La Châsse de sainte Begge est un chef-d'oeuvre de la Renaissance
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Belgique: Bataille autour d'une châsse de la Renaissance

La châsse de sainte Begge, trésor renaissance de la collégiale d’Andenne, en Belgique, fait l’objet d’une querrelle juridique entre la municipalité et l’Eglise locale. Le maire voudrait la récupérer, le diocèse de Namur refuse.

Par Angélique Tasiaux / hebdomadaire Dimanche

Le débat fait rage dans la cité de la province de Namur, où le bourgmestre Claude Eerdekens veut rapatrier la châsse de sainte Begge dans un nouveau musée. Mais la fabrique d’église refuse de céder la propriété d’un patrimoine remarquable.

Le prestige de la châsse de la sainte n’est pas pour déplaire au politicien Claude Eerdekens (PS) qui y voit une pièce majeure, susceptible d’attirer les touristes dans sa ville. Lors du conseil communal du 22 mars dernier, le bourgmestre a défendu l’idée selon laquelle «le trésor doit être protégé», a fortiori lors des travaux annoncés dans la collégiale à partir du 8 août.

Selon lui, «en vertu d’un principe juridique très simple, le trésor appartient à la ville. La fabrique d’église en a la garde. (…) Cela nous permet, en tant que propriétaire, d’avoir un regard absolu sur le patrimoine qui fait partie de l’histoire de notre cité. Il est important d’en assurer la pérennité.» C’est donc contraint et forcé que Claude Eerdekens se trouve dans l’obligation de saisir les tribunaux. Selon lui, il est «dommage d’aller en justice, mais il eût suffi que la fabrique d’église se range à nos arguments et nous aurions pu venir, devant vous, avec une magnifique convention prévoyant l’avenir de ce trésor, sa possibilité d’être visité par beaucoup de touristes. Il y a là une forme de conservatisme, d’archaïsme fonctionnel dans le chef de la fabrique d’église, donc il faut bien passer à la vitesse supérieure.»

Retour en 1796

La fabrique d’église et le diocèse de Namur ne l’entendent pas vraiment de cette oreille. Dans un communiqué ils reviennent sur la nationalisation des biens d’Eglise en 1796, époque de l’invasion de la Belgique par les révolutionnaires français. «Ces biens ont été donnés aux communes. Ils sont restés propriété communale après l’indépendance de la Belgique.»( en 1830 ndlr) Toutefois, le cas de la châsse andennaise s’avère différent, puisque les chanoinesses l’avaient emportée lors de leur fuite à Namur. La châsse «ne se trouvait donc pas dans l’église lors de sa nationalisation. Elle a été restituée et confiée à la collégiale vers 1820, après l’établissement du concordat entre Napoléon et le pape Pie VI», précisent les autorités ecclésiales. Elle est devenue alors la propriété de la fabrique d’église.

De l’importance du culte

Aujourd’hui encore, la châsse d’Andenne est un objet de culte avant d’être une œuvre d’art, insiste l’Eglise. Elle renferme les reliques de sainte Begge dont le culte est encore vivace au bord de la Meuse. Il est donc légitime que la fabrique d’église en assure l’usage, la conservation et l’entretien. La châsse sort encore deux fois par an, lors de processions traditionnelles dans la cité. Le diocèse de Namur réfute également les affirmations du bourgmestre d’Andenne, selon lequel la châsse se trouverait séquestrée au seul bénéfice des pratiquants. La «collégiale est ouverte en permanence et n’est pas un bâtiment à l’usage exclusif de quelques individus possessifs, rétorque-t-il. L’affectation au culte n’est en rien restrictive, elle permet également une valorisation culturelle et patrimoniale à l’attention d’une communauté entière avec sa dimension touristique.»  Enfin exposer la châsse dans son écrin initial la rend plus intelligible, tant d’un point de vue artistique qu’historique.

Une histoire absurde

Par ailleurs, un projet d’exposition était en cours d’élaboration. «A la demande de la ville, le directeur du musée communal Le phare, a rédigé un projet d’exposition de la châsse dans la collégiale. La fabrique et les représentants de l’évêché souscrivaient à ces idées. Les déclarations actuelles du bourgmestre arrivent à contre-courant des résultats d’une étude commandée par lui-même.»

L’Eglise locale déplore aussi les frais engendrés par la saisie des tribunaux: «le bourgmestre va engager des frais de justice à charge des finances communales. La fabrique devra prendre un avocat dont les honoraires seront également, via le compte de fabrique, soldés par la commune. Tout cela relève de l’absurde».(cath.ch/dimanche/at/mp)

La Châsse de sainte Begge est un chef-d'oeuvre de la Renaissance
7 mai 2021 | 13:47
par Rédaction
Belgique (165), Châsse (11)
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