Mgr Gerhard Ludwig Müller : Un ’conservateur moderniste’ à la tête de la Congrégation pour la doctrine de la foi

Benoît XVI choisit la sécurité et la continuité

Rome, 5 juillet 2012 (Apic) En appelant à ses côtés Mgr Gerhard Ludwig Müller, actuel évêque de Ratisbonne, comme préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi, Benoît XVI a choisi un proche par l’origine, la culture, la pensée et probablement aussi la personnalité. A 85 ans, le pape opte pour la sécurité la continuité. Pour avoir occupé lui-même ce poste de 1981 à 2005 sous Jean Paul II, il sait exactement de qui il a besoin. Il veut le soutien d’une personne à qui il accordera une confiance totale.

La presse anglaise utilise le terme de «watchdog» ou chien de garde pour expliciter le rôle du préfet de la Congrégation de la doctrine de la foi. Le numéro 3 du Vatican l’est à plusieurs titres. Comme gardien de la doctrine, il veille à l’orthodoxie de la foi. Comme gardien de la discipline, il juge les fautes graves du clergé, dont les abus sexuels. Comme gardien du sacrement du mariage, il traite des causes de nullité. Il préside pour cela trois commissions importantes: la Commission théologique internationale composée de 30 membres, la Commission biblique pontificale et la Commission «Ecclesia Dei» chargée des rapports avec les traditionalistes. Selon l’article 48 de la Constitution «Pastor Bonus» de Jean Paul II, «la tâche propre de la Congrégation pour la doctrine de la foi est de promouvoir et de protéger la doctrine et les mœurs conformes à la foi dans tout le monde catholique : tout ce qui, de quelque manière, concerne ce domaine relève donc de sa compétence». C’est dire que le «chien de garde» a du travail.

Un clone de Joseph Ratzinger ?

Mgr Müller semble avoir été fabriqué dans le même moule que Joseph Ratzinger. Né en Bavière, pays aux fortes racines catholiques, intellectuel brillant, appelé très jeune aux plus hautes charges professorales, théologien renommé, auteur prolixe avant de devenir évêque diocésain puis appelé à Rome, Gerhard Müller reproduit pas à pas le parcours de Benoît XVI. Il défend l’intelligence de la foi et a le goût de la controverse.

Héritier de la pensée de Joseph Ratzinger, il a fondé en 2008 un institut chargé de la publication des œuvres complètes du pape actuel. Dans le monde des théologiens, il est une référence internationale avec son pavé de 900 pages consacré à la «Théologie dogmatique catholique», traduit en plusieurs langues, mais pas encore en français.

Un ’conservateur moderniste’

Les observateurs lui ont collé l’étiquette de «conservateur moderniste». Une façon d’expliquer qu’il laisse rarement indifférent et compte autant d’ennemis dans un camp que dans l’autre. Son amitié fidèle pour Gustavo Guttierez, le fondateur de la théologie de la libération dont il fut l’élève, lui vaut l’épithète de ’marxiste’. Tandis que l’inévitable théologien dissident Hans Küng le traite de ’fauteur de troubles borné’. Etre chahuté de part et d’autre ne le trouble guère. «Les opinions extrêmes, traditionalistes ou modernistes, aux marges de l’Eglise finissent souvent par s’annuler les unes les autres. Au lieu de cultiver les attitudes agressives contre le pape et les évêques lorsqu’ils ne partagent pas l’arbitraire de groupes marginaux, chaque catholique devrait penser écouter, et agir en unité avec l’Eglise», écrivait-il en 2009, après les remous suscités par la levée de l’excommunication des quatre évêques lefebvristes.

Pas de place pour les ragots ni les sottises

Au centre sans du tout être mou, le futur gardien du dogme est un orthodoxe au sens premier du terme. Il est capable d’une intransigeance certaine lorsqu’il estime suivre la voie droite. «On se tient pour critique et réformateur. En réalité, on ne l’est que de manière superficielle et on veut se conformer à l’esprit du temps, relevait-il dans une homélie à l’occasion des 85 ans de Benoît XVI. Il serait si beau – pensent certains – d’être à la fois catholique et en même temps entièrement en accord avec l’esprit du temps. On ne voit pas combien les idées d’auto-rédemption de l’esprit du temps sont destructrices. Comme si l’essence de l’être humain pouvait être réduite à son utilité économique et à son auto-satisfaction. Non, nous le contredisons clairement ! A l’avenir, il ne doit plus y avoir dans nos rangs de place pour ces ragots anti-romains et ces sottises !»

Cette intransigeance, il n’hésite pas à la mettre en pratique en menaçant, en écartant, en sanctionnant les personnalités qui refusent de s’aligner. En 2005, il impose dans son diocèse une réforme de l’apostolat des laïcs «en accord complet avec les exigences du Concile Vatican II» qui ne va pas sans quelques grincements de dents. Plus anecdotique, mais assez significatif, il rappelle en 2010 aux futurs mariés qu’»une chanson, fut-elle aussi émouvante que celles d’Elton John ou d’Andrea Bocelli, n’est absolument pas adaptée aux besoins de la liturgie» du mariage. Ce qui ne l’empêche pas d’être affable et de volontiers boire une bière avec les simples fidèles dans un bistrot de village.

Il ne montre pas plus de complaisance envers les traditionalistes de Mgr Lefebvre, dont le séminaire de Zaitzkofen est sur le territoire de son diocèse. Il condamne comme illégales les ordinations sacerdotales de la Fraternité sacerdotale saint Pie X (FSSPX) et demande non seulement d’excommunier une deuxième fois Mgr Williamson, mais de le réduire à l’état laïc.

A Rome, il apportera certainement la même fermeté face aux vents contraires. Davantage que le cardinal américain William Levada, à qui il succède, considéré surtout comme un exécutant, Gerhard Ludwig Müller pourrait jouer un rôle très actif aux côtés d’un Benoît XVI vieillissant. (apic/mp)

5 juillet 2012 | 12:17
par webmaster@kath.ch
Partagez!