La dignité intangible de la vie de plus en plus mise en question

Bâle: Lettre pastorale commune des évêques de Fribourg-en-Brisgau, Strasbourg et Bâle

Bâle, 9 avril 2002 (APIC) L’Eglise ne veut ni empêcher ni même gêner la recherche scientifique, mais elle tient à rappeler que tout ce qui peut être réalisé techniquement n’est pas forcément éthique. Dans une lettre pastorale commune rendue publique lundi à Bâle, les évêques de Fribourg-en- Brisgau, Strasbourg et Bâle ont clairement tracé les limites éthiques dans les domaines biomédical et génétique.

Signé par Mgr Oskar Saier (Fribourg-en-Brisgau), Mgr Joseph Doré (Strasbourg) et Mgr Kurt Koch (Bâle), le document d’une dizaine de pages sur les problèmes biomédicaux et génétiques rappelle le principe de l’intangibilité de la vie humaine «depuis la conception jusqu’à la mort naturelle». Les évêques des trois frontières affirment que de nouveaux défis se présentent au commencement de la vie humaine par suite des développements très rapides en biomédecine et en génie génétique, dans les disciplines des «sciences de la vie».

Les prélats mettent notamment en garde contre le diagnostic préimplantatoire – «orienté d’emblée vers la sélection de la vie humaine» – utilisé dans la fécondation «in vitro». Si l’embryon est jugé grevé héréditairement, il est détruit. Conséquence: une telle démarche visant à éliminer d’emblée toute vie handicapée a de plus des conséquences très dangereuses pour la relation avec des êtres handicapés. Si l’on venait à légaliser officiellement le diagnostic préimplantatoire, on poserait alors de plus en plus nettement la question de savoir pourquoi un enfant handicapé a été en somme mis au monde. En dernière conséquence, comme on l’a vu dans «l’affaire Perruche» en France, un handicap humain deviendrait objet d’accusation et de reproche, voire cause de dédommagements financiers.

Ce n’est pas par hasard que ce document a été présenté dans la cité rhénane par les évêques des trois diocèses voisins de Suisse, d’Allemagne et de France: cette région centrale d’Europe, rappelle la lettre pastorale, est le siège du Parlement européen à Strasbourg, celui des deux Tribunaux suprêmes d’Allemagne à Karlsruhe – où l’on traite de cas concernant la dignité humaine et les droits de l’homme – et abrite de nombreux instituts de recherche concernés par les problèmes de bioéthique. La chimie bâloise, également, est impliquée dans le développement de nouveaux produits grâce au génie génétique.

Lors de la présentation du document, Mgr Kurt Koch a souligné que cette publication intervient à un moment où, dans la société actuelle, le respect de la dignité humaine «surtout aux limites de la vie humaine», c’est-à-dire de la conception à la mort naturelle, est mis à l’épreuve. Mgr Joseph Doré a clairement laissé entendre que la lettre pastorale commune devait se comprendre comme un appel et une mise en garde à la société.

Non à la consommation d’embryons pour la recherche

«Nous constatons avec une grande inquiétude que la conviction de la dignité intangible de la vie humaine à partir de la conception est de plus en plus mise en question dans la société actuelle et qu’ainsi est légitimée la consommation d’embryons pour la recherche», écrivent les évêques. Qui déplorent la récente décision du Parlement britannique de permettre la production d’embryons clonés pour l’obtention de cellules souches jusqu’au 14ème jour après la fécondation.

La production artificielle et l’utilisation d’embryons humains à des fins de recherche et l’obtention de cellules souches embryonnaires ne peuvent jamais être justifiées éthiquement, poursuivent-ils, même si l’on recherche par ce biais des maladies héréditaires ou la diminution des souffrances. «En revanche, il n’y a rien à objecter contre la recherche – qui n’est certes pas encore très développée – concernant les cellules souches adultes», peut-on lire dans la lettre pastorale commune des évêques de Fribourg-en-Brisgau, Strasbourg et Bâle.

Les évêques considèrent que la façon de traiter les deux bouts de la vie – de la conception à la mort naturelle – est indissolublement liée. Ils mettent également en garde contre une société qui favorise l’avortement, l’euthanasie, l’aide active à la mort ou la participation au suicide de personnes fragilisées par la maladie et l’âge. «S’il s’agit pour la vie humaine non encore née d’une vie humaine qui ne peut encore rien produire, il s’agit pour la vie malade ou fragile, vieille et mourante, d’une vie humaine qui ne peut plus rien produire. Mais, à la ’bourse’ de notre société de performance, les deux bénéficient d’une mauvaise cotation».

Défendre la vie pour préserver les fondements de l’Etat de droit démocratique

Dans leur document, les évêques relèvent que chaque euthanasie réalisée et permise par le droit accentue sur les personnes âgées et malades ainsi que sur leur famille la pression sociale afin d’alléger les coûts du système sanitaire et social. Les prélats rappellent finalement qu’ils ne veulent pas, en défendant le principe de base de la vie humaine, imposer leurs convictions chrétiennes à une société multiculturelle et pluraliste, comme on leur en adresse parfois le reproche. «Au contraire, nous avons la conviction que ce principe de base jaillit de la raison humaine». Et si l’on ne respecte pas ce principe, concluent-ils, les fondements de l’Etat de droit démocratique sont ébranlés. (apic/wm/com/be)

9 avril 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!