L’ascendant négatif des Pays-Bas
Belgique: L’Eglise catholique est brimée, selon un hebdomadaire paroissial flamand
Bruxelles, 26 mars 2001 (APIC) La coalition au pouvoir en Belgique cherche à «brimer les catholiques et à casser les têtes de pont entre l’Eglise et l’Etat «, déplore l’hebdomadaire paroissial flamand «Kerk en Leven». L’éditorial paru jeudi 22 mars et mettant en lumière l’ascendant négatif des Pays-Bas sur la politique belge a suscité des réactions de la presse du pays qui reproche à l’Eglise catholique de vouloir conserver la situation de quasi monopole qu’elle avait par le passé. Dans une interview accordée à «La Libre Belgique», le cardinal Danneels s’inquiète quant à lui de la tournure prise par le débat sur l’euthanasie et sur la bioéthique.
L’éditorial de «Kerk en Leven», signé par son rédacteur en chef Mark Van de Voorde, constate avec ironie que la Flandre s’évertue à rattraper les permissifs Pays-Bas, en matière de consommation de drogue mais sur la question de l’euthanasie. La coalition belge arc-en-ciel entre libéraux, socialistes et écologistes, rappelle la coalition hollandaise bleue-rouge, accusée par le cardinal Simonis, archevêque d’Utrecht, de «bannir la religion». Un représentant protestant ajoute: «Je trouve choquant que l’on taxe de ringard le modèle de normes et de valeurs chrétiennes, dans une époque où il n’y a plus que le marché qui compte».
Pour le bulletin paroissial «Kerk en Leven», la coalition arc-en-ciel en Belgique est en train de «casser les têtes de pont entre l’Eglise et l’Etat et de gommer toutes les sources d’inspiration et références provenant des Eglises. Suppression des crucifix dans les tribunaux, abolition du Te Deum, plaidoyer pour l’enseignement inter réseau, propositions pour suppression du traitement du clergé ne sont que des ballons d’essai, selon l’analyse de M. Van de Voorde: le but étant à terme d’éliminer la religion du paysage social, ajoute le média catholique.
Le parti social-chrétien taxé d’opportunisme
L’éditorialiste reproche même au parti social-chrétien flamand (CVP), aujourd’hui dans l’opposition, d’avoir émis une proposition de loi inattendue en vue de dissocier mariage civil et mariage religieux, au nom d’une plus grande justice fiscale entre couples mariés et non mariés. L’éditorial de «Kerk en Leven» paraît un mois après un éditorial consacré à un sujet analogue par l’hebdomadaire paroissial «Dimanche», publiée dans le Sud du pays. Sous le titre «Persécutés et cloués au pilori», le Père Charles Delhez, directeur de «Dimanche», y constate que le XXIe siècle reste dans le prolongement du XXe, avec son nombre record de martyrs. En Belgique comme dans d’autres «démocraties» d’Occident, précisait-il, la persécution du catholicisme est «sourde et insidieuse». Et de citer le philosophe agnostique Marcel Gauchet: «La communauté catholique devient la seule minorité persécutée, culturellement parlant, dans la France contemporaine». L’éditorial de «Kerk en Leven» relève aussi une déclaration du Premier ministre Wim Kok: «Les Eglises sont, dans la vie en société, des partenaires importants, que les politiques se doivent d’écouter attentivement. Nous devons prêter une plus grande attention aux normes, aux valeurs et au sens.
Remise en cause de la position de quasi monopole de l’Eglise catholique
Van de Voorde s’égare, estime pour sa part le quotidien flamand «De Morgen». Selon l’ancien rédacteur en chef du journal progressiste et indépendant Yves Desmet, le catholicisme a connu en Flandre «une situation de quasi monopole pendant si longtemps qu’il en est venu à considérer sa position comme évidente ou de droit divin». C’est pourquoi, poursuit l’éditorialiste, des gens d’Eglise crient à la croisade antireligieuse quand d’autres veulent abaisser les moyens de l’Eglise catholique à la hauteur déclinante du nombre de ses fidèles. Y. Desmet souligne que l’Eglise catholique ne réclame pas seulement le droit de pouvoir pratiquer sa religion – ce que d’ailleurs personne ne lui conteste -, mais celui de pouvoir imposer la foi catholique au reste de la société. C’est à tort, selon «De Morgen», que M. Van de Voorde pense que des «agnostiques rabiques sont occupés à débarrasser le territoire de la religion. Y. Desmet estime que la communauté catholique ne cesse d’aspirer à la récupération d’une position dominante pour en tirer des ressources financières, des subsides ou un position avantageuse dans l’espace public. «Les crucifix dans les salles de tribunaux ne sont pas un sacrement, monsieur Van de Voorde; ce sont des reliques de l’époque où la Flandre n’avait pas encore pris ses distances avec l’Eglise», ironise encore Yves Desmet.
De son côté, le quotidien «De Standaard», traditionnellement proche du CVP, observe que l’hebdomadaire paroissial catholique, dont les 600’000 exemplaires atteignent plus d’un million de lecteurs, limitait jusqu’ici ses interventions politiques à la mise en garde face à la montée de l’extrême-droite et à la dépénalisation généralisée de l’avortement ou de l’euthanasie ou encore au soutien de l’accueil des réfugiés. Aujourd’hui, «Kerk en Leven» va plus loin en stigmatisant l’attitude antireligieuse globale de la coalition arc-en-ciel. Citant les reproches formulés par l’hebdomadaire paroissial à l’encontre du CVP, «De Standaard» souligne que les évêques se sont abstenus de toute réaction officielle face à l’intervention parlementaire demandant la dissociation des mariages civil et religieux. (apic/cip/mjp)



