Inde: L’Eglise rappelle au nouveau gouvernement hindouiste du Maharashtra ses devoirs envers les minorités
Beaucoup de catholiques ont également voté pour le parti nationaliste
Bombay, 5 novembre 2014 (Apic) Le cardinal Oswald Gracias, archevêque catholique de Bombay, à l’ouest de l’Inde, a rappelé au nouveau gouvernement de l’Etat du Maharashtra, formé par le parti hindouiste Bharatiya Janata Party (BJP – Parti du peuple indien), son engagement à protéger les pauvres et les minorités. Le parti nationaliste, qui dirige également le pays au niveau féderal avec le Premier ministre Narendra Modi, a remporté haut la main, le 15 octobre dernier, les élections législatives de ce riche Etat de l’ouest du sous-continent.
«Les membres des minorités, les pauvres, les marginalisés et les personnes âgées doivent être la priorité pour bâtir une société digne de ce nom», a lancé le prélat à l’adresse du BJP, rapporte le 4 novembre 2014 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. Le parti hindouiste a remplacé au pouvoir le Parti du Congrès, qui était en place depuis quinze ans.
Dans cet Etat considéré comme le plus riche de l’Inde, le BJP a gagné avec une majorité absolue, s’adjugeant 122 sièges à l’Assemblée. Le Shiv Sena, qui appartient à la mouvance hindouiste la plus extrême, a obtenu de son côté 45 sièges, soit à peine plus que le Congrès qui a signé l’un de ses plus mauvais scores de tous les temps avec seulement 42 députés.
Le drame du suicide des paysans
Dans sa déclaration à l’intention du nouveau gouvernement, l’archevêque de Bombay a espéré que les dirigeants donnent un nouvel élan au dialogue interreligieux et à la promotion d’une culture du respect de l’autre.
Le terrible drame du suicide des agriculteurs, un autre sujet de préoccupation majeure de l’Eglise, a aussi été signalé à l’attention des dirigeants de l’Etat. «L’Eglise se sent particulièrement concernée par le nombre croissant de paysans qui décident aujourd’hui de mettre fin à leurs jours», a assuré le cardinal Gracias.
Depuis plusieurs années en effet, l’Etat du Maharashtra fait régulièrement la Une des journaux indiens pour ses vagues de suicides de paysans, récurrentes après chaque épisode climatique difficile. La plupart d’entre eux choisissent de s’empoisonner avec les pesticides qu’ils emploient dans leurs champs. Ce phénomène de société, qui a atteint un nouveau pic à la veille des élections générales indiennes au printemps dernier, a joué un rôle important dans la défaite du Congrès au Maharashtra en octobre. Le parti, qui a été ultra dominant en Inde jusque dans les années 1970, a été accusé de ne rien faire pour les malheureux agriculteurs souvent criblés de dettes.
Le Congrès miné par la corruption
Les catholiques de l’Etat, «écœurés par la corruption du Congrès», auraient été nombreux à voter en faveur du BJP, a indiqué suite aux élections le quotidien local «Mumbai Mirror». En votant en faveur de celui qui offrait de meilleures garanties de bonne gouvernance, et non pas en fonction de sa couleur politique, les chrétiens n’ont fait que suivre les consignes de l’Eglise catholique, qui étaient de «voter pour des candidats luttant contre la corruption et respectant le mieux la laïcité de la Constitution», affirme dans le quotidien «Times of India» Jennifer Rodrigues, professeur d’histoire au Collège national de Bandra à Bombay.
Malgré l’inquiétude de nombreux responsables chrétiens concernant la volonté du BJP – peu affichée cependant pendant la campagne électorale – d’instaurer dans le pays un hindouisme nationaliste, certains évêques ou leaders catholiques ont ainsi préféré se rallier à des candidats promettant la transparence et la protection des minorités plutôt que de réélire les hommes particulièrement honnis du Congrès. (apic/eda/rz)



