Une thèse en théologie à l’UCL brosse le portrait du (081294)
Belgique: quel renouveau dans le ministère des évêques en Amérique latine?
ministère épiscopal à partir du Concile Vatican II
Louvain-la-Neuve, 8décembre(APIC) Dans une thèse de doctorat présentée
cet automne à la Faculté de théologie de l’Université catholique de Louvain
(UCL), en Belgique, le Père Gabriel Ignacio Rodriguez Tamayo, jésuite colombien, brosse un portrait original du ministère épiscopal en Amérique latine. Il montre comment nombre d’évêques ont emboîté le pas au renouveau
ecclésial promu par le Concile Vatican II pour vivre leur ministère comme
un «ministère de communion et de participation» et l’envisager dans le sens
de l»option préférentielle pour les pauvres».
Le doctorand, qui avait pour promoteur le professeur Philippe Weber,
s’est vu octroyer pour son travail la plus grande distinction. Le Père Rodriguez sera proclamé docteur en théologie après publication au moins partielle de son travail.
Le Père Rodriguez a centré son attention sur l’Eglise latino-américaine,
principalement entre 1966 et 1979. Cette période, juste après le Concile
Vatican II, fut surtout marquée par la 2e Conférence de l’Episcopat LatinoAméricain à Medellin en 1968. Celle-ci précisa les grandes orientations
conciliaires pour l’Amérique latine et en fit notamment émerger l’option
préférentielle pour les pauvres. De nombreux évêques s’engagèrent eux-mêmes
aux côtés des pauvres en vue de transformer le modèle de société et de développement en vigueur. Le doctorand colombien s’est dès lors demandé si
cet engagement n’avait pas apporté de transformation dans l’exercice même
de la fonction épiscopale. Pour répondre à cette question, il a privilégié
deux sources: la documentation relative à la Conférence de Medellin, puis
les écrits personnels ou collectifs des évêques.
Prophète, ministre et avocat
La première partie de la recherche brosse d’abord un panorama des changements opérés dans l’exercice du ministère épiscopal à partir de Medellin.
G. Rodriguez examine ensuite la façon dont la réflexion post-conciliaire a
perçu les enjeux d’un double défi de l’Eglise dans la ligne du concile et
les transformations exigées par les aspirations sociales de développement
et de libération. Enfin, cette partie précise la figure du pasteur du peuple de Dieu qui se dégage des options prises par l’Assemblée de Medellin.
Trois expressions peuvent résumer, selon le jeune théologien colombien,
la vision historique du ministère épiscopal exercé à partir du choix prioritaire pour les pauvres: «l’évêque est un prophète qui parle de Dieu, en
étant la voix des sans-voix; il est un ministre de la libération de toutes
sortes d’oppressions historiques et spirituelles; il est enfin, un «paraclet» (avocat) de la communion entre tous et de la participation de tous à
la vie sociale et ecclésiale».
La charge des évêques comporte traditionnellement une triple dimension:
«enseigner, sanctifier, gouverner». Garder cette triple fonction en point
de mire tout en se voyant davantage en «prophètes, ministres et avocats»,
c’est assurément un changement d’accent.
Théologie et pratique ecclésiale
La seconde partie du travail du Père Rodriguez explicite la théologie et
la pratique ecclésiale qui alimentent chez les évêques l’exercice de cette
triple fonction.
En ce qui concerne la charge d’enseignement, nombre d’évêques latinoaméricains se sont montrés sensibles à la «priorité éthique» suscitée par
les cris des opprimés et ont fait valoir le privilège évangélique accordé
aux déshérités de l’histoire. Comme maîtres et docteurs de la foi, précise
G. Rodriguez, les évêques ont fait passer l’authenticité évangélique et
missionnaire avant la rigueur canonique, la dimension prophétique avant la
dimension institutionnelle, le contexte historique avant le texte doctrinal, l’orthopraxie avant l’orthodoxie. Ils ont ainsi promu «une redécouverte des liens entre évangélisation et promotion humaine». D’autre part,
l’écoute et le service du peuple pauvre a révélé, semble-t-il, un chemin
d’évangélisation «dans lequel les évêques ont été eux-mêmes évangélisés».
Beaucoup d’évêques ont porté un regard nouveau sur leur charge de
sanctification, comme devant servir à la croissance spirituelle, personnelle et collective. Ils l’ont traduite dans leur lutte contre les péchés personnels et sociaux. Dans plusieurs écrits, le ministère sacerdotal et le
sacerdoce commun des fidèles est envisagé comme un sacerdoce historique:
nourri par la liturgie et les sacrements, il offre à Dieu un culte spirituel par l’accueil de son Royaume et la quête d’un monde selon les Béatitudes. Les évêques ont donc aidé les communautés chrétiennes à devenir «de
vrais sujets de la liturgie, unissant leur pâque historique à la célébration de la Pâque du Christ». Inversement, ces mêmes communautés ont été invitées à «vivre leur histoire collective comme un chemin de conversion sociale».
En avocat des démunis
Enfin, les évêques d’Amérique latine se sont mis à envisager davantage
leur charge de gouvernement comme une activité au service de l’action du
l’Esprit-Saint. Les évêques ont dès lors commencé à suscité de nombreux
animateurs pour prendre en main le bien de l’ensemble et ils ont favorisé
leur formation évangélique. En outre, soucieux de promouvoir la communion
social et ecclésiale, ils se sont faits les avocats de ceux qui ont faim et
soif de justice et de paix. Ils ont valorisé les dons dans leur diversité
ainsi que la dignité de toute vie humaine, contestant toute forme de justice ou de légalité qui s’accommoderait de l’action répressive ou du statu
quo.
Leur engagement en faveur d’une société plus participative à tous les
niveaux a donné lieu «à un style de gouvernement diocésain marqué par la
coresponsabilité dans la prise de décision, relève enfin Le Père Gabriel
Rodriguez. «L’évêque, écrit-il, se présente dès lors plus comme un frère
que comme un chef, plus comme un serviteur de la communion de tous selon
l’exemple du bon pasteur que comme une autorité juridique». (apic/cip/pr)
Le travail est rédigé en espagnol: «El ministerio de la communion y de
la participacion. El quehacer pastoral del episcopado latinoaméricano» à
partir de «la opcion preferencial por los pobres» (»Le ministère de la
communion et de la participation. La pratique pastorale de l’épiscopat latino-américain à partir de l’option préférentielle pour les pauvres»).



