questions posées à la foi aujourd’hui =
Belgique: 175 chrétiens en session oecuménique se penchent sur les
Blankenberge, 8 novembre 1995 (CIP)
175 personnes se sont retrouvées du 2 au 5 novembre à Blankenberge pour la
quatrième Session oecuménique interrégionale de formation (SOIF) sur le
thème : «Ma foi en question… Questions à notre foi». Mgr Paul Lanneau,
évêque auxiliaire à Bruxelles, a tenu à y passer une journée entière.
Dans une société en évolution rapide où la foi chrétienne ne va plus de
soi, les participants étaient invités à partager et à confronter questions,
recherches, éléments de réponses, convictions. L’itinéraire était balisé
par des propositions de travial en carrefours et par quelques exposés.
Au départ, les carrefours ont analysé un événement de l’actualité profane,
puis se sont demandé quel lien ses membres établissent entre leur foi et ce
qui se passe dans la société. Devant un événement «ordinaire», ils ont pu
constater plusieurs manières de «sentir» la foi ou la non-foi.
Foi et culture moderne
La culture actuelle est-elle une catastrophe ou une chance pour la foi ?
Bernadette Wiame, professeur de religion et auteur d’une thèse de doctorat
en sciences de l’éducation qúelle défendra prochainement à l’U.C.L., s’est
interrogée sur la manière de situer la foi dans la société moderne
occidentale. Elle a d’abord relevé quatre caractéristiques de cette société
: l’agir humain s’y déploie de façon autonome par rapport à la religion, ce
qui est un trait de la sécularisation ; l’avenir se construit dans la
délibération et la démocratie pluraliste ; les aspects scientifiques et
tehniques de l’activité humaine se développent au détriment d’autres
aspects, notamment de l’éthique et de la convivialité ; le sujet personnel
s’affirme de plus en plus comme trouvant en lui-même ses raisons et ses
ressources.
De là à identifier la modernité et l’humanisme athée, il y a un pas que B.
Wiame refuse de franchir. A ses yeux, le défi est celui de l’indifférence
religieuse. Elle estime toutefois que la modernité se traduit plus par un
changement dans la manière de croire que par une perte de foi. Le chrétien
de la modernité n’accepte plus sans broncher que l’on se prononce et que
l’on décide à sa place et sans lui.
Cette évolution donne pourtant lieu à deux interprétations divergentes.
Pour les uns, l’échec de la société sans Dieu est patent. Heureusement,
disent-ils, la modernité est une parenthèse qui se referme ; la religion
est de retour et l’on peut, on doit même annoncer le «Message» objectif.
Pour d’autres, la culture actuelle est un fait irréversible et une chance à
saisir, en acceptant de repenser le rapport entre l’Eglise et le monde. En
participant aux débats de société sur toutes les questions vitales, les
croyants peuvent aider la modernité à déployer ce qúelle a de meilleur.
La Bible au travail
Le deuxième jour, était proposé un travail en carrefour sur la Bible. Le
texte choisi a été abordé en trois étapes. Après un temps de réactions
spontanées, puis une analyse du récit et de ses expressions de foi, tous se
sont demandé «en quoi la Bible nous rejoint et nous bouscule».
Le lendemain, deux exposés complémentaires ont synthétisé la réflexion sur
les textes analysés. Pour Joseph Dewez, animateur du Centre de Formation
Cardijn (CEFOC) et professeur de religion, la foi des gens qui rencontrent
Jésus démarre au coeur d’une expérience humaine : ayant entendu parler de
Jésus, ils font une démarche, leur foi est accueillie, Jésus croit en eux
et leur répond. Ce faisant, Jésus s’expose et risque le rejet et la mort.
Résultat : celui qui a cru est mis debout, est guéri, est devenu autonome
et ouvert à un nouveau déplacement.
