Belgique: Le Centre Tricontinental de l’Université de Louvain plaide pour un «autre Davos»

Le sommet mondial du libre-échange dans le collimateur

Bruxelles/Louvain-la-Neuve, 31 janvier 1999 (APIC) «Les 20% les plus riches du monde concentrent 82,7 % de tous les revenus, tandis que les 60 % les plus pauvres se partagent 4,5% des revenus», dénonce le Centre Tricontinental de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve (UCL) à l’occasion du sommet mondial du libre-échange qui vient de s’ouvrir dans la station grisonne de Davos, en Suisse. Pour le Centre Tricontinental, «il faut que cela change et ce n’est pas la baguette magique du marché qui y contribuera!».

Dans un dossier intitulé «Un autre Davos», paru à l’occasion du «sommet mondial du libre-échange», organisé du 29 janvier au 1er février à Davos, le Centre Tricontinental démontre la faillite du système économique dominant, incapable de faire face aux besoins essentiels de l’humanité. Le Centre fondé par le chanoine François Houtart, sociologue et professeur émérite à l’UCL, a collaboré à ce dossier international avec quatre autres associations(1). Il est également engagé dans l’Action contre la spéculation financière, lancée en Belgique à l’initiative de l’Action «Vivre Ensemble» et d’Entraide et Fraternité, animatrices des campagnes d’Avent et de Carême en solidarité avec les plus pauvres.

Le fossé entre la minorité riche et la majorité riche s’approfondit

Le dossier pour «Un autre Davos», qui veut d’abord fournir de l’»information», commence donc par des faits et des chiffres, puisés pour la plupart aux derniers rapports du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD). Exemple: «Entre 1987 et 1993, le nombre de personnes disposant d’un revenu inférieur à 1 dollar par jour a augmenté de près de 100 millions…. En réalité, dans plus d’une centaine de pays, le revenu par habitant est aujourd’hui plus bas qu’il n’était il y a quinze ans. En clair, près de 1,6 milliard d’individus vivent plus mal qu’au début des années 80.»

Evolution que «Le Monde diplomatique» de novembre dernier commentait en ces termes, sous la plume d’Ignace Ramonet: «Si en 1960, 20 % de la population mondiale vivant dans les pays riches avaient un revenu 30 fois supérieur aux 20 % des pays les plus pauvres, en 1995, ce revenu était 82 fois supérieur.» A cette évolution est lié le problème de la dette des pays pauvres: son remboursement absorbe entre un quart et un tiers des recettes publiques.

Or, insistent les auteurs du dossier, «jamais l’humanité n’a disposé d’autant de ressources et de moyens techniques pour résoudre ses problèmes de survie et de bien-être». Ils en dégagent, pour leur part, ce constat: «Si la fonction de l’économie est de fournir à tous les êtres humains les biens nécessaires à leur vie physique et culturelle, le système capitaliste s’avère le plus inefficace jamais produit dans l’histoire.»

La loi du plus fort?

Rédigé par des partisans d’une résistance à ce système, depuis le Mouvement des Sans-Terre au Brésil jusqu’au Groupe de Lisbonne fondé par le professeur Riccardo Petrella (UCL), le dossier veut partir des données du réel. Il ne s’agit surtout pas, écrivent-ils, de promulguer une nouvelle «Internationale», qui ferait fi des problèmes à traiter avec la rigueur nécessaire de l’économie. D’ailleurs, explique le dossier, «les leaders de l’économie mondiale commencent à s’inquiéter face à la crise, surtout celle des ’tigres asiatiques’, face à la croissance irrationnelle de la bulle financière, face au drame de la pauvreté. Un certain nombre d’entre eux se rendent compte qu’il faut agir pour conjurer les crises, réguler les transferts financiers et ’l’économie-casino’, lutter contre la pauvreté.»

Pallier les effets néfastes de la «dérégulation mondiale»

Des appels sont aujourd’hui lancés à des volontaires de toutes sortes, depuis les Eglises jusqu’à différentes organisations non gouvernementales, pour pallier les effets sociaux les plus criants d’une grande «dérégulation mondiale». Mais attention, avertissent les analystes du dossier, «la logique même du système n’est pas remise en question: celle de libéraliser un marché censé encourager les échanges et multiplier la richesse. Cette vision théorique ne tient pas compte du fait que les partenaires ne sont pas en position d’égalité et que les plus faibles font généralement les frais de ces opérations, que leur vulnérabilité soit le fait de leur classe, de leur appartenance ethnique, de leur genre, de leur manque de pouvoir politique ou de leur faiblesse culturelle. Pire, la logique même du système qui veut que le meilleur gagne, signifie en réalité: que le plus fort gagne.» (apic/cip/be)

31 janvier 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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