Belgique: Premier bilan des «Points de contact» téléphonique en matière d’abus sexuels

17 cas de pédophilie dénoncés: une écoute pour les victimes

Bruxelles, 9 février 1998 (APIC) Dix-sept cas de pédophilie (dix en Flandre, sept en Belgique francophone) et neuf cas d’abus sexuels commis sur des adultes (dont sept en Flandre) ont été dénoncés depuis le mois de septembre par des victimes qui se sont confiées au téléphone grâce aux «Points de contact» créés par les évêques. Le bilan de ces «Points de contact» intervient alors même qu’une nouvelle audience du procès contre l’abbé André Vanderlyn, ancien curé de Saint-Gilles accusé de plusieurs viols sur des mineurs, se déroule lundi 9 février.

Ce premier bilan a été dressé devant la presse le 6 février à Bruxelles par les personnes qui assurent les permanences téléphoniques depuis cinq mois. Aucun cas ne concerne des abus récents commis sur des enfants ou des adolescents qui ne seraient pas encore connus de la justice, ont tenu à préciser Mmes Beernaert, Van Damme et Halsberghe. Celles-ci ont été choisies par les évêques, avec quelques autres collaborateurs, pour leurs compétences en matière médicale, psychologique ou juridique. Mme Halsberghe, magistrate honoraire auprès du tribunal de première instance à Bruxelles, précise d’emblée que si des faits récents d’abus sexuels étaient portés à leur connaissance, le souci des victimes et leur devoir de citoyens leur imposeraient d’en informer la Justice.

Les deux points de contact que les évêques de Belgique ont mis sur pied le 1er septembre dernier sont destinés à accueillir les plaintes concernant les abus sexuels commis dans le cadre des activités pastorales, c’est-à-dire des prêtres, des religieux, des diacres des catéchistes ou des animateurs pastoraux. «Le but fondamental, rappellent les porte-parole des évêques, est d’aider les victimes à se manifester et de leur faciliter l’accès aux démarches qu’elles voudraient entreprendre: recours à la justice, aide psychologique, interpellation des autorités religieuses, expression du vécu, information à transmettre». Le point de contact permet, dans un premier temps, une écoute téléphonique. Dans un second temps, si la personne qui a appelé le souhaite, une rencontre est possible avec une personne de confiance, compétente en matière de relations humaines, ou dotée d’une formation de juriste, de médecin ou de psychologue. Cette personne peut orienter la victime vers des services spécialisés, en fonction de la demande.

Le bilan au 31 janvier

En cinq mois, 28 appels ont été reçus sur la ligne francophone, et les trois quarts l’ont été en septembre. Parmi ces appels, les conversations ont porté sur sept cas de pédophilie: sept appels ont eu lieu suite aux révélations dans la presse, en septembre dernier, de l’affaire Delvin (un directeur de chorale dans le Hainaut) et suite à l’instruction de l’affaire Vanderlyn à Bruxelles; une plainte sur le comportement d’un prêtre; une information sur le comportement d’un religieux; le témoignage d’un homme abusé autrefois par un religieux; le témoignage d’une mère dont le fils, aujourd’hui adulte, a été abusé par un religieux et reste traumatisé; le témoignage d’une parente d’un prêtre pédophile, dont les actes ont écartelé la famille. Deux plaintes pour abus sexuels ont par ailleurs été exprimées par des femmes qui

Pour le reste, les appels ont porté ont été victimes d’un prêtre lorsqu’elles étaient jeunes adultes.sur des contenus divers. Sept correspondants se sont élevés contre la ligne téléphonique, estimant que ce travail relève exclusivement de la justice. Six personnes ont, au contraire, décroché leur téléphone pour demander une information sur le «Point de contact» ou sur d’autres matières.

