Belgique: Des théologiens catholiques belges réagissent à «Dominus Iesus»
Un document qui nuit à la «crédibilité» de l’Eglise catholique
Bruxelles, 25 septembre 2000 (APIC) Le document romain «Dominus Iesus» nuit à la «crédibilité» de l’Eglise catholique, estiment 53 théologiens catholiques belges, dont Gabriel Ringlet. Dans une déclaration commune signée en fin de semaine dernière, les théologiens belges se déclarent attristés de voir «une autorité de leur Eglise répondre à de vraies questions par des réponses unilatérales, sans nuances et présentées comme définitives».
La déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi a déjà suscité de nombreuses réactions. «La nôtre, écrivent les signataires de la déclaration, est celle de théologiens catholiques attristés de voir une autorité de leur Eglise répondre à de vraies questions par des réponses unilatérales, sans nuances et présentées comme définitives». Un tel document, estiment-ils, ne peut que diminuer la crédibilité d’une institution qui pourrait être autrement porteuse du souffle de l’Evangile.
Le récent document «Dominus Iesus» promulgué par la Congrégation pour la doctrine de la foi entend situer le christianisme par rapport aux autres religions et l’Eglise catholique vis-à-vis des autres religions chrétiennes. Comme théologiens et théologiennes de Belgique francophone, les signataires entendent réagir «avec clarté en déplorant le ton et le contenu du document romain».
Les réflexions des théologiens portent sur plusieurs points. Ils regrettent tout d’abord «le rapport de supériorité qu’induit un tel texte entre les catholiques et les autres chrétiens, entre ceux-ci et les croyants des autres religions. Cette attitude nous paraît hautement préjudiciable pour l’oecuménisme et le dialogue interreligieux, en Occident comme dans les pays du tiers monde.
Les théologiens pensent en outre que la question de la vérité traitée par le document est fondamentale à rencontrer. Cependant, ajoutent-ils, elle ne peut l’être, à leur avis, que dans un partage sur pied d’égalité où chacun propose le chemin qui est le sien sans l’absolutiser. «Jauger la valeur de la tradition spirituelle de l’autre à l’aune de la tradition catholique identifiée à la vérité sur Dieu nous paraît être une voix sans issue qui n’est conforme ni aux intuitions ni à certaines affirmations du Concile Vatican II, notamment dans la déclaration sur la liberté religieuse. En outre cette attitude ne tient pas compte du travail oecuménique et interreligieux mené depuis lors ni du chemin parcouru avec ceux qui ne croient pas en Dieu sur les questions de justice, de vérité et de sens».
«Nous croyons que le Christ est le chemin, la vérité et la vie à l’intérieur de l’acte de foi mais nous croyons aussi que la plénitude de la vérité est au-devant de nous et que nul ne peut prétendre la posséder. A notre avis, le document romain va à l’encontre de l’esprit de dialogue de Vatican II et donne l’image d’une Eglise catholique repliée sur des certitudes figées et réaffirmées sur un ton autoritaire que l’on croyait appartenir au passé. Ce texte nous paraît en outre en décalage complet avec la vie au quotidien de nombreux catholiques et les travaux de beaucoup de théologiens, engagés dans un travail de recherche avec les non-catholiques, croyants ou non. Nous voulons souligner également la contradiction entre la déclaration romaine et les gestes symboliques accomplis par le pape envers les autres Eglises et religions. «Dominus Iesus» porte atteinte à la crédibilité de ces démarches de Jean Paul II.
Parmi les signataires figurent entre autres Ignace Berten, Maurice Cheza, Tony Dhanis, Jean-Pierre Gérard, Adolphe Gesché, Philippe Goffinet, Gabriel Ringlet, Mari-Alice Tihon et Bernadette Wiame. (apic/cip/pr)




