Bagdad: Réactions de la communauté chrétienne d’Irak après les attaques de dimanche

La crainte d’attentat «se respirait depuis plusieurs mois»

Bagdad, 2 août 2004 (Apic) La crainte d’attentats se respirait depuis au moins 4 mois, lorsque nous avons reçu les premières menaces, a commenté le Père Manuel Hernandez, un des deux carmélitains déchaux restés à Bagdad, au lendemain des attentats contres des églises, qui ont fait au moins 10 morts et 50 blessés.

«Ce qui est arrivé hier à Bagdad représente un tournant significatif et inattendu; nous ne savons pas s’il s’agit d’un cas isolé, qui se veut bien entendu comme un signal politique laissant entrevoir de nouveaux scénarios préoccupants», ont pour leur part déclaré à l’Agence missionnaire Misna des sources de la Maison générale des Carmélitains déchaux à Rome.

Le cardinal Roger Etchegaray, envoyé du pape Jean Paul II pour les missions politiquement les plus difficiles, s’est déclaré «bouleversé» dans un entretien accordé au quotidien italien «La Repubblica», publié lundi. Il ajoute: «Ce sont des nouvelles fort tristes, pas seulement pour l’Eglise, mais pour l’humanité toute entière; c’est un évènement qui touche le monde entier et ne concerne pas seulement une seule communauté religieuse. Il implique tout le monde car c’est une liberté fondamentale qui est touchée, celle religieuse» a poursuivi le cardinal.

«Nous ne partirons pas»

«L’Eglise, comme toutes les réalités qui n’ont pas encore de structure dans l’Irak post-belliqueux», a ajouté le Père Hernandez de Bagdad, «est considérée comme un ennemi à combattre et à chasser afin de poursuivre le programme de destruction. Ces bombes ne doivent pas être entendues comme une attaque des musulmans contre l’Eglise; elles ont frappé les Eglises en espérant contraindre les religieux à quitter le pays. Mais nous, nous ne partirons pas, nous ne laisserons pas les personnes toutes seules».

La communauté catholique d’Irak vivait en relative bonne harmonie avant l’envahissement de l’Irak par des troupes étrangères.

Aujourd’hui, les bombes tombent pour tous et cela nous console que de savoir que nous sommes unis à tous les Irakiens dans le danger, poursuit le Père Hernandez. «C’est là notre véritable force. Ils ne réussissent pas à frapper le nonce ou un évêque et par conséquence ils prennent pour objectif les cibles les plus simples comme les paroisses et, comme toujours, ce sont les personnes communes qui paient le prix. A Bagdad on se réveille le matin au son des mitrailleuses et des bombes et on s’endort le soir avec le même bruit. Les Irakiens sont désormais fatigués de cette situation et essaient de trouver un peu de paix, un peu de normalité» a conclu le missionnaire.

Dans la capitale irakienne Mgr Emmanuel-Karim Delly, patriarche de Babylone des Chaldéens, diffusera une note officielle dans les heures à venir. Un document du Saint Siège est également attendu.

Témoignage

«L’Eglise de Sant’Elia à Karada (zone sud orientale de Bagdad, ndlr) avait été évacuée quelques minutes avant l’explosion, sinon on aurait assisté à un véritable massacre, assure les responsables de la paroisse. L’église est en effet une des plus fréquentées par la communauté chrétienne de Bagdad. Le curé avait été avisé par quelques rumeurs de la présence de voitures suspectes présentes dans la zone depuis quelques minutes.

L’explosion a provoqué la mort de deux musulmans qui travaillaient comme gardiens dans la mosquée se trouvant à proximité de l’église, a témoigné à Misna un religieux depuis Bagdad.

Cinq églises en tout: deux cathédrales, celle arménienne catholique et celle syro-catholique, ainsi que trois églises chaldéennes, une dans le quartier de Karada (l’Eglise de Sant’Elia) et deux dans celui de Dora ont été rpsies comme cibles. A Dora les dommages les plus importants ont été enregistrés dans l’église des Saints apôtres Pierre et Paul où, des sources religieuses contactées par Misna font état d’au moins 5 personnes sont mortes et de nombreuses blessées. Dans l’attaque contre l’église de Saint- Pierre et Paul le séminaire voisin a également été frappé.

A Mossoul 2 personnes sont mortes et de nombreuses autres blessées dans l’explosion de l’église de rite chaldéen de Mar Polis, dans le quartier al-Mohandessin, au centre de la ville. D’après de sources religieuses digne de foi, sous couvert de l’anonymat, aucun religieux ne figurerait parmi les victimes des explosions contre les églises irakiennes. Le bilan total des attaques demeure toutefois incertain.

Avant la Guerre du Golfe, plus de 700’000 chrétiens étaient présents en Irak, entre chaldéens (plus de 600’000), latins (2’500), syro- antiochiens (75’000) et arméniens (2’000). Depuis lors nombreux ont abandonné le pays. «C’est un jour triste; la situation devient très dangereuse et nous ne comprenons pas pourquoi tout cela arrive», a réagi dimanche le Père Ghadir, supérieur des carmélitains déchaux à Bagdad. Il s’agit des premiers actes terroristes perpétrés depuis mars 2003, date du début du conflit irakien, contre des lieux de culte chrétiens. (apic/misna/pr)

2 août 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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