Solidarité avec les femmes et les enfants exploités au Togo
Belgique : Présentation d’un projet du Bureau International Catholique de l’Enfance
Bruxelles, 21 octobre 1997 (APIC) Le Bureau International Catholique de l’Enfance (BICE) a présenté à Bruxelles, le 16 octobre, un projet en faveur des jeunes filles, des femmes et des enfants exploités comme porteurs de charges (portefaix) à Lomé, au Togo. Occasion de faire connaissance avec la situation de ces personnes marginalisées dans un des pays les plus pauvres du monde.
La croissance démographique est galopante. L’agriculture archaïque n’est plus rentable et les terres cultivables sont rares. Les moyens manquent pour l’éducation et la formation. Les possibilités d’emploi diminuent. Et les femmes sont toujours marginalisées. Tous ces facteurs conjugués à la misère ont précipité au Togo l’exode des femmes rurales vers la ville, raconte Horst Buchmann, vice-président du BICE. Des femmes et des jeunes filles des régions rurales ont ainsi gagné la capitale Lomé en quête d’’un travail et de moyens de subsistance pour leur famille. Beaucoup n’ont trouvé qu’une tâche domestique de ménagère ou une corvée de portefaix au marché.
Filles sans défense
Dans le contexte actuel au Togo, l’analphabétisme des femmes amoindrit leur capacité de résister à l’exploitation. Outre les mamans et les jeunes filles dont plusieurs sont déjà mères, on voit aussi des enfants qui, au lieu d’être à l’école, ploient sous des fardeaux trop lourds. Sur 22.000 filles en âge de scolarité dans la préfecture de Vo, d’où viennent la majorité des portefaix, 46 % seulement sont scolarisées. Certaines ont dépassé l’âge, d’autres ont été dissuadées de l’école par les parents, ou simplement par le manque de moyens familiaux et de structures éducatives.
En attendant, le manque d’instruction des filles de 12 à 20 ans s’ajoute aux contraintes imposées par la polygamie et par la prédominance des modèles masculins. Elles restent sans défense devant l’exploitation économique comme devant l’exploitation sexuelle.
On les rncontre aujourd’hui par centaines à Agbandahonou, Atikpodzi, Aigame, Beniglato… «Le phénomène de portefaix connaît une telle ampleur que la misère des marginaux participe au bonheur des opportunistes», note le BICE. La pratique est de «parquer» ces jeunes femmes dans des maisons délabrées, non sans demander à chacune 50 francs par nuit pour lui permettre d’étaler, à même le sol, une natte exposée à toutes les intempéries.
Or, 50 francs, c’est le maigre pécule concédé à ces portefaix pour une demi-journée sinon pour une journée entière de travail. Celle-ci commence à 5 heures du matin et se termine après 18 heures. Difficile de comptabiliser les heures de travail par jour : le travail varie en fonction de la demande et sa rémunération, jamais déclarée, dépend du bon vouloir de l’employeur.
«Charges accablantes, humiliations, injures, maladie, faim… Non seulement ces femmes et ces jeunes sont victimes de pratiques discriminatoires et d’atteintes à leur dignité, mais elles sont dans l’impossibilité de se faire entendre», constate Luisa Maria Aguilar, représentante permanente du BICE auprès des Institutions européennes. L’austérité et les charges de famille poussent des jeunes filles à la prostitution. Avec les conséquences qui en découlent : outre une exploitation accrue, il y a les risques de contamination du sida et d’autres maladies sexuellement transmissibles, ainsi que les grossesses non désirées. «Il faut aussi s’interroger sur les clients et les proxénètes qui exploitent le dénuement de ces personnes. Demain, les problèmes risquent de s’amplifier. Des enfants, en effet, sont nés dans ce milieu. Auront-ils un autre avenir que celui des parias?» poursuit le BICE. Et comment ces femmes, privées de pièces d’identité, pourront-elles retrouver à une authentique vie en société?
Le projet du BICE
C’est pour relever ces défis que le BICE s’est lancé dans un projet de réhabilitation baptisé «Appui aux jeunes filles portefaix, aux mères célibataires et aux enfants en milieu défavorisé à Lomé». Une phase pilote de huit mois a déjà développé tout un travail sur le terrain : rencontre des femmes, écoute, recherche, premières formations (à la santé, à la nutrition, aux droits), animation socioculturelle. Cette phase a inscrit le projet dans toute une dynamique de participation, «qui fait des marginaux les acteurs de leur propre développement», souligne le BICE. A présent, il s’agit aussi d’organiser des actions d’information, de sensibilisation et de formation dans les milieux d’origine afin d’alléger les conditions de vie des femmes en milieu rural. Ce travail sera réalisé en concertation avec les chefs locaux, premiers acteurs concernés comme avec les représentants politiques et les responsables religieux. (apic/cip/als)



