Débat sur les droits de l’homme dans l’Eglise

Belgique: l’Eglise en procès (271292)

Bruxelles, 27décembre(APIC) Trois mois après sa sortie, le livre «la dernière dictature» (»De laatste Diktatuur») dans lequel le prêtre flamand

Rick Devillé dénonce la pesanteur des mécanismes du pouvoir dans l’Eglise

catholique a déjà suscité de nombreuses réactions en Belgique. Un groupe de

chrétiens néerlandophones les a rassemblées dans un petit journal intitulé

«Le tribunal de l’Eglise» (»Kerk-Tribunaal») qu’il a présenté au public à

la veille de Noël. L’objectif est d’alimenter et de stimuler le débat sur

les droits de l’homme dans l’Eglise en Flandre, ont-ils expliqué à Bruxelles. Le refus par Rome de la candidature du dominicain Philippe Denis comme

professeur à la Faculté de théologie catholique de Strasbourg et l’Assemblée de l’épiscopat latino-américain à St-Domingue ont été au centre de la

discussion.

Rick Devillé, l’auteur de «La dernière dictature» – qui en est déjà à sa

5e édition (14’500 exemplaires vendus) – se dit l’interpète de ceux qui

souffrent du pouvoir du pape, des évêques, des curés et des supérieurs,

ainsi que «des gens qui ont été souvent écorchés par l’agir hypocrite des

prélats qui cachent leurs défauts derrière l’exercice du pouvoir». Rick Devillé est frappé par le contraste entre la solidarité qui grandit à la base

y compris dans le dialogue avec les autres chrétiens et les non-chrétiens

et le manque de dialogue au sein de l’Eglise catholique.

Trop souvent, les gens d’Eglise se taisent, déplore le prêtre flamand.

Les gens supportent depuis des siècles les abus de pouvoir sans rien dire.

N’est-il pas temps qu’ils se débarassent de «leur théologie de la peur»

pour parler «le langage de la libération»? interroge Rick Devillé. A son

avis c’est la raison pour laquelle on prend mal son livre dans certains milieux d’Eglise.

Concrètement, une série de points de contacts ont été mis sur pied pour

«donner l’occasion de parler aux gens qui ont été blessés par l’Eglise». A

partir de ces «plaintes», on entend mener une réflexion sur les droits de

l’homme dans l’Eglise avec la collaboration de spécialistes. Un groupe de

travail devrait être créé prochainement en Flandre.

Le «cas Philippe Denis»

Le Père Ignace Berten , supérieur des dominicains de Belgique-sud a détaillé le cas du refus par Rome de la candidature de Philippe Denis comme

professeur d’Histoire de l’Eglise à la Faculté de théologie catholique de

Strasbourg. La Faculté de Strasbourg est régie par une procédure bilatérale

issue d’une convention internationale. Lors de la nomination des enseignants, le Saint-Siège et l’Etat doivent chacun se prononcer dans son domaine. Le 4 septembre dernier, Rome a fait savoir à l’archevêque de Strasbourg

qui est le Grand Chancelier de la Faculté, que la candidature du dominicain

Philippe Denis ne pouvait pas être retenue.

Dans un premier temps, les dominicains n’ont pas voulu ébruiter l’affaire afin de savoir pourquoi cette candidature avait été refusée. Malgré plusieurs démarches en haut lieu, «non seulemnt le Vatican est resté sur sa

position, mais il a refusé tout commentaire». C’est pourquoi l’affaire a

été rendue publique. Aujourd’hui, les dominicains ignorent toujours les

raisons du rejet de la candidature de leur confrère. Peut-être lui reproche-t-on sa contibution au livre «Le rêve de Compostelle ” qui s’interroge

sur ce que recouvre le projet de nouvelle évangélisation en Europe? Peutêtre Philippe Denis est-il dans le collimateur depuis ses prises de positions critiques sur l’Opus Dei ou sur la revue «Communio»? D’après le cardinal Pio Laghi, préfet de la Congrégation pour l’Education catholique,

l’opposition vient de la Congégation pour la doctrine de la foi. Le cardinal Ratzinger, préfet de cette congrégation refuse tout commentaire.

Pour Ignace Berten, ceci témoigne «d’un manque total de transparence

dans les procédures ecclésiastiques». Philippe Denis est «frappé d’une interdiction professionnelle qui risque de compromettre son avenir, sans

qu’on lui notifie ce qu’on lui reproche, et sans qu’on lui donne l’occasion

de se défendre». Cette procédure est arbitraire, dénonce Ignace Berten.

Pour le supérieur des dominicains, les raisons plus vraissemblables du

refus exprimé par Rome «résident dans une conception insensé et presque hérétique de l’Eglise» liée à «une conception totalitaire de la vérité et de

la discipline» que certains semblent prôner au Vatican. Une telle vision

tend à ériger la Congrégation pour la doctrine de la foi en «organe administratif de l’Eglise pour assister le pape dans sa tâche, renforcer son

propre pouvoir et bloquer tout le débat sur des questions qui n’ont rien à

voir avec l’enseignement de l’Eglise».

«Tricheries» à St-Domingue

Revenant sur la 4e Assemblée générale de l’épiscopat latino-américain à

St-Domingue au mois d’octobre, l’abbé Guido de Schrijver, de la Fondation

Romero, n’hésite pas à parler de «multiples tricheries». Si l’on en croit

certains théologiens et certains évêques, «on a infléchi les textes, manipulé les évêques, pour se rassurer avec des affirmations dogmatiques, au

lieu de s’interroger sur les signes des temps». Impression qu’Ignace Berten

confirme: «Le document final est plein de contradictions. On y trouve des

passages très ouverts, manifestement écrits sous l’influence des évêques.

Pour le reste c’est un texte fermé, marqué par une théologie doctrinaire,

autoritaire et centralisatrice.» (apic/cip/mp)

27 décembre 1992 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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