Rencontre avec le pape: événement inoubliable, déficit à combler

Berne: 265e assemblée ordinaire de la Conférence des évêques suisses (CES)

Berne, 2 septembre 2006 (Apic) La rencontre des Suisses avec le pape les 5 et 6 juin dernier est un événement inoubliable contribuant à édifier l’Eglise en Suisse, a déclaré jeudi à Berne Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses (CES). Pour des charges de quelque 3,5 millions de francs, le déficit de cette visite est toutefois d’environ 900’000 francs, que les catholiques suisses sont invités à combler.

Mgr Amédée Grab a fait le bilan, au cours d’une conférence de presse, des travaux de la CES, qui a tenu sa 265e assemblée ordinaire au Séminaire du diocèse de Sion à Givisiez, aux portes de Fribourg. Du 30 août au 1er septembre 2004, la CES a notamment analysé de manière approfondie les réactions fort contrastées au document romain «Redemptionis Sacramentum» sur la question de l’eucharistie.

Pour les évêques suisses, ces réactions montrent qu’un approfondissement du mystère de l’eucharistie est nécessaire. A ce propos, les fidèles en Suisse attendent plus qu’une simple liste d’interdits, a souligné le président de la CES. Les évêques suisses mettent la dernière main à un document sur la question de la liturgie et du ministère, qu’ils comptent publier prochainement, en tout cas avant leur visite ad limina à Rome prévue au début de l’an prochain.

Les évêques n’ont pas peur des femmes et des laïcs

Interrogé par Erwin Koller, membre du conseil de fondation de la «Herbert Haag Stiftung», Mgr Grab a relevé que les demandes de la Fondation n’étaient arrivées, la veille, que cinq minutes avant la fin des travaux des évêques. Elle les interpellait sur des questions comme l’abrogation du célibat obligatoire des prêtres, l’intercommunion, les droits égaux pour les femmes. Le président de la CES a estimé que les évêques ont certes des soucis. Mais il serait à ses yeux absurde de laisser croire que les évêques auraient peur des laïcs ou des femmes: «Quelle Eglise dirigeraient-ils sans les femmes et les laïcs ?»

En matière d’inculturation de l’Eglise en Suisse, cependant, il ne s’agit pas seulement d’une question d’éléments linguistiques, musicaux, mais d’une sensibilité qui s’est développée et qui ne peut être ignorée. Mgr Grab se déclare prêt à tout moment à avoir un dialogue ouvert à ce propos avec les gens engagés dans la pastorale, mais il souligne que les diocèses suisses – avant tout alémaniques – appartiennent finalement à l’Eglise universelle.

La dimension oecuménique de l’eucharistie

Pour le président de la CES, il est clair que toutes les communautés chrétiennes en Suisse célèbrent la sainte cène ou l’eucharistie, mais elles le font dans un cadre liturgique et de doctrine assez différents. En ce qui concerne le mystère de l’eucharistie, il n’y a aucune différence de compréhension du mystère de l’eucharistie entre les orthodoxes et les catholiques – les divergences sont ailleurs – mais on ne peut dire la même chose des réformés, par ex.

Si la célébration commune n’est pas possible avec les orthodoxes, car l’union ecclésiale n’est pas faite, on a des réalités encore plus divergentes avec les communautés issues de la Réforme, insiste Mgr Grab. «Le jour où il sera possible, sans aucune difficulté, de célébrer ensemble le mystère de l’eucharistie, l’oecuménisme sera arrivé à son terme». Tant qu’il n’y a pas de communion ecclésiale parfaite, insiste-t-il, il n’y a pas d’eucharistie commune, «et c’est très douloureux». L’hospitalité eucharistique que connaît l’Eglise catholique est réglée par le Directoire oecuménique de 1993 qui indique qui peut être admis ou invité à la communion sans être catholique. «Mais cela ne veut pas dire que tous ceux qui viennent à la célébration sont invités parce baptisés, et que tous les catholiques qui assistent au culte peuvent se laisser inviter», insiste Mgr Grab.

Rencontre des jeunes catholiques avec le pape Jean Paul II

La Rencontre nationale des jeunes catholiques (RNJC) et la visite de Jean Paul II à Berne en juin dernier – qui ont attiré 14’000 jeunes le samedi et 70’000 fidèles de tous âges le dimanche – ont été un grand moment, estiment les évêques suisses. Ils pensent déjà à la mise sur pied d’une coordination nationale permanente des activités de jeunes, notamment pour donner des impulsions à la pastorale des jeunes dans les différents diocèses, organisations, mouvements et communautés. Un portail internet des jeunes catholiques suisses démarrera ces prochains temps à l’adresse http://www.leve-toi.ch.

Les évêques, qui donneront prochainement un bilan financer définitif de la visite du pape, lancent un nouvel appel à la générosité des catholiques de Suisse. Toutes les factures ne sont pas encore arrivées, notamment en ce qui concerne la revitalisation de la plaine de l’Allmend à Berne, qui a partiellement souffert de la foule.

Votations fédérales du 26 septembre

Même si Mgr Grab n’est pas totalement satisfait – les femmes au foyer n’en tirent aucun bénéfice – il salue tout de même, comme tous les évêques suisses, le projet d’assurance maternité qui passera en votation populaire le 26 septembre. En matière de naturalisation facilitée des étrangers des 2e et 3e générations, les évêques qualifient de positive une telle démarche visant l’intégration des étrangers, qui forment tout de même le 30% des catholiques suisses. Les évêques soutiennent la prise de position de leur commission nationale «Justice et Paix» sur l’assurance maternité, rejointe par les autres commissions de la CES, «Couple et Famille» et «Femmes dans l’Eglise».

«Justice et Paix» rappelle qu’aujourd’hui en Suisse, 88% des femmes exercent une activité professionnelle à la naissance de leur premier enfant et plus de la moitié en conservent une ensuite. Le projet Triponez profite donc à la majorité des femmes. Concernant la naturalisation des étrangers, la CES renvoie à la position de Caritas Suisse, qui sera rendue publique sous peu.

Présent pour la première fois à une conférence de presse de la CES, le nouvel évêque de Lugano, Mgr Pier Giacomo Grampa, a estimé que le problème du christianisme et de la foi aujourd’hui est essentiellement un problème de communication. Et de signaler à ce propos que conscient des difficultés vécues par la presse écrite en Suisse, il a cherché à sauver le quotidien catholique tessinois «Giornale del Popolo». «Je me demande pourquoi c’est le mien qui devrait tomber», a-t-il lâché. Le prélat tessinois examine également le moyen d’être présent à la Télévision suisse italienne, non seulement avec la messe – par ailleurs très appréciée des téléspectateurs – mais aussi avec un programme plus adapté à ce média. (apic/be)

2 septembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!