Bangladesh: AI dénonce la pratique de la torture généralisée dans la pays

Une pratique considérée comme «normale»

Londres/Lausanne, 29 novembre 2000. Depuis l’indépendance du Bangladesh en 1971, le recours à la torture est généralisé et considéré comme une pratique «normale» par les gouvernements et les principaux partis politiques qui se sont succédé à la tête de ce pays, révèle un rapport rendu public à Dacca par Amnesty International dans le cadre de sa campagne mondiale contre la torture qui a démarré le 18 octobre 2000 et se poursuit jusqu’en décembre 2001.

Selon AI, depuis trop longtemps, les gouvernements du Bangladesh acceptent la torture comme une pratique normale. Toute personne est susceptible d’être torturée, mais la plupart du temps seuls ceux qui sont bien introduits auprès des milieux politiques bénéficient d’une protection. Amnesty International demande au gouvernement de prendre des mesures énergiques pour garantir la protection de tous, et pas seulement celle de quelques privilégiés.

Parmi les victimes, on compte des enfants, des femmes, des personnes âgées, des opposants politiques, des personnes soupçonnées d’infractions ou des témoins innocents. Les victimes peuvent se voir infliger les sévices suivants: coups de crosse de fusil, de barre de fer ou de bâton en bambou, viol, décharges électriques. Elles peuvent également être suspendues au plafond par les mains, recevoir un «traitement à l’eau» (des tuyaux sont introduits dans chaque narine et les robinets ouverts au maximum pendant deux minutes à chaque ” traitement «) ou avoir les doigts écrasés entre les mâchoires de pinces métalliques.

De très nombreuses personnes sont mortes en détention des suites d’actes de torture. Selon Odhikar, une organisation bangladaise des droits humains, ce nombre s’élève à 49 pour la période de janvier à septembre 2000. Le viol en détention est un grave problème au Bangladesh. Les victimes de viol ne peuvent le plus souvent compter que sur le soutien et la détermination de leur famille pour tenter d’obtenir justice. Malheureusement, dans la plupart des cas, ce n’est que lorsque la victime a été assassinée ou qu’il y a des protestations publiques qu’une action est entreprise. De nombreuses violences à l’encontre des femmes sont le fait de particuliers et il arrive fréquemment que la police, en échange d’un pot-de-vin, ne prenne aucune mesure contre les responsables présumés.

Selon AI encore, les actes de torture et les autres mauvais traitements ont parfois lieu en public. La police a souvent recours à la violence contre les manifestants et, pour tenter de dissimuler ses agissements, elle agresse aussi les journalistes présents.

Quant à la torture d’opposants politiques, elle serait pratiquée sur l’ordre du milieu politique. La police torture aussi pour des motifs personnels, par exemple quand il s’agit de viols. Cependant, dans la majorité des cas, la torture est liée à une tentative de faire avouer à la victime un crime qu’elle n’a pas commis. Toutes ces pratiques perdurent parce que les gouvernements successifs du pays le permettent. Il est rare que des enquêtes aient lieu et plus rare encore que des affaires de torture soit jugées par un tribunal. (apic/com/pr)

29 novembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!