Belgique: Un hebdomadaire belge a-t-il versé dans les propos antijuifs?

Réaction de «Chrétiens et juifs pour un enseignement de l’estime»

Chastre, 20 août 2000 (APIC) L’association «Chrétiens et Juifs pour un enseignement de l’Estime» (CJE), a exprimé la semaine dernière depuis son siège de Chastre, en Brabant wallon, son indignation devant des propos considérés comme antijuifs et antisémites, publiés dans un récent article de l’hebdomadaire belge «Le Soir illustré».

L’article mis en cause commente l’élection du nouveau chef d’Etat d’Israël, Moshe Katsav, et est présenté sous le titre «Ils ont crucifié Pérès!». Ce n’est pas simplement ce titre à l’image audacieuse qui fait réagir l’association CJE, mais le fait que, 2000 ans après la mort de Jésus, des clichés tirés sans nuance des écrits chrétiens soient exploités pour ranger, une nouvelle fois, l’ensemble du peuple juif dans le camp des ennemis de la paix et de l’humanité.

L’image de la crucifixion est d’ailleurs explicitée en ces termes dans l’article pour montrer que «l’histoire se répète aujourd’hui»: «Il y a deux mille ans déjà… `Barabbas ou lui? (Jésus)’, avait demandé Ponce Pilate. `Barabbas!’, avaient-ils hurlé: le bandit plutôt que l’Autre qui prônait de rendre à César ce qui était à César et qui disait: «Aimez-vous les uns les autres». L’histoire se répète aujourd’hui: le candidat que la Knesset […] a choisi pour chef de l’Etat n’est pas celui qui veut rendre à chacun son dû: un peu, si peu de Palestine aux Palestiniens; mais celui de la droite nationaliste, Moshe Katsav du Likoud…»

D’où la réaction indignée de CJE: «Nous estimons que ni la liberté d’expression et d’opinion, ni l’emphase littéraire n’excusent la forme et le fond de cette comparaison odieuse. D’une part, en effet, en assimilant Moshe Katsav à «un bandit», même si c’est pour les besoins de la parabole, on outrage un chef d’Etat démocratiquement élu. D’autre part, utiliser une comparaison tirée de l’arsenal des stéréotypes antijudaïques de «l’enseignement du mépris» – clairement mis en lumière par Jules Isaac et dont on connaît les conséquences néfastes -, c’est diaboliser le peuple juif. C’est aussi risquer de réveiller les vieux démons antisémites et d’entraîner, par voie de conséquence, des réactions génératrices de troubles de l’ordre public».

Amalgame?

Selon l’association, d’autres passages de l’article montrent clairement que «son auteur pratique l’amalgame et expose tout un peuple à la réprobation de l’opinion publique». CJE cite notamment le chapeau qui suit le titre: «Plutôt n’importe qui! Israël n’a pas voulu de l’homme de paix (Shimon Pérès) pour président…» Elle vise plus encore le paragraphe final: «Curieux et inquiétant Etat d’Israël, qui se prétend démocratie, mais détient des prisonniers politiques; qui se veut laïque, mais où ce sont les religieux qui font et qui défont chefs de gouvernement et chefs d’Etat; qui s’enferme dans ses traditions, au lieu de s’ouvrir au futur; qui gagne toutes ses guerres, mais jamais la paix; et qui est aussi – l’Europe serait bien inspirée de s’en préoccuper – à la tête d’un armement gigantesque et terrifiant de destruction massive capable de contaminer une vaste région comprenant de vastes populations et renfermant plus du tiers des réserves mondiales de pétrole brut…»

Ce paragraphe, aux yeux des «Chrétiens et juifs pour l’enseignement de l’estime», «constitue une diffamation publique peu commune de toute une nation, et dont la dernière phrase, assortie d’une prétendue menace de crise pétrolière, est de nature à dresser les nations contre l’Etat d’Israël, présenté comme l’ennemi public numéro un du monde, version antisioniste de la célèbre phrase: «Le juif: voilà l’ennemi».

L’association proteste avec contre «de tels procédés» qu’elle juge «incompatibles avec un journalisme digne de ce nom». Elle appelle «journalistes et médias, personnalités et communautés religieuses, associations de défense des droits de l’homme et de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, à flétrir avec énergie des propos aussi indignes».

Interrogé à ce sujet par l’agence CIP, Menahem Macina, administrateur délégué de CJE, tient à lever toute ambiguïté sur la réaction de l’association: «On a évidemment le droit de critiquer la politique israélienne. Ce n’est pas ce regard critique que nous mettons en cause, mais le recours à de vieux clichés antisémites pour présenter le peuple juif dans son ensemble comme ennemi de l’humanité». (apic/cip/pr)

20 août 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Partagez!