Avec les cueilleurs d’oranges de Santa Maria

«Autrefois, il y avait ici une pharmacie, un bazar, un magasin de vêtements…» raconte Dona Aurora, toute ridée. La culture du café avait apporté la prospérité à Santa Maria, une petite localité de l’Etat brésilien du Parana, dans le sud du pays. Puis, en 1975, il y a eu un fort gel, accompagné d’une maladie du café. «On a emprunté pour se lancer dans d’autres cultures: le maïs, les haricots, le riz, le manioc, le coton… Faute de connaissances techniques, cela a été un échec. On n’a plus pu rembourser les prêts, alors on a dû vendre les terres». Des domaines relativement vastes se sont ainsi constitués et les nouveaux propriétaires ont fait de l’élevage. «Là où entre le bœuf, les gens partent», affirme le dicton. L’élevage ne requiert, en effet, qu’un minimum de main-d’œuvre.

Une partie des habitants sont en effet partis. «Il n’y a plus ni pharmacie ni magasin de vêtements. L’épicerie n’ouvre qu’en fin de semaine». La plupart de ceux qui sont restés – 120 familles – sont devenus des «boias frias», des ouvriers agricoles appelés ainsi parce qu’ils mangent leur repas froid. «Je me lève à quatre heures du matin pour préparer le riz et les haricots», explique Dona Lourdes dont le mari et les deux fils partent vers six heures à bord de l’autobus du «gato». Le «gato» (le chat) transporte trente ou quarante ouvriers jusqu’à une «fazenda», souvent à une ou deux heures de route. S’il y a de nouveau du travail dans la région, c’est surtout grâce aux plantations d’orangers commencées suite de la création d’une fabrique de concentré, la «Parana Citrus». Celle-là même qui fournit le jus d’orange «Max Havelaar».

A Santa Maria, l’on compte 67 cueilleurs d’oranges. De sept à dix-sept heures, ils remplissent des caisses de 25 à 27 kilos. Ils touchent l’équivalent d’une dizaine de centimes par sac ou par caisse. Le «gato» ne leur verse ainsi qu’un bien maigre salaire, d’autant qu’on ne cueille pas les oranges quand il pleut et que la récolte ne dure que quelques mois par an. Hors saison, on va travailler dans les champs de canne à sucre ou de manioc. Le café refait aussi son apparition. Tout cela permet juste de survivre.

Santa Maria a été choisie, avec une autre localité, pour héberger un projet-pilote dans le cadre de l’opération «Max Havelaar». Grâce à ce projet, on est en train de reconstruire le jardin d’enfants. Conçu pour 30, il en abritait 85 ces derniers temps, de six à dix-huit heures (alors que leurs parents sont dans les champs). En plus des tout-petits, il accueille des enfants d’âge scolaire pour qu’ils ne restent pas seuls chez eux. On améliore aussi le fonctionnement du poste de santé où un médecin vient une fois par semaine et un dentiste deux fois. Remettre en état le jardin de plantes médicinales fait aussi parti du projet. Comme il se doit au Brésil, une équipe de football s’est formée, alors qu’un effort a été fait pour donner une formation professionnelle aux cueilleurs.

Médias: Evêques ou hommes d’Eglises. faut-il aller sur les «plateaux»?

Oui, répond le porte-parole des évêques de France

Paris, 4 février 1998 (APIC) Faut-il qu’un homme d’Eglise ou un laïc chrétien accepte les invitations des médias et se rende sur les plateaux de radio ou de télévision? Oui, mais pas à n’importe condition, répond le Père Olivier de La Brosse, porte-parole de la Conférence des évêques de France.

Si le porte-parole de l’épiscopat intervient, c’est parce que le Service Information-Communication de l’Eglise de France, et lui-même en particulier, reçoivent fréquemment des courriers d’approbation ou de critique à ce sujet. Après trois ans d’expérience, le Père de la Brosse est d’avis qu’il faut aller sur les «plateaux». En risquant une double critique: «Ce n’était pas la place d’un prêtre» ou «D’ailleurs il n’a pas dit ce qu’il fallait dire» . Mais si on ne relève pas le défi, dit-il, la critique vient alors des organisateurs eux-mêmes: «Nous avons sollicité l’Eglise. Elle ne nous a pas répondu. Elle préfère pratiquer la politique de la chaise vide. Elle se tait. Le mutisme de leurs évêques est un écho éloquent à celui de Pie XII durant la guerre. L’épiscopat a peur. L’homme d’Eglise est incapable d’affrontement».

