Intervention des évêques: solidaires avec les sans-papiers

Belgique: Les occupations d’églises en Belgique prennent de l’ampleur

Bruxelles, 11 mai 2006 (Apic) Les occupations d’églises par les sans-papiers en Belgique prennent de l’ampleur, forçant les évêques de Belgique à prendre position jeudi 11 mai 2006 lors d’une conférence de presse à Malines. Ces derniers considèrent que c’est un problème qui demande une solution politique et légale, mais également d’un drame humain qui est l’affaire de tous. Ils estiment cependant que l’occupation de lieux de culte n’offre pas une alternative durable. Ils qualifient aussi d’»inadmissibles» les grèves de la faim dans les églises.

Les évêques belges – à l’unanimité, contrairement à ce que laissaient entendre certains médias flamands – se déclarent solidaires avec les sans-papiers et espèrent une solution rapide et humaine. «La lenteur de traitement de certains dossiers a rendu le problème encore plus aigu», écrivent-ils dans un communiqué publié jeudi.

Lancé il y a plusieurs mois par des demandeurs d’asile réclamant leur régularisation, le mouvement des sans-papiers s’est amplifié ces dernières semaines en Belgique, avec l’occupation d’une vingtaine d’églises, d’une mosquée et des locaux d’associations laïques. Les requérants déboutés réclament des autorisations de séjour.

Les évêques belges disent comprendre que certains sans-papiers recourent à des «occupations d’églises» pour porter leur détresse à l’attention du grand public. Ils acceptent que cela se fasse, si les responsables locaux ont donné leur accord. «Ceci a pour objectif de donner un signal fort et est donc temporaire. On ne peut interpréter cela comme une forme de chantage moral de l’Eglise sur les politiciens», insistent-ils.

Pour les prélats, le problème est avant tout humain et en appelle à la conscience de chacun. Les évêques ne veulent rien d’autre que de s’associer à un tel appel et relèvent qu’il y a de nombreuses personnes qui résident en Belgique depuis des années et qui se sont insérées socialement: «Ceci constitue un problème de société majeur».

Grèves de la faim dans les églises: inadmissibles

Les évêques belges n’admettront pas que ce faisant, ils soient instrumentalisés ou manipulés par quelque parti que ce soit. Ils tiennent à conserver leur liberté de parole. En aucun cas, les évêques ne peuvent admettre des grèves de la faim dans les églises comme moyen de pression. Ils rappellent encore que les bâtiments d’église ne sont pas les lieux les plus appropriés pour des actions de ce genre.

Il est donc préférable que les curés et fabriques d’église mettent à disposition d’autres espaces en leur possession pour accueillir ces personnes, estiment-ils.

Les évêques belges se disent conscients que le dossier politique des sans-papiers n’est pas évident à gérer. «Pour autant, ils ne peuvent se réfugier dans le silence, ou pire l’indifférence. Il en va de même pour toute la société», écrivent-ils. Les évêques savent également que certaines de ces personnes sont des réfugiés économiques, mais ils pensent tout de même pouvoir inviter les Belges à la générosité.

Pas de «soutien du Vatican» aux occupations d’Eglise

Un journal flamand de centre-gauche titrait mercredi que le nonce apostolique à Bruxelles Karl-Josef Rauber apportait le «soutien» du Vatican aux occupations d’églises. Le quotidien «De Morgen» avait en effet annoncé que le nonce apostolique, représentant diplomatique du Vatican en Belgique, soutenait les évêques dans leurs actions en faveur des demandeurs d’asile.

Ce qui pouvait donner à penser que le nonce prenait ainsi une position «politique». Suite à cet article, la nonciature à Bruxelles a tenu à préciser que le nonce apostolique «en tant qu’ambassadeur du Saint-Siège près le Royaume de Belgique, ne doit pas intervenir dans cette question puisqu’il s’agit d’un problème interne de la Belgique et non d’un problème entre le Saint-Siège et la Belgique».

L’occupation des églises, pas une alternative durable

Le représentant du Vatican en Belgique s’était certes rangé mercredi du côté «des plus faibles» à propos des occupations d’églises par les sans-papiers, tout en soulignant que la responsabilité de trouver une solution incombait au monde politique. La Conférence des évêques de Belgique rappelait récemment qu’elle avait toute sa sympathie «envers ces situations humainement difficiles» et qu’elle attirait l’attention des pouvoirs publics sur la nécessité de trouver une solution.

L’abbé Eric de Beukelaer, porte-parole de la Conférence épiscopale, déclarait déjà le mois dernier à l’agence de presse belge Belga «que nous ne sommes pas favorables à la généralisation des occupations d’églises».

Hans Geybels, porte-parole du cardinal Godfried Danneels, a salué mercredi les déclarations du nonce Karl-Josef Rauber, les qualifiant de «signal positif». Près de 40’000 sans-papiers en Belgique seraient déjà inscrits dans les registres ouverts par l’Union pour la défense des sans-papiers (Udep), qui coordonne le mouvement. Le ministre belge de l’Intérieur, le libéral flamand Patrick Dewael, veut «humaniser» les procédures pour les nouveaux cas, mais son projet ne concerne pas les sans-papiers déjà dans le pays: «Je refuse de récompenser ceux qui ont organisé leur illégalité», affirme-t-il, dénonçant «une certaine naïveté, voire l’hypocrisie» de certains comités de soutien.

La section belge de la communauté chrétienne Sant’Egidio risque, en raison de son soutien aux sans-papiers qui occupent les églises, de perdre les subventions de 50’000 euros qu’elle reçoit pour son restaurant qui accueille les sans-abri. Des politiciens d’Anvers, appartenant au parti libéral flamand VLD, veulent ainsi punir la communauté, l’accusant d’être une «secte» à l’intérieur de l’Eglise catholique et d’être instrumentalisée par des forces d’extrême-gauche. Des groupes catholiques de droite annoncent qu’ils vont organiser la résistance contre le soutien des évêques aux sans-papiers. Un mouvement s’intitulant «Solidarité chrétienne», dont le porte-parole est Philippe Van der Sande, porte-parole du «Vlaams Belang», le parti qui a succédé au Vlaams Blok (parti flamand d’extrême-droite), veut lancer une page internet à ce sujet. (apic/kna/ceb/be)

11 mai 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
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