Belgique: L’aumônier de l’aéroport de Bruxelles décrit le climat des employés de Sabena

«Tous les gens de la Sabena se sentent floués par Swissair»

Bruxelles, 14 septembre 2001 (APIC) Dans une interview accordée à l’hebdomadaire paroissial flamand «Kerk en Leven», l’abbé Herman Boon, responsable de l’aumônerie catholique à l’aéroport international de Bruxelles, explique comment il vit de l’intérieur les problèmes auxquels le personnel de la Sabena est confronté depuis plusieurs semaines. Il témoigne aussi de sa mission d’aumônier à l’écoute de tous.

«Tous les gens de la Sabena se sentent floués par Swissair, observe Herman Boon. Ça les offusque et ça les met en colère. Ça fait naître entre eux des tensions. Que puis-je faire? Ecouter, accueillir et essayer de favoriser entre eux, d’un point de vue chrétien, des relations justes. C’est pourquoi je m’efforce d’assister à toutes les rencontres du syndicat chrétien. Je tiens à parler de l’enseignement social de l’Eglise avec les responsables. Nous revenons souvent sur les vieux thèmes : le rapport entre l’homme et le capital, entre l’homme et le profit. Ces vieux thèmes reviennent avec force, mais dans un syndicat affaibli. Comme aumônier, je parle en ami, non en surplomb: que pensent-ils aujourd’hui de ce qui fait l’humanité? J’ai encouragé, il y a cinq ou six ans, la création à l’aéroport d’un syndicat chrétien, qui a son propre bulletin. Sur plus de 1300 hectares, il y a ici plus de 230 entreprises. Toutes ont les mêmes problèmes de flexibilité et de sécurité. Il n’y avait pas de contact entre les différents militants. À présent, il y en a. «

Sentiment d’impuissance parmi le personnel

Malgré toute la résistance que peut offrir une organisation syndicale face aux injustices dont elle estime ses affiliés victimes, il règne aujourd’hui un grand sentiment d’impuissance parmi le personnel de la Sabena, note l’aumônier. «Les patrons font tout pour tenir les syndicats à l’écart, explique-t-il. Le président actuel de la Sabena n’est même capable de tenir une conversation avec les représentants syndicaux. Il ne parle qu’anglais ou allemand.» Ceci choque beaucoup le personnel: «Les travailleurs parlent du respect et de l’estime dus à leur travail. C’est là-dessus qu’ils réclament l’attention de la direction : elle doit faire plus que donner des ordres.»

Pour les travailleurs chargés de l’entretien des avions à Sabena Technics,  » la situation est tragique «, souligne Herman Boon.  » La réputation de la Sabena repose largement sur ces techniciens : ils sont au top mondial. Or, c’est justement de cette division qu’on se débarrasse. Les travailleurs ont une haute conscience professionnelle et une grande fierté. Ils sentent aujourd’hui qu’on leur enlève cette partie d’eux-mêmes, puisqu’on vend Sabena Technics. «

Un aéroport élargit l’ouverture sur le monde

La vie à l’aéroport ne se réduit pas à la Sabena, même si cette entreprise est l’employeur le plus important. Un aéroport international élargit d’emblée l’ouverture sur le monde. «J’y vis en permanence la dimension catholique de ma vie», confie l’aumônier. «J’y rencontre des gens de toutes nationalités et de toutes religions. Cette pluriformité me pousse à approfondir ma propre foi. C’est aussi une condition pour entrer en toute clarté en dialogue avec les autres.»

«Les avions me fascinent, poursuit-il, mais derrière ces appareils, il y a des personnes qui les font, les entretiennent, les pilotent, y assurent des services… Le premier devoir des chrétiens est de témoigner du respect à toutes ces personnes. Leur langue, leur couleur, leurs goûts, leur manière d’agir m’intéressent. Et pourtant, toutes ces personnes portent les mêmes aspirations fondamentales, mais intégrées à leur culture, à leurs convictions croyantes ou non croyantes, à leur éducation.» La vie à l’aéroport illustre, aux yeux de l’aumônier, un des grands défis lancés au christianisme d’aujourd’hui: «Beaucoup de chrétiens ont perdu le fil de leur existence en allant à la rencontre du monde moderne. Je suis heureux de pouvoir être présent dans un aéroport, dans ce monde de la haute technologie et du capital. Je désire être un signe : il s’agit d’être chrétien dans le monde tel qu’il est.» L’Eglise, ajoute Herman Boon, a besoin de chrétiens qui, dans leur profession, «donnent le meilleur d’eux-mêmes à partir de leur relation au Christ». (apic/cip/kl/bb)

16 septembre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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