Pour une véritable étude des questions de fond
Belgique: Le Réseau Européen pour le Congo lance un appel à la Conférence d’Ottawa
Bruxelles, 21 août 1998 (APIC) Le Réseau Européen pour le Congo a lancé le 19 août un appel à la Conférence d’Ottawa, qui a réuni deux jours des responsables de la politique africaine de plusieurs pays occidentaux ainsi que les instances concernées. Surtout, il estime que la situation nécessite une véritable étude de questions de fond qui se posent dans cette région d’Afrique.
La Conférence d’Ottawa devait en principe être consacrée au Burundi, mais à la demande de la Belgique, il y a aussi été beaucoup question du Congo. C’est pourquoi le Réseau Européen pour le Congo (REC), coordination d’organisations non gouvernementales de solidarité avec les populations congolaises, a voulu attiré l’attention de cette Conférence sur des initiatives qu’il juge porteuses d’avenir et lourdes d’enjeux pour une société plus démocratique.
Les Occidentaux seraient-ils disposés à admettre de «nouvelles tueries» pour ensuite «reconduire la diplomatie du fait accompli et se confiner aux actions humanitaires? Telle est la question qui traverse la réflexion menée au sein du REC.
Questions de fond
Pour les organisations membres du réseau, tout examen de la situation actuelle du Congo doit au moins prendre en compte quelques «questions de fond». Il y a d’abord l’absence de processus démocratique, avec son cortège de mesures de contrôle et de répression. La porosité des frontières pose aussi un gros problème: elles sont tantôt franchies par des bandes armées issues d’anciennes milices, tantôt passées par des militaires rwandais à la poursuite de ces mêmes bandes qui cherchent à déstabiliser les pouvoirs en place.
S’y ajoute l’insécurité dans la région des Grands Lacs et l’absence d’Etat de droit: pour le Réseau Européen, cela crée un environnement non favorable au développement, aux investissements, à la réfection des infrastructures, au commerce, à la libre circulation des biens et marchandises, à la création d’emplois, à l’épargne, etc. Les paysans ne peuvent produire normalement, les routes sont impraticables, les parents n’ont plus les moyens de faire instruire leurs enfants, ni de les soigner, l’environnement se dégrade irrémédiablement, la précarité s’installe à demeure, seuls les trafiquants et les seigneurs de la guerre s’en tirent bien, peut-on lire dans l’appel lancé par le REC.
Deux problèmes qui ne sont pas réductibles à des poussées de revendications ethniques méritent aussi d’être pris en compte: la reconnaissance de l’identité propre et la protection des droits des minorités congolaises d’origine rwandaise; le respect également des droits des populations autochtones du Kivu, qui craignent l’envahissement ou l’asservissement par des Tutsis du Rwanda.
Si l’on ne s’attaque pas à ces problèmes de fond, prévient le REC, on peut s’attendre à une aggravation de la situation. L’aspect le plus spectaculaire risque d’être la multiplication des foyers de violence, ce qui réjouirait «les marchands d’armes, les trafiquants de pierres précieuses, les blanchisseurs d’argent et les terroristes», mais minerait pour longtemps l’espoir d’une unité nationale retrouvée.
Recul des perspectives démocratiques?
Cela signifierait également le recul des perspectives démocratiques déjà si fragiles: «Les expériences du passé nous enseignent qu’il est à prévoir l’assujettissement ou la disparition de la presse indépendante et des organisations de défense et de promotion des droits de la personne, que les Organisations de développement, les groupes d’Eglise seront sous haute surveillance, toute velléité d’indépendance, toute critique du pouvoir pouvant être interprétée comme un appui aux forces déstabilisatrices du pays. De même, les leaders et les partis politiques devront se plier aux règles édictées par un pouvoir dont la légitimité repose sur les armes. C’est l’anéantissement de la société civile congolaise dans son ensemble qui est à prévoir, on se retrouvera alors dans une situation où seuls les extrémistes s’expriment, on déplorera alors l’absence de voies alternatives et on devra investir des millions pour protéger même les voies de ceux qui osent proposer des compromis».
Le spectre de la misère peut toutefois reculer, estiment les organisations associées au REC, dont les associations chargées du Carême de partage en Belgique. Mais il est alors urgent d’»adopter un plan d’actions intégré pour rétablir un climat de paix, […] essentiel au développement de l’ensemble de la région des Grands Lacs et mobiliser les organisations du Congo, de l’Afrique et du reste de la communauté internationale pour convaincre les gouvernements de la nécessité d’agir maintenant».
Le volet civil d’un plan d’aide intégrée pour le Congo devrait comprendre, selon le Réseau Européen, un programme de soutien d’abord à des recensements de population en bonne et due forme dans les régions où des minorités se sentent menacées. Il s’agirait de discuter et de valider ce recensement, tout en contribuant, spécialement au Kivu, à favoriser la recherche de solutions pacifiques aux tensions ou aux difficultés en cours. (apic/cip/pr)



