Belgique: L’ordinaire de la messe en langue wallonne
Sept versions composeront le futur «missel» wallon
Namur, 2 janvier 1998 (APIC) L’Union Culturelle Wallonne vient d’éditer cinq versions de référence pour les textes ordinaires de la messe en langue wallonne. Ces textes sont proposés en wallon de Charleroi, de Namur, de Liège, de Nivelles et du Centre. Deux autres fascicules sont attendus pour les régions de Marche et de Neufchâteau.
La Commission des Affaires religieuses qui a établi ces différentes versions les réunira en un volume, qui deviendra en quelque sorte le «missel» wallon. Pour les catholiques belges de Wallonie qui ont baigné, dès leur enfance, dans la culture et la langue wallonnes, la messe en parler wallon n’a rien de folklorique: c’est la liturgie branchée sur leur langage et leur sensibilité.
A vrai dire, la Commission des Affaires religieuses créée au sein de l’Union Culturelle Wallonne a découvert, à sa grande surprise, plus de deux cents traductions wallonnes des textes ordinaires de la messe. Sans parler des variantes orthographiques (non harmonisées selon l’orthographe Feller), les multiples traductions existantes étaient loin d’être irréprochables. En effet, explique Robert Mathelart, doyen de Charleroi et président de la Commission des Affaires religieuses, beaucoup de traducteurs se contentent, soit par timidité, soit par maladresse, de transposer en wallon le texte français officiel, sans tenir compte du génie de la langue, en faisant ainsi les mêmes erreurs qu’on avait faites en traduisant le latin en français.
Ces traductions en cascade aboutissent inévitablement à des textes boiteux et incertains, souvent éloignés de l’esprit du texte primitif. En outre, «certains traducteurs ne possèdent qu’un langage pauvre et inconsciemment bâtardé de français», ce qui risque de nuire à la crédibilité du wallon «et de le rendre suspect aux yeux de l’autorité religieuse». La Commission des Affaires religieuses s’est fixé pour tâche d’établir une version wallonne de référence pour l’ordinaire de la messe en s’appuyant sur les textes originaux, grecs et latins. Elle a travaillé en sollicitant les avis des experts, théologiens et philologues, mais aussi des gens de terrain, écrivains et wallonisants.
On appréciera le travail réalisé à travers ces quelques exemples. En wallon, on ne dit pas: «Nous te rendons grâce pour ton immense gloire». Mais les Liégeois chantent volontiers: «Nos-èstans binahes di v’ saveu^r si grand» (littéralement, «Nous sommes contents de te savoir si grand»). De même, il est impossible de nommer directement le Christ comme un «Agneau de Dieu». Aussi a-t-on choisi de dire, en wallon de Charleroi : «Sègneu^r, ofru pour nous comme in bèdo su l’auté» (littéralement, «Seigneur, offert pour nous comme un agneau sur l’autel»).
Pas du folklore
Les textes de l’ordinaire de la messe, réunis dans chaque fascicule, comportent cinq prières eucharistiques. Une traduction du «Magnificat» et de l’»Ave Maria» est fournie en complément. L’Union Culturelle Wallonne souhaite que ces textes servent la vie spirituelle des Wallons. «Ils sont donc destinés aux fidèles qui désirent prier en wallon», insiste Robert Mathelart, qui précise qu’ils ne sont pas faits pour faciliter l’organisation d’une messe en wallon à tout prix. «Une telle messe ne s’indique pas si l’objectif était seulement, par exemple, d’agrémenter par le wallon un événement local ou culturel.» (*) Plusieurs autres projets de la Commission des Affaires religieuses sont en chantier: des livrets de prière pour les enfants, une messe des funérailles, des textes des évangiles, et d’autres textes sur demande. (apic/cip/be)



