France: Mgr André Vingt-Trois salue un acte «lucide» et «courageux» de Benoît XVI

Benoît XVI a brisé un tabou

(nouvelle version longue)
Paris, 11 février 2013 (Apic) Le chef de l’Eglise catholique française, le cardinal André Vingt-Trois, a salué ce lundi 11 février 2013 la «décision lucide» et «l’acte particulièrement courageux» du pape Benoît XVI qui a renoncé à sa fonction. Rappelant qu’un pape n’avait pas démissionné depuis le XVe siècle, le président de la Conférence des Evêques de France (CEF) et archevêque de Paris a estimé que Benoît XVI a, par cette décision, «brisé un tabou» dans la pratique de l’Eglise.

Si son «acuité intellectuelle est intacte», «nous avons pu constater que son endurance physique est très éprouvée «, a indiqué Mgr André Vingt-Trois lors d’une conférence de presse à Paris, évoquant notamment la «capacité de locomotion» et la «voix naturelle très faible» du pape Benoît XVI.

«Il estime qu’il n’a plus la force d’exercer son ministère et il a le courage de se retirer» a expliqué l’archevêque de Paris aux médias français, venus nombreux au siège de la CEF. «C’est un acte de courage que d’accepter de renoncer, d’être capable de dire «Je ne peux pas», a souligné Mgr Vingt-Trois, saluant la capacité de Benoît XVI à vivre cette décision «non comme une abdication» mais «avec sérénité et simplicité».

Pour le président de l’Episcopat français, la décision du souverain pontife est en cohérence avec sa personnalité. «Il y a deux ans et demi [dans son ouvrage d’entretien intitulé «Lumière du Monde», ndlr], il avait évoqué sa démission parmi les choses envisageables.» Benoît XVI se considérait «comme un humble ouvrier au service du Seigneur», a confirmé à la presse l’archevêque de Clermont, Mgr Hippolyte Simon.

«D’une certaine façon, le pape Benoit XVI a brisé un tabou» a d’autre part estimé Mgr André Vingt-Trois, évoquant une décision «tout à fait exceptionnelle» puisqu’une démission de pape ne s’est «pas produite dans l’Eglise depuis le XVe siècle».

Permis juridiquement par l’Eglise catholique, le renoncement du pape à ses fonctions a valeur de réforme «au sens psychologique». Pour Mgr Vingt-Trois, il marquera un précédent: «C’est un acte libérateur, au moins pour le siècle qui vient. Désormais, aucun de ses successeurs ne se croira moralement obligé de continuer jusqu’à sa mort.»

D’après le président de la CEF, le pape Jean-Paul II se serait également «sérieusement posé la question» de renoncer à la fonction papale. Alors pourquoi deux décisions distinctes? «C’est une question d’évolution culturelle, mais aussi de personnalités différentes et de manières distinctes de se représenter son engagement.»

Un grand théologien, écrivain et professeur

Accompagné par l’archevêque de Clermont, Mgr Hippolyte Simon, le porte-parole de la CEF, Mgr Podvin et l’archevêque de Lille, Mgr Laurent Ulrich, André Vingt-trois a aussi salué ” le grand théologien, écrivain et professeur ” qu’est Benoît XVI. «Dans les années 1970, on s’arrachait le livre du cardinal Ratzinger.»

Parmi les principaux investissements du pape Benoît XVI, André Vingt-Trois a cité «sa préoccupation que l’Eglise exprime sa foi dans des termes intelligibles de la raison humaine «, «son travail en faveur de l’unité de l’Eglise et pour réduire la faille entre l’Eglise catholique et les successeurs de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X de Mgr Lefebvre ” et son ” analyse affûtée du lien intrinsèque entre foi et charité «.

Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, a pour sa part salué «le courage personnel, la clarté dans l’exposé et la simplicité dans les relations personnelles» du souverain pontife. «Nous perdons un pape ami de la France en général», un «ami très cher de l’Eglise de France», a conclu Mgr André Vingt-Trois.

Le pape ne doit pas se prendre pour le Bon Dieu

Interrogé sur la succession de Benoit XVI, l’archevêque de Paris a dit attendre du prochain pape «qu’il soit humble, qu’il ne se prenne pas pour le Bon Dieu, qu’il ait suffisamment d’ouverture d’esprit pour comprendre ou au moins essayer d’entrer dans des cultures différentes». Ce nouveau pape doit-il être plus jeune ? Originaire d’un autre continent que l’Europe ? Pour André Vingt-Trois, les critères de l’âge ou de la nationalité ne sont «pas les plus déterminants». «Ce qui me paraît le plus important, c’est la capacité d’écoute, de communion, de fédération. La qualification essentielle, c’est la qualité de la personne et la capacité à assurer la fonction.»

Questionné sur son éventuelle élection à la place du pape, le cardinal a répondu avec humour : «Ne croyez jamais les rumeurs «non parlo italiano»«. Autrement dit, elle n’est «pas à l’ordre du jour». (apic/lg/mp)

11 février 2013 | 21:36
par webmaster@kath.ch
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