Deux catholiques sur trois souhaitent être consultés

Belgique: Nominations d’évêques

Bruxelles, 19 juin 2000 (APIC) Deux tiers des catholiques de Belgique voudraient être consultés quand il s’agira de nommer un nouvel évêque dans leur propre diocèse. La plupart attendent notamment qu’un évêque soit en communion avec d’autres et avec le pape, mais très peu font confiance à la Curie romaine. C’est ce qui ressort, entre autres, des 500 premières réponses d’une enquête lancée par le groupe «Démocratie dans l’Eglise».

Le groupe «Démocratie dans l’Eglise» rassemble à Bruxelles, depuis 5 ans, des catholiques engagés dans diverses responsabilités au sein de leur Eglise et spécialement attentifs à y promouvoir des procédures plus démocratiques. Le groupe s’inscrit dans un mouvement plus large qui aspire à une organisation ecclésiale plus proche de l’idéal présenté un ouvrage récent «Gouverner l’Eglise autrement? Pour une Eglise-Communion». Le livre, publié en 1998 aux éditions Vie Ouvrière, a été signé par deux membres du groupe, diacres l’un et l’autre, Georges Bihin et Philippe Van Vlaenderen.

L’enquête repose sur une technique simple et peu coûteuse: un questionnaire bâti autour de sept grandes questions, avec des cases à cocher selon les choix du répondant et une fiche signalétique anonyme à remplir. Sur quatre questionnaires distribués, trois sont revenus complétés: un succès inespéré pour cette technique. Ce qui a incité le groupe «Démocratie dans l’Eglise» a étendre la diffusion des questionnaires: aux 500 premiers formulaires complétés début mai, d’autres centaines devraient s’ajouter d’ici fin septembre, date à laquelle sera clôturée la rentrée des réponses à prendre en compte dans le dépouillement.

Un évêque avec son peuple

Les tendances qui se dégagent des 500 premières réponses au questionnaire manifestent une option massive pour que tous les catholiques d’un diocèse aient l’occasion de se prononcer sur le choix de leur évêque. Il suffit après tout, remarque l’un d’eux, que le Conseil pastoral diocésain ait son mot à dire: s’il est représentatif de l’ensemble, il ne pourra que faire un choix respectable. Mais là est bien le problème, signale-t-on ailleurs: il y a encore des diocèses sans Conseil pastoral diocésain! Des milliers de précisions analogues figurent dans les commentaires que les répondants ont eu la possibilité d’ajouter à leurs réponses. Cette ouverture aux avis personnels a rencontré d’énormes attentes. Certains ont même écrit, avec un sentiment de satisfaction encore teinté d’amertume: «C’est bien la première fois qu’on nous demande notre avis sur l’évêque dont notre diocèse a besoin!»

Les premiers résultats de l’enquête ne sont guère spectaculaires dans leurs chiffres. Ainsi, il n’est pas étonnant que les répondants se divisent entre les partisans d’une limite d’âge pour l’épiscopat à 75 ans comme aujourd’hui, ou à 70 ans, ou à 65 ans. Plus révélateur est le fait qu’on trouve plausible la limite d’âge et même de mandat dans le temps. Reste que le grand nombre des «sans avis» fait apparaître la perplexité dans le peuple chrétien et sans doute une complexité inattendue derrière la question de la durée du mandat. «Tout dépend des aptitudes!», signalent beaucoup de répondants. Mais les réponses peuvent varier entre le cliché (»On est encore vert à 75 ans!») et le réalisme (»Vient un âge où l’on n’est plus créatif… Mais l’âge moyen des prêtres est déjà si élevé!»).

De même, il peut paraître dérisoire de compter les réponses favorables à la fidélité de l’évêque à l’Eglise universelle, à son attachement à la tradition vivante, à sa connaissance de son peuple, à son souci de l’unité, à ses capacités d’encouragement, de témoignage ou de prise position publique. Quel répondant ne voudrait ces qualités réunies dans la même personne? Mais il est significatif que les accents portent d’abord sur la présence de l’évêque au milieu de son peuple, apprécié dans sa diversité, valorisé dans ses initiatives. Comme si les brebis ne se reconnaissaient vraiment bien que dans le pasteur qu’elles voient présent à leurs côtés sur le terrain. Le seul avis de ce prêtre anonyme en dit plus que bien des opinions chiffrées: «J’ai déjà connu deux évêques dans mon diocèse et je ne les ai jamais rencontrés qu’à la hâte, un jour de confirmation».

Au-delà du questionnaire…

Modeste dans son ambition, le questionnaire ne se veut pas scientifique. L’éventail et la formulation des questions posées, le mode de diffusion et les critères de dépouillement poseront sans doute des problèmes délicats aux sociologues et statisticiens. Mais au-delà des chiffres toujours discutables, le premier intérêt tient à l’opéération même de la collecte des avis et à l’ouverture du questionnaire aux commentaires des répondants.

A voir les riches nuances qui s’y expriment, le groupe «Démocratie dans l’Eglise» s’est décidé à étendre l’enquête. «Une première du genre», pense-t-il, plus attentif que jamais à la qualité des réponses pour en tirer une fine analyse. Celle-ci sera restituée par la presse aux répondants et bien entendu transmise aux autorités ecclésiales. Cette enquête sur un «profil d’évêque pour le troisième millénaire» n’a certes pas le caractère officiel de la consultation organisée en Belgique jusqu’à la fin du mois de juin en vue du Synode des évêques, qui se penchera, en octobre 2001, sur le ministère et la vie de l’évêque à travers le monde.

Mais le groupe «Démocratie dans l’Eglise» n’entend pas non plus se tenir en marge du peuple qu’il consulte, encore moins lancer une contre-consultation. Les initiateurs de l’enquête en ont clairement parlé avec leur évêque et des exemplaires du questionnaire mis au point on été adressés aux principaux responsables d’Eglise.

Le profil des répondants indique: à 91%, il s’agit de pratiquants réguliers et même, huit fois sur dix, de catholiques assumant des responsabilités concrètes dans leur Eglise. Beaucoup n’ont pas attendu le questionnaire pour découvrir ce principe cher à saint Léon le Grand, pape de 440 à 461: «Celui qui est à la tête de tous doit être élu par tous». Mais il est révélateur que des centaines de fidèles, laïcs et prêtres, saisissent l’occasion de s’y accrocher à l’aube du XXIe siècle. Non sans en préciser pour quels enjeux. C’est là-dessus que les initiateurs de cette enquête sont curieux d’en savoir davantage (apic/cip/pr)

19 juin 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!