Un prêtre congolais s’intéresse aux Baluba shankadi

Belgique Thèse de doctorat en théologie sur le mariage africain

Louvain-la-Neuve, 28 juin 1999 (APIC) Pourquoi le mariage à l’église connaît-il si peu de succès auprès des baptisés en Afrique? La question préoccupe autant les prêtres d’aujourd’hui que les missionnaires d’autrefois. Un théologien congolais, l’abbé Albert Numbi Twite, vient d’y consacrer une thèse de doctorat, qu’il a défendue le 24 juin à l’Université catholique de Louvain (UCL).

Prêtre du diocèse de Kamina, au sud du Congo, le doctorand a focalisé sa recherche sur les difficultés que le mariage chrétien, tel que l’entend l’Eglise catholique, pose aux Luba (ou Baluba) de sa région d’origine, le Katanga. Le titre de la dissertation doctorale met d’emblée le doigt sur un problème majeur: «La proposition du mariage chrétien aux Baluba shankadi. Un problème de communication».

S’intéresser à une population concrète, c’est prendre en compte les ressources et les difficultés liées aux représentations culturelles locales. C’est particulièrement vrai pour le mariage traditionnel, dont les missionnaires et leurs supérieurs hiérarchiques n’ont pas toujours deviné ni perçu la richesse pour aider les baptisés à l’assumer à la lumière de l’Evangile. Trop souvent, l’annonce de l’Evangile et la catéchèse ont présenté la révélation de Dieu comme si l’évangélisation pouvait être la transmission d’un savoir exhaustif sur Dieu. C’est oublier le dynamisme d’ouverture de la révélation, souligne Albert Numbi Twite, qui dénonce une tendance à laisser croire que l’Eglise a fait le tour de la Révélation et… de Dieu.

Mais s’il y a un «échec du mariage chrétien en Afrique», faut-il y voir la conséquence «d’une pastorale qui n’a pas tenu compte de la réalité»? Ou le triste «résultat d’une communication entre mentalités et cultures»? Le jeune théologien congolais ne se laisse pas enfermer dans ce dilemme, comme si une meilleure maîtrise des moyens pastoraux suffisait à résoudre le problème. Le défi est celui de l’inculturation, dont la réussite chrétienne peut se résumer à ce mot de Paul VI: «le sang de l’Evangile coule dans les veines des cultures». Mais ceci suppose, selon le prêtre katangais, qu’on en arrive «à une relation sans complexes ni d’infériorité ni de supériorité, à une nouvelle interprétation des valeurs africaines, à une autre définition de l’Eglise, à un dialogue franc et cordial qui lève les malentendus, au respect mutuel».

Sortir du mariage «ponctuel»

L’Eglise catholique en Afrique a mis du temps à comprendre les habitudes culturelles des populations locales. Car elles sont le fruit de longs ajustements qui touchent les structures politiques, sociales et familiales, l’histoire, les mythes fondamentaux, les représentations et les pratiques magico-religieuses, la vie rituelle et l’art… Tout un système dont A. Numbi Twite rend d’abord compte en vue de mieux comprendre le mariage chez les Luba.

Déconcertés par les règles et coutumes matrimoniales des Africains, les missionnaires ont réagi tantôt avec raideur, tantôt avec souplesse. Mais sans pouvoir modifier les conceptions matrimoniales. Un recul historique aide pourtant à mieux apprécier le rôle joué par les coutumes matrimoniales des peuples convertis au christianisme dans la formulation des grandes lignes de la discipline ecclésiastique du mariage. C’est ce que le doctorand propose dans un deuxième temps, car il lui importe «que le mariage religieux africain ne soit pas une simple variante du modèle occidental».

Creusant ensuite les relations entre mariage religieux et mariage coutumier, A. Numbi Twite les analyse notamment à la lumière des prises de position des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar, d’Assemblées épiscopales régionales et du Synode des évêques pour l’Afrique (1994).

Une ébauche de solution est proposée dans la quatrième partie afin de sortir des impasses dans lesquelles, estime le doctorand, «le mariage ecclésial est actuellement enfermé en Afrique». Quelques pistes sont proposées: ce sont des réflexions sur la mission et sur l’inculturation, sur le modèle d’Eglise, sur la conclusion ponctuelle du mariage occidental face au mariage par étapes des Baluba, sur le contenu de l’indissolubilité du mariage et sur les multiples face(tte)s de sa consommation. (apic/cip/pr)

28 juin 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!