Du côté néerlandophone, durant la même période, 28 appels ont également été reçus. Ils ont permis d’aider directement sept personnes, et d’ouvrir 21 dossiers pour suivre les doléances émises. Celles-ci ont porté sur dix cas anciens de pédophilie, tous prescrits, sur sept cas d’abus sexuels commis sur des adultes et sur quatre autres matières diverses. Les plaintes plus nombreuses en Flandre sont proportionnelles à l’importance du clergé par région linguistique: sur un peu plus de 12’000 prêtres et religieux en Belgique, ceux de Flandre sont deux fois plus nombreux qu’au sud du pays.

Trois catégories

Dans les plaintes, Mme Halsberghe distingue trois catégories. Deux catégories concernent des abus commis sur des adultes; la plupart des abus sont des faits anciens et prescrits; d’autres faits ne sont pas encore prescrits, mais une entière liberté est laissée à la victime de les dénoncer. Aucune victime, en effet, ne se rend coupable en gardant pour elle les faits qui l’ont fait souffrir. Or, poursuivre en justice un agresseur, c’est d’une certaine manière revivre soi-même l’agression. C’est pourquoi les personnes à l’écoute des victimes se sont imposées une règle majeure: avant tout le respect de ce que les victimes désirent.

Quant à la troisième catégorie, où les plaintes concernent des abus commis sur des enfants ou des adolescents, tous les faits sont actuellement connus de la justice. Si tel n’avait pas été le cas, une information aurait évidemment été transmise à la Justice. «Car il n’est nullement question de protéger les auteurs de tels faits, insiste Mme Halsberghe. Dans le cas contraire, personne d’entre nous n’aurait accepté de collaborer».

Avant tout, le souci des victimes

Si les points de contacts n’ont pas débouché sur de nouvelles affaires, ils ont au moins répondu à leur premier objectif: le souci des victimes. «Beaucoup de victimes avaient besoin de parler, souligne Mme Halsberghe. Elles ont pu exprimer leurs blessures, se décharger d’une violence qu’elles traînent parfois depuis plusieurs années, briser même le mur du silence que leur imposait tel ou tel abuseur, ou que leur recommandait, croyaient-elles, l’honneur de la famille. Elles ont parlé en toute liberté, sachant qu’elles pouvaient s’adresser à des personnes de confiance. Enfin, elles se sont senties reconnues comme victimes.

«A présent, les victimes adultes restent maîtres de leur avenir. C’est à elles, et à elles seules de prendre la décision: soit de ne rien entreprendre, soit de chercher une aide auprès d’une personne compétente, soit de porter les faits à la connaissance de tiers. Elles peuvent donc demander que les autorités judiciaires, le cas échéant, soient averties, sans que nous leur imposions de faire cette démarche elles-mêmes». Le délai de prescription de dix ans étant passé, certaines plaintes, qui ne sont plus recevables en justice, le restent cependant sur le plan ecclésial, «où il n’y a jamais prescription», observe la magistrate.

Dans six mois, le fonctionnement des deux points de contact fera l’objet d’une nouvelle évaluation. Les résultats généraux de celle-ci sont communiqués aux évêques, mais pour le détail, les personnes qui écoutent les appels ne vont jamais au-delà du souhait formel des victimes. La discrétion reste donc de rigueur, tant que l’appelant ne souhaite pas informer une tierce personne que son interlocuteur ou son interlocutrice au bout du fil. De leur côté, les personnes à l’écoute avaient d’abord opté elles-mêmes pour l’anonymat. Mais il s’est avéré, dans l’évolution des contacts, que le la confiance de l’interlocuteur nécessitait de sortir de l’anonymat. Par ailleurs, des plaintes sont également reçues directement dans les évêchés, et les évêques ont convenu, par souci de rigueur, d’uniformiser les procédures pour les différents diocèses.

Il est à noter que pour créer les «Points de contact», les évêques se sont spécialement inspiré d’un ouvrage de référence, dû à la collaboration de spécialistes de l’Université Libre de Bruxelles, des Facultés de Namur et de l’Université de Liège: «Les abus sexuels d’enfants». (apic/cip/pr)

19 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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