Bâle: Mgr Kurt Koch commente l’encyclique de Benoît XVI sur l’espérance chrétienne
«L’homme a besoin de Dieu, sans quoi il demeure sans espoir»
Bâle, 30 novembre 2007 (Apic) Mgr Kurt Koch, a rédigé une introduction à l’encyclique «Spes Salvi» diffusée le 30 novembre par le pape Benoît XVI. «L’homme a besoin de Dieu, sans quoi il demeure sans espoir», affirme l’évêque de Bâle, qui est aussi président de la Conférence des évêques suisses.
Après «Deus Caritas est», qui avait pour thème l’amour, Benoît XVI consacre sa deuxième encyclique à l’espérance chrétienne, relève Mgr Koch. Pour le pape en effet, «l’espérance est le fil conducteur de la foi chrétienne». Il reconnaît comme élément caractéristique des chrétiens le fait «qu’ils ont un avenir»: «c’est seulement lorsque l’avenir est assuré en tant que réalité positive que le présent devient aussi vivable». Ainsi, le message chrétien sur l’espérance n’est pas seulement un langage «informatif», mais «performatif», «qui produit des faits et qui change la vie».
Pour Benoît XVI, l’espérance chrétienne ne se réfère pas à «quelque chose» tel un désir formulé pour l’avenir, mais à «quelqu’un», une Personne, Jésus-Christ, qui a apporté Dieu et donc la véritable espérance à l’humanité. L’espérance chrétienne n’est ni une utopie, ni un principe, mais une Personne.
L’homme ne veut ni mourir ni vivre éternellement
L’espérance chrétienne, qui se réfère à la vie éternelle, se heurte selon le pape à un paradoxe de la vie humaine, à savoir que l’homme d’une part ne veut pas mourir, et d’autre part ne voudrait pas non plus vivre éternellement, sans fin. Mgr Koch relève que ce paradoxe montre que nous ne connaissons pas vraiment ce que pourtant nous espérons en profondeur et que l’expression «vie éternelle» essaie de prénommer cette réalité «connue inconnue». La vie éternelle est en réalité une immersion de l’homme «dans l’océan de l’amour infini, dans lequel le temps – l’avant et l’après – n’existe plus» (Spe salvi / no 12).
Puisque l’espérance chrétienne s’est ainsi concentrée sur la vie éternelle, on a reproché au christianisme d’orienter son espérance vers un salut somme toute individualiste. Le pape montre au contraire que l’espérance chrétienne s’oriente toujours vers une réalité communautaire. Le reproche trouve ses raisons «dans la métamorphose de la conception chrétienne de l’espérance dans les temps modernes, selon laquelle la rédemption et finalement le rétablissement du paradis perdu ne sont plus attendus de la foi, mais de la science et de l’action politique». La foi dans le progrès scientifique se cristallise comme nouvel habit de l’espérance «chrétienne»: le Pape l’atteste dans les développements de la pensée depuis Friedrich Engels en passant par Karl Marx jusqu’à Lénine, et argumente que leur véritable erreur est le matérialisme: «en effet, l’homme n’est pas seulement le produit de conditions économiques, et il n’est pas possible de le guérir uniquement de l’extérieur, créant des conditions économiques favorables» (n° 21). Vis-à-vis de cela, selon Mgr Koch, l’espérance chrétienne se dévoile comme une magnifique défense de la raison et de la liberté humaines.
Ce ne sont pas la science et la politique qui rachètent l’homme
Face aux «grandes promesses des temps modernes», la «vraie nature de l’espérance chrétienne» se trouve en Dieu, qui intègre le tout et peut donner à l’homme ce que celui-ci ne pourrait pas se donner par lui-même: «la vraie, la grande espérance de l’homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, peut être seulement Dieu – le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime toujours ’jusqu’au bout’, ’jusqu’à ce que tout soit accompli’» (n° 27). C’est pourquoi, relève Mgr Koch, ce ne sont pas la science et la pratique politique qui rachètent l’homme, mais exclusivement l’amour.
Dans la dernière partie de son encyclique, le pape expose ce que veut dire espérer chrétiennement dans la vie, et présente des lieux concrets d’apprentissage et d’entraînement de l’espérance. Il voit ces lieux non seulement dans la prière, mais également dans l’agir et le pâtir de l’homme, dans la mesure où celui-ci se sait soutenu par la «consolation de l’amour compatissant de Dieu «.
Un regard vers Marie, étoile et mère de l’espérance, parachève l’encyclique. En donnant son ’oui’, Marie a ouvert à Dieu les portes de notre monde et reconduit devant nos yeux le but de notre espérance.
La foi dans un monde pluraliste et relativiste
Dans un commentaire final, le président de la Conférence des évêques suisses relève que «dans son encyclique, le Pape non seulement rappelle la dimension eschatologique élémentaire de la foi chrétienne, mais il donne aussi un bel exemple de ce que notre foi peut apporter de ’basique’ dans un monde empreint de pluralisme et de relativisme. Son message se garde de n’annoncer que des injonctions et des interdits. Au contraire, le Pape énonce la beauté de la foi chrétienne et ainsi évoque les points forts du programme qu’il avait lui-même formulé dans une longue interview précédant son voyage apostolique en Bavière: Le christianisme, le catholicisme, n’est pas une somme d’interdits, mais une option positive».
L’encyclique a été signée le 30 novembre, fête de Saint André. Mgr Koch voit dans cette date un signe d’espérance vers la «pleine communion ecclésiale et eucharistique» à réaliser entre l’Eglise de Rome et l’Eglise de Constantinople. André, frère de Pierre, est en effet le saint patron du siège de l’Eglise orthodoxe à Constantinople. «De fait, l’espérance chrétienne doit être promue en esprit oecuménique, si elle veut être crédible dans le monde actuel», conclut l’évêque de Bâle. (apic/com/bb)