Jeanne Somer-Gotteland, protestante, mère de famille et journaliste, trouve
dans plusieurs récits du Nouveau Testament (notamment dans les cas de
Zachée et de la Samaritaine), la séquence suivante : mis en présence de
Jésus, un personnage s’arrête, s’interroge et doute ; puis, il change de
direction (conversion), il reçoit et accepte le pardon, il est remis debout
et est envoyé.
La foi en amont et en aval
Les participants ont alors réfléchi sur leurs perceptions différentes de la
foi et sur les événements individuels et collectifs qui les ont modelées.
Et ils se sont interrogés sur les conséquences qúentraîne la «marche à la
suite de Jésus».
Maurice Cheza, professeur à l’U.C.L., a montré que les options
fondamentales, aussi personnelles soient-elles, sont tributaires de
quantité d’influences : famille, milieu social, société globale, groupes
d’affinité, etc. Autrement dit, il y a un «amont de l’acte de foi». Faut-il
s’étonner qúun Petit Frère de Charles de Foucauld n’ait pas le même type de
foi qúun Bénédictin ?
Il y a aussi un «aval» : les options fondamentales prises par quelqúun ont
des effets sur ses relations avec son entourage et bien au-delà. Il en va
de même pour les groupes (la JOC, par exemple, a produit de nombreux fruits
au-delà d’elle-même) et pour l’Eglise dans son ensemble.
Etant donné l’épaisseur humaine dans laquelle se vit la «foi», les options
prises par le croyant ou par l’Eglise peuvent ne pas avoir des résul-tats
positifs. Il arrive même que la religion soit utilisée dans des buts peu
avouables. A vrai dire, quand la religion sert, par exemple, à légitimer le
pouvoir ou la propriété, il y a «détournement» de Dieu, dit M. Cheza. Et de
rapporter ce fait de l’époque coloniale : des Blancs qui n’avaient
personnellement plus aucune peur de l’enfer se réjouissaient de voir
enseigner aux Noirs un dieu qui punit éternellement les malfaiteurs.
Pour le théologien, c’est bien l’image de Dieu qui est en cause. Or,
dit-il, Jésus a mené un combat qui est lié à son option en faveur d’un
retour au Dieu de l’Alliance et des prophètes. A l’époque de Jésus, en
effet, certains dignitaires de la Synagogue et du Temple détournaient
l’image de Dieu au profit de leur pouvoir.
Bref, la foi au Dieu de Jésus-Christ pousse les chrétiens à s’engager au
service de la justice, de la paix et de la liberté. Sur ce terrain, ils
rejoignent les hommes et les femmes qui fondent leur lutte sur d’autres
base qúune foi religieuse.
Sur la route en pèlerin
Le dernier jour, les animateurs ont tenu à valoriser l’expérience vécue
dans les carrefours. «La session elle-même a été une expérience de foi, de
reconnaissance réciproque, de confiance», a relevé J. Dewez. «L’ambivalence
de nos engagements et les risques d’erreurs peuvent être difficiles à
vivre, a noté M. Cheza, mais à force d’avoir peur de se salir les mains, on
en arriverait à ne plus avoir de mains.» Pour J. Somer-Gotteland, «au coeur
de l’homme et de la société se trouve le mal, mais Dieu l’oblitère ; le
pardon et la grâce nous remettent debout. Nous travaillons à l’avènement du
Royaume comme des serviteurs inutiles.» Et B. Wiame d’ajouter : «Le Royaume
est déjà là ; il est à la fois don de Dieu et oeuvre des hommes et des
femmes de tous les temps. Le plus important pour Dieu, c’est que nous
croyions d’abord en nous-mêmes.» Une célébration finale a réuni les adultes
et les enfants qui les accompagnaient autour du thème du chemin et du
baluchon que le pèlerin emporte. En référence à l’Evangile de Jean, les
participants ont fait mémoire de la dernière soirée que Jésus a passée avec
ses disciples et de son amour livré jusqúau bout, comme le montre le
lavement des pieds. Les seize carrefours ont mimé les découvertes qúils
souhaitaient partager, tandis que le groupe des enfants a mis en scène le
récit de la rencontre entre Jésus et Zachée.
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