Bâle: Polémique à propos de prêtres dispensés qui dirigent des paroisses dans le diocèse

Mgr Koch ne veut pas stopper la «marche en avant des laïcs»

Bâle, 10 avril 2003 (Apic) A l’avenir, dans le diocèse de Bâle, les prêtres dispensés des obligations sacerdotales ne se verront plus confier la direction d’une paroisse en tant que «Gemeindeleiter». Ils pourront toutefois continuer à travailler comme assistants pastoraux ou catéchistes, selon l’évêché de Bâle. Qui réfute l’accusation selon laquelle Mgr Kurt Koch veut stopper la «marche en avant des laïcs».

Le Père Roland-Berhnard Trauffer, vicaire général du diocèse à Soleure, a démenti ces allégations parues dans un article de presse du quotidien zurichois «Tages Anzeiger». Mgr Kurt Koch n’a aucunement l’intention de stopper «la marche en avant des laïcs» dans le diocèse de Bâle.

Interrogé jeudi par l’Apic, le Père Trauffer a toutefois confirmé la situation d’Ernst Knorr, un prêtre dispensé et aujourd’hui marié. C’est cet ancien prêtre, qui travaille actuellement comme responsable de la paroisse de Gretzenbach, dans le canton de Soleure, qui a lancé le débat public. A l’instar de la poignée d’anciens prêtres dans une situation similaire, il ne pourrait pas prendre la tête d’une nouvelle paroisse au cas où il le souhaiterait.

Une pratique née sous l’épiscopat de Mgr Wüst

La décision de l’évêque de Bâle, Mgr Kurt Koch, qui a suscité la polémique et n’a pas été communiquée publiquement, revient sur la pratique née sous l’un de ses prédécesseurs. Mgr Anton Hänggi (évêque de Bâle de 1968 à 1982) avait décidé, dans les années 70, que l’on pouvait engager dans un service pastoral – sous des conditions précises – un prêtre ayant obtenu une dispense.

Mais c’est Mgr Otto Wüst, dans les années 90, qui avait considéré que s’il n’y avait pas de prêtre ordonné à disposition, un prêtre dispensé pouvait être institué comme «Gemeindeleiter» et présider la paroisse. C’est donc cette pratique que ne veut pas poursuivre Mgr Koch.

Les prêtres dispensés concernés restent pour le moment en place, mais ils ne pourront pas à l’avenir être nommés à la tête d’une nouvelle paroisse comme «Gemeindeleiter». Cette décision ne touche pas les théologiennes et théologiens laïcs à la tête d’une paroisse catholique du diocèse.

Le dilemme dans un cas comme celui de Gretzenbach, vient du fait qu’un prêtre dispensé des obligations liées à son sacerdoce retrouve, grâce à un détour, une fonction dont il s’était pourtant fait dispenser par sa propre volonté. «C’est une contradiction, affirme le Père Trauffer, et l’évêque doit lever cette contradiction». Aux yeux du vicaire général, s’il ne le faisait pas, sa crédibilité serait mise en question lors de la recherche de solutions concernant des changements dans les conditions d’accès au sacrement de l’ordre.

Les «Gemeindeleiter» pas remis en question

Ces «Gemeindeleiter» – un terme qui n’a pas son pareil en français – sont des laïcs, hommes ou femmes, qui accomplissent «à titre exceptionnel» la plupart des services dévolus aux prêtres. Ils baptisent, président la célébration du dimanche, les enterrements ou les mariages. A la tête d’une paroisse catholique, ces laïcs sont souvent mariés, pères ou mères de famille et travaillent en étroite collaboration avec un prêtre, qui est le curé canonique de la paroisse. La plupart d’entre eux, en Suisse, se trouvent dans le diocèse de Bâle, où près de 30% des paroisses sont confiées à des diacres ou des théologiens laïcs, hommes ou femmes.

81 théologiens, 27 théologiennes et 50 diacres assument la responsabilité d’une des 527 paroisses du diocèse de Bâle, précise-t-on jeudi à l’évêché de Bâle à Soleure. En Romandie, cette fonction est encore inconnue. Seules quelques situations de «répondants laïcs» ou de «co- responsables» ont été mises en place par les évêchés et vicariats épiscopaux. Dans le décanat de Berne, sur les 14 paroisses de langue allemande, seules 5 étaient dirigées par un prêtre, dont deux d’entre eux proches de la retraite, révélait en novembre dernier une enquête de l’Apic. JB

Encadré

«Cléricalisation» des laïcs et «sécularisation» des prêtres

Le prêtre n’est pas remplaçable. C’est ce que rappelle le Vatican dans une instruction sur les curés de paroisse diffusée le 18 octobre dernier. Ce document, approuvé par Jean Paul II, touche notamment aux rôles propres des prêtres et des laïcs. Rappelant que dans les dernières décennies, l’Eglise a vécu des problèmes «d’identité sacerdotale», il déplore la diffusion d’»une vision théologique peu claire» à ce sujet.

«Dans certains milieux, on a fini par rompre ce profond équilibre ecclésiologique», affirme le document, qui met en garde contre les dangers de «cléricalisation» des laïcs et a «sécularisation» des prêtres. Le Vatican souligne qu’»il est erroné de négliger le sacerdoce ordonné pour mettre l’accent sur le laïcat car, en agissant de la sorte, on finit par pénaliser le laïcat lui-même et par rendre stérile toute la mission de l’Eglise».

La participation à la charge pastorale d’une paroisse d’un laïc ou d’un diacre est réglée par l’article 517-2 du droit canonique, le code de lois de l’Eglise catholique. Elle ne peut être accordée par l’évêque qu’en cas de «pénurie de prêtres». Mais dans tous les cas, précise le document, l’autorité diocésaine nommera «un prêtre qui, muni des pouvoirs et facultés du curé, sera le modérateur de la charge pastorale». BB

Encadré

Moins de 1% de paroisses confiées à un laïc

L’Eglise catholique romaine compte actuellement 218’196 paroisses à travers le monde, dont deux tiers sont confiées à un curé diocésain et près d’un tiers à un religieux prêtre. Moins de 1% sont gérées par un laïc. Au 31 décembre 2000, selon les statistiques officielles, l’Eglise catholique comptait 405’178 prêtres, dont 265’781 prêtres diocésains et 139’397 religieux, avec une moyenne de 2’580 catholiques par curé (1’343 en Europe et 4’298 aux Etats-Unis). (apic/bb/job/be)

10 avril 2003 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!