Difficile de lutter contre cette pratique sans l’aide des parents
Bénin: Le trafic des enfants esclaves se poursuit malgré les mesures gouvernementales
Cotonou, 6 mars 2005 (Apic) Malgré les mesures prises par les dirigeants du Bénin, le trafic des enfants esclaves se poursuit de plus belle entre ce pays et ceux du Golfe de Guinée, notamment le Nigeria et le Gabon.
Face à l’augmentation du phénomène, le gouvernement béninois prépare un projet de loi interdisant le trafic des enfants. En collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (Unicef), il a créé des comités villageois pour mettre fin à ce trafic, rapporte IRIN, une agence d’information humanitaire des Nations Unies.
La lutte contre le trafic des enfants s’annonce longue et compliquée tant que les parents ne verront pas de mal à confier leurs enfants à d’autres. Selon un inspecteur de police, Louis Tokpanou, la Brigade de Protection des Mineurs (BPM) du Bénin a arrêté 25 trafiquants l’année dernière. Mais elle manque de moyens matériel et humain: la BPM ne compte que 10 agents pour surveiller 600 km de frontière avec le Nigeria.
Des centaines de garçons continuent de casser des pierres au Nigeria. La plupart de ces garçons sont âgés de 6 à 16 ans. Ils ont été envoyés clandestinement à Abeokuta, capitale de l’Etat d’Ogun, une ville du Nigeria située à 100 km au nord de Lagos. Selon Vincent Gangnihessou, un ancien trafiquant d’enfants, «il y a près de 400 trafiquants béninois installés dans la ville nigériane d’Abeokuta. L’intervention de la police a effrayé les gens pendant un moment, mais les affaires ont repris», a-t-il indiqué à IRIN.
Une pratique considérée comme «normale» par certains
Selon lui, ni le chef de l’Etat Mathieu Kérékou ni la population béninoise ne se soucient réellement de la situation de ces enfants. «Ce sont seulement les Occidentaux qui se font du souci pour eux», affirme Vincent Gangnihessou. Les aspirations des enfants sont modestes: un nouveau poste radio, un vélo et une paire de chaussures de sport. Ces enfants sont prêts à travailler pendant des années comme des esclaves pour s’offrir ce luxe, affirme-t-il. Ils sont hébergés dans des camps de fortune près des carrières et doivent se débrouiller seuls.
En décembre 2003, Zakpota, une agglomération rurale béninoise située à deux heures de route de la ville portuaire de Cotonou, s’est trouvée au coeur d’un scandale lié à un vaste trafic d’enfants. L’affaire a éclaté après que des trafiquants rivaux eurent présenté à la police nigériane des photos d’enfants travaillant dans des carrières et des fermes au Nigeria. L’exploitation des enfants est un problème préoccupant au Bénin. Elle remonte à une vieille tradition appelée «vidomegon» (enfant placé).
Pendant des décennies, les enfants issus de familles pauvres ont été confiés à des proches parents plus nantis. Pour ces derniers, c’était un honneur de prendre sous leurs ailes de jeunes enfants de familles démunies, de les nourrir et de les scolariser. En retour, les enfants devaient aider les familles d’accueil dans les tâches ménagères. Ce système de protection est une forme de solidarité réciproque qui permet de soulager les familles pauvres. Dans les régions les plus déshéritées, cette tradition est devenue une véritable source de revenus et une pratique acceptée par la société.
Selon Olivier Feneyrol, de l’ONG suisse Terre des Hommes, le trafic des enfants au Bénin n’est pas le fait d’un réseau de malfaiteurs comme il en existe en Europe de l’Est. «C’est un phénomène social. Les enfants sont considérés comme une monnaie d’échange et sont au service des adultes». Et selon O. Feneyrol, les enfants eux-mêmes sont prisonniers de cette logique en pensant que c’est une «bonne solution». (apic/ibc/be)