Envoyer, à la place d’un évêque ou d’un clerc, un laïc expérimenté et compétent serait souvent une bonne solution, note le porte-parole de l’épiscopat. Mais l’expérience prouve que «le manque de compétence ou d’information de beaucoup d’organisateurs de ce genre de débats «les amène à récuser ceux-ci: il leur faut «au mieux» un évêque, «au minimum «le porte-parole de l’épiscopat», à la rigueur «un président de commission ou de comité épiscopal».

Le P. de la Brosse ajoute:  » Si l’homme d’Eglise, quel qu’il soit, refuse de participer, soyons certains qu’un autre, avec plaisir, saura prendre sa place. Il n’aura pas fatalement les compétences théologiques, historiques, sociologiques nécessaires. Mais ce sera lui qui aura personnifié l’Eglise catholique dans l’émission considérée. Avec certains avantages. Avec peut-être certaines conséquences regrettables, approximatives ou même catastrophiques… «

Il n’y a pas de sujet tabou

Aux yeux du porte-parole, on ne peut, dans le monde contemporain des médias, subordonner sa participation au «politiquement correct» ou au «religieusement correct» du sujet abordé. Même si l’on sait que les organisateurs «traiteront ce sujet de façon imparfaite, partielle, partiale ou même avec une évidente mauvaise foi», on ne choisit pas les sujets. «Si les mots chasteté, célibat, ordination des femmes, diacres permanents, prêtres mariés, homosexualité, sida, pédophilie, argent, Vatican, infaillibilité, alcoolisme, etc… suffisent à éloigner un clerc de l’endroit où l’on aborde ces problèmes, on ne voit plus guère en quels lieux il sera présent», écrit le P. de la Brosse. Selon lui le problème réel est: «Comment aborder ce sujet ? Comment répondre franchement, en vérité, à des questions posées avec mauvaise foi ?»

«Si nous refusons de répondre à des questions ’’tabous’’, observe-t-il, nous fortifions dans l’esprit du public, ce statut de ’’tabou’’» qui colle à certains problèmes. Si nous répondons courageusement, la réponse ne sera peut-être pas totalement satisfaisante, mais le sujet abordé perdra son caractère de tabou, puisqu’on aura osé y toucher… «

Une aventure

Pour le porte-parole des évêques, entrer sur un plateau est  » une aventure «. On peut s’y préparer. Mais on n’est «jamais assuré d’être totalement maître du jeu, on ne sait jamais si le climat de l’émission sera bon ou mauvais, si l’Eglise y sera respectée ou tournée en dérision, si cela se passera bien ou se passera mal. […]. On ne sait jamais, en entrant sur un plateau, si l’accueil, les réactions, les rebondissements, les incidents de séance, les courants de sympathie ou d’antipathie du public joueront pour ou contre vous».

«Si j’attaque trop fort, les bons chrétiens m’accuseront de ne pas vivre l’Evangile. Si je suis trop conciliant, d’autres bons chrétiens me reprocheront d’être faible. Le critère d’une recherche de la vérité est souvent mal perçu: l’auditeur veut une victoire, a n’importe quel prix. La nuance est perçue comme ’’une diplomatie inacceptable». La télévision en couleurs persiste à se souvenir qu’elle a jadis été en ’’noir et blanc’’… Si je prends quelque recul: ’’Vous bottez en touche!’’ Si j’attaque frontalement: ’’Vous simplifiez outrageusement’’. Si je fais quelque concession: ’’Vous reculez lâchement’’. Si je risque un mot d’esprit: ’’Vous déplacez le problème’. Et si je me lève pour quitter le plateau, certains loueront ma noblesse et ma dignité, mais beaucoup d’autres m’accuseront de fuir un débat que j’étais sûr de perdre… «

Faute de posséder tous les éléments du problème et de pouvoir évaluer la complexité des situations, l’exhortation morale véhémente est fréquente auprès du public: «Honte à vous, Messieurs les évêques, qui n’avez plus la foi et ne savez plus défendre la Croix de Jésus-Christ!» Ou encore: «Nous savons bien que l’épiscopat français, noyauté par la Franc-Maçonnerie, n’a plus la foi en Rome et dans le pape. Alors, pourquoi s’étonner que …. «

C’est l’occasion pour le P. de la Brosse de rappeler qu’un évêque, un porte-parole, un théologien, un philosophe chrétien ne sont que les invités des émissions contestées. «S’ils s’y trouvent en mauvaise posture, la première réaction logique et efficace, avant de les prendre à partie, devrait être de protester auprès des directeurs de chaînes (radios et télévision). «Et d’ajouter: «L’afflux d’un courrier approbateur ou critique peut les aider à mieux contrôler leurs collaborateurs et à éviter certaines dérives. Il n’est pas opportun de toujours ’’tirer sur le pianiste’. Viser le chef d’orchestre peut être beaucoup plus efficace!» (apic/cip/pr)

4 février 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 6  min.
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