

attendant, la formation conférée à ces animateurs les habilite notamment à

présider des liturgies de la Parole là où l’absence de prêtre ne permet pas

une eucharistie régulière.

Quant aux 800 assistants pastoraux bénévoles, ils sont engagés dans les

paroisses, les mouvements sociaux, les prisons, les maisons de retraites,

la catéchèse… Depuis 1992, près de 200 équipes paroissiales ont été

instituées dans le diocèse de Gand. En outre, les laïcs sont bien

représentés dans les Conseils pastoraux, les réunions des responsables du

doyenné, les services diocésains, et jusqúau tribunal ecclésiastique.

Dans le Brabant wallon

Vient ensuite le témoignage direct d’un animateur pastoral de Rixensart, R.

Parant, qui raconte le parcours des sept premiers animateurs pastoraux

(cinq hommes et deux femmes) du Brabant wallon. A Rixensart, R. Parant et

son épouse sont mandatés depuis quelques années par leur évêque pour une

mission de permanence à la paroisse Sainte-Croix. Concrètement, ils ont

emménagé dans la cure. Et récemment, une nouvelle équipe pastorale a été

instituée pour trois ans dans la paroisse. Elle comporte onze membres, dont

quatre religieux dominicains. Un rôle majeur des membres est de servir de

relais entre les demandes de la base et l’institution ecclésiale.

R. Parant estime que l’heure est venue pour le peuple chrétien de prendre

ses responsabilités. Alors que l’institution ecclésiale se fait moins

visible, une chance nouvelle paradoxalement pourrait s’offrir à la

communauté : «Nous ne faisons pas le menu, nous servons à table», commente

R. Parant. Les vieilles habitudes qui ont historiquement conduit à

assimiler le personnage du prêtre à celui d’un «professionnel de la

médiation» restent cependant difficiles à changer. Auprès d’une partie de

la population, l’animateur pastoral semble trop souvent être perçu comme

exerçant une fonction qui ternit l’éclat de celle du prêtre.

Des acquis et des questions…

Au terme de la journée, le théologien français L.M. Renier a dégagé trois

grands acquis. D’abord le vieux clivage à deux pôles opposant les prêtres

et les laïcs semble devoir être remplacé par une figure au moins

triangulaire : le prêtre – l’animateur pastoral – le peuple chrétien.

Deuxième acquis : le territoire paroissial n’épuise pas le champ de

l’action pastorale. Celle-ci s’étendre à différents secteurs d’activité ou

de concentration communautaire.

Troisièmement, l’exercice d’une charge pastorale n’est pas le fruit d’une

vocation personnelle comme peut l’être le choix d’une forme particulière de

vie consacrée. L’octroi d’une charge pastorale résulte d’un appel de la

communauté ou des responsables de l’Eglise locale.

Plusieurs autres questions demeurent ouvertes : les manière de faire équipe

et de porter des responsabilités en partenaires entre prêtres et laïcs ;

les manières nouvelles d’assumer un ministère de prêtre ; le rapport à la

vie sacramentelle…

Pour Louis-Michel Renier, on ne peut plus se contenter d’une situation de

fait, d’autant plus qúelle est parfois «hors-la-loi». Le théologien

d’Angers rappelle qúau début du christianisme, l’onction des malades,

aujourd’hui réservée aux clercs, était plutôt l’affaire des parents.

Le théologien estime, en conclusion, que bien des questions renvoient à un

double problème : le partage du pouvoir et la volonté de partenariat. Avant

d’arriver à une formule adéquate, chaque communauté, suggère-t-il, peut

s’attendre à bien des tâtonnements.

n

3 mars 1997 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 5  min.
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