Arrivée du pape à Santiago de Cuba
Benoît XVI invite le pays à ›élargir ses horizons’
Santiago de Cuba, 27 mars 2012 (Apic) A son arrivée à Cuba, en début d’après-midi du 26 mars 2012, Benoît XVI a appelé ce pays à «élargir ses horizons» et à opter pour «une éthique qui place en son centre la personne humaine et qui prenne en compte ses exigences les plus authentiques, en particulier sa dimension spirituelle et religieuse».
Sur le tarmac du petit aéroport ›Antonio Maceo’ de Santiago de Cuba, devant le président Raúl Castro, le pape a aussi exprimé son soutien aux prisonniers politiques détenus sur l’île. Enfin, il a souligné que le voyage de Jean-Paul II à Cuba, en 1998, avait laissé «une empreinte indélébile dans l’âme des Cubains» et avait marqué une nouvelle étape dans les relations entre l’Eglise et l’Etat cubain.
Dans son premier discours sur l’île, Benoît XVI s’est ainsi dit «convaincu que Cuba, en ce moment particulièrement important de son histoire, regarde déjà vers demain, et s’efforce pour cela de rénover et d’élargir ses horizons, ce à quoi coopère cet immense patrimoine de valeurs spirituelles et morales qui ont formé son identité la plus authentique». Cette notion d’ouverture était déjà présente dans un célèbre discours prononcé 14 ans plus tôt par Jean-Paul II, qui déclarait : «Cuba doit s’ouvrir au monde et le monde doit se rapprocher de Cuba».
L’Eglise, a assuré Benoît XVI devant l’ensemble de l’épiscopat cubain et d’autres évêques d’Amérique latine, de son côté, a su contribuer avec diligence à la promotion de ces valeurs à travers sa mission pastorale généreuse et désintéressée et «renouvelle son intention de continuer à travailler inlassablement pour mieux servir tous les Cubains».
Crise spirituelle et morale
Dans son discours, le pape a aussi évoqué la crise économique mondiale, qui trouve selon lui ses racines dans «une profonde crise de type spirituel et moral, qui a laissé l’homme vide de valeurs et sans protection devant l’ambition et l’égoïsme de certains pouvoirs qui ne prennent pas en compte le bien authentique des personnes et des familles».
A ses yeux, il faut donc cesser de «suivre plus longtemps la même direction culturelle et morale qui a causé la situation douloureuse que tant de personnes subissent». Ces propos semblaient notamment faire écho à ceux qu’il avait prononcés le jour de son départ pour le Mexique, lors de la traditionnelle conférence de presse donnée à bord de l’avion papal. «Il est aujourd’hui évident que l’idéologie marxiste, comme elle avait été conçue, ne répond plus à la réalité», avait confié le pape, pour qui la société doit trouver de nouveaux modèles.
Selon Benoît XVI, «le progrès véritable nécessite une éthique qui place en son centre la personne humaine et qui prenne en compte ses exigences les plus authentiques, de manière spéciale, sa dimension spirituelle et religieuse».
Prisonniers
Interlocuteur fréquent et critique du régime castriste, l’Eglise catholique de Cuba s’est récemment attachée, avec succès, à faire libérer des prisonniers politiques. Dans son discours, le pape n’a d’ailleurs pas manqué d’assurer ces derniers de son soutien. «Je porte dans mon cœur les justes aspirations et les désirs légitimes de tous les Cubains, leurs souffrances et leurs joies, leurs préoccupations et leurs souhaits les plus nobles», a-t-il affirmé, en évoquant de manière spéciale le cas des prisonniers et de leurs familles.
Le souvenir de la visite historique de Jean-Paul II à Cuba, du 21 au 26 janvier 1998, marquera certainement les trois jours que Benoît XVI passera sur l’île. Quelques minutes à peine après être descendu de l’avion à l’aéroport de Santiago, le pape allemand a d’ailleurs dressé un portrait élogieux de son prédécesseur, «qui a laissé une empreinte indélébile dans l’âme des Cubains». Pour beaucoup, a affirmé Benoît XVI, croyants ou non, l’exemple et les enseignements de Jean-Paul II sont «un guide lumineux qui les oriente aussi bien dans leur vie personnelle que dans leur action publique au service du bien commun de la nation».
Benoît XVI n’a pas hésité à comparer le passage à travers l’île du pape polonais à «une brise suave d’air frais qui a donné une nouvelle vigueur à l’Eglise à Cuba». La visite de Jean-Paul II à Cuba a permis d’inaugurer «une nouvelle étape dans les relations entre l’Eglise et l’Etat cubain, avec un esprit de meilleure collaboration et confiance», a souligné le pape, regrettant toutefois que «de nombreux aspects dans lesquels on peut et l’on doit avancer demeurent encore», comme «l’apport imprescriptible que la religion est appelée à développer dans le domaine public de la société».
14 ans après Jean-Paul II
Quant au président Raúl Castro, il a en particulier souligné que, 14 ans après la visite de Jean-Paul II, l’embargo qui frappe l’île et auquel l’Eglise est opposée continue. «Cuba vous accueille avec affection», a aussi lancé le chef d’Etat à Benoît XVI, évoquant les bonnes relations entre l’Eglise locale et les autorités civiles ainsi qu’entre le Saint-Siège et Cuba.
Dans son discours, Raúl Castro, costume sombre et cravate rouge, a en outre qualifié la finance de «pouvoir oppressif», avant de parler de la «crise systémique provoquée par une consommation opulente» qui touche le monde entier. Il a déploré que d’énormes richesses ne servent que quelques-uns. «Les ›indignados’ ne supportent pas les injustices», a encore déclaré le président cubain, affirmant également que la corruption de la politique faisait partie des maux de notre époque. Enfin, il a évoqué la dimension morale de la crise, une expression souvent utilisée par Benoît XVI lui-même.
Les deux hommes ont pris la parole après l’exécution des hymnes et le tir de 21 coups de canon, à quelques mètres du tarmac. Face au pape, une grande affiche était déployée, portant l’inscription «Benvenido a Cuba Su Santidad Benedicto XVI». Au loin, quelques fidèles étaient rassemblés sur le toit du petit terminal rouge et jaune de l’aéroport.
Au terme de la cérémonie d’accueil, Benoît XVI est parti en direction du siège de l’archevêché de Santiago de Cuba, en voiture couverte. (apic/imedia/ami/mp)



