Un islam qui aurait fait sa révolution
Belgique: Le cardinal Godfried Danneels espère l’émergence d’un islam européen
Bruxelles, 9 mars 2006 (Apic) Le cardinal Godfried Danneels espère l’émergence d’un islam européen «qui aurait fait sa révolution». Dans une interview accordée jeudi au tabloïd belge «La Dernière Heure», le primat de Belgique dit certes redouter le monolithisme de cette religion qui tend vers le fondamentalisme, mais apprécier une pratique religieuse régulière qui se perd chez les catholiques.
Considéré comme l’un des «papabili» à la mort de Jean Paul II, l’archevêque de Malines-Bruxelles est une personnalité qui compte dans le monde catholique. Sollicité sur la récente affaire des caricatures de Mahomet, le cardinal Danneels relève que dans cette religion, tout est monolithique: «on parle arabe, la religion est la même, les habitudes de vie, les mariages… Au fond, c’est tout ou rien».
Dans la civilisation occidentale, poursuit-il, il y a plutôt rupture de ce monolithisme: «Je peux parler français, être catholique, ne pas être capitaliste et aimer Dostoïevski. Ce patchwork n’existe pas dans l’islam». Et ce monolithisme peut être un danger, comme le christianisme il y a plusieurs siècles. «Mais nous avons appris la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce qui n’est pas le cas pour l’islam: la vie sociale est entièrement contrôlée. Du moins pour les sectaristes».
Et le cardinal Danneels de mettre en garde: cet islam-là va vers le fondamentalisme, si on ne fait pas attention. Mais un autre islam, dans des milieux plus intellectuels, a déjà fait la séparation entre religion et vie sociale, religion et Etat, affirme-t-il. «Moi j’appelle cela un islam qui a fait sa révolution française. J’espère que l’islam européen va le faire». L’islam prône de véritables valeurs, estime-t-il, comme la conception d’un Dieu transcendant, la pratique religieuse fréquente et régulière, la cohésion sociale. Et de relever que si la religion peut aussi intervenir dans la vie sociale et si elle le fait sans empiéter sur le domaine de l’Etat, «cela ne pose pas problème».
Pour l’archevêque de Malines-Bruxelles, le fait que l’islam ne connaisse pas de hiérarchie et que les imams soient tous égaux pose problème: il n’y a aucun interlocuteur représentatif pour tout l’islam, sauf maintenant l’Exécutif des musulmans de Belgique. Il y a bien un président, mais il n’a pas d’autorité et il n’est pas reconnu par toute la communauté. De plus, relève le cardinal Danneels, «la politisation est un problème».
Une réaction totalement disproportionnée
A propos des caricatures du prophète Mahomet, le primat de Belgique estime qu’à son avis, Mahomet peut être représenté. Mais si les musulmans souhaitent qu’il ne le soit pas, le cardinal Danneels pense qu’il ne faut pas les provoquer. «Mais la réaction a été totalement disproportionnée. Il n’y a rien ici qui justifie la violence. Comment l’expliquer? Elle vient probablement d’une forme de radicalisme. Une manipulation? Peut-être. Et il ne faut pas oublier que, dans la conscience collective des musulmans, il y a toujours le souvenir des croisades».
L’Occident est toujours vu par les musulmans un peu comme anti-islamique et la moralité de l’Occident comme dégradée. «C’est comme une blessure ancrée dans la conscience collective. Je dirais qu’à un moment, il faut cesser de ressasser le passé.» Et derrière ces blessures, conclut-il, il peut y avoir une instrumentalisation: «Rien de plus facile que d’instrumentaliser la religion dans le mauvais sens: alors elle fanatise». (apic/dh/be)



