Les mouvements d’Eglise face à l’intégration des étrangers

Berne: Assemblée de la Commission des évêques suisses pour les migrants

Berne, 24 mai 2005 (Apic) «L’ouverture à tous, quels que soient la nationalité, le statut social ou la religion, ne va pas de soi. Accepter d’accueillir l’étranger, c’est accepter d’être dérangé dans ses habitudes et son confort», estime Andréa Wassmer. La présidente de la communauté romande de l’apostolat des laïcs (CRAL) s’exprimait mardi 24 mai à Berne lors de l’assemblée de «migratio», la Commission de la Conférence des évêques suisses pour les migrants.

Forte de ses 23 mouvements – par ex. Pax Christi, Mouvement franciscain laïc, mouvements d’Action catholique, Focolari, Sant’Egidio. – la CRAL doit chercher à s’ouvrir davantage aux étrangers. «En Suisse romande, des mouvements ouverts à tous. ce n’est encore qu’une ébauche de la réalité, il faut tendre vers cette ouverture», a lancé Andréa Wassmer.

Les étrangers en Suisse – ils sont près de 1,5 million (dont plus des 2/3 ont un permis d’établissement) et forment le 20,2% de la population totale (en légère progression de 0,1% par rapport à l’année 2003) – représentent à eux seuls le tiers des catholiques de nos diocèses. Il s’agit là d’une des proportions les plus élevées en Europe, et donc d’un défi important pour réussir leur intégration dans l’Eglise et dans la société.

Si une personne sur cinq en Suisse possède un passeport étranger, dans le monde du travail, la proportion passe à une sur quatre. Mais, a relevé l’ethnologue Pascale Steiner, collaboratrice scientifique de la Commission fédérale des étrangers (CFE), les différences sont énormes selon les secteurs économiques: si dans la gastronomie, la proportion des actifs est d’un étranger sur deux, la proportion descend à un sur vingt dans l’administration fédérale. Pascale Steiner a plaidé pour l’ouverture des frontières institutionnelles, notamment dans l’Eglise, par un oecuménisme renforcé et la promotion du dialogue interreligieux.

La globalisation menace plus la Suisse que le nombre d’étrangers

Certes, à l’heure actuelle, en Suisse, le climat n’est pas des plus favorables aux étrangers. Les affiches «anti-Schengen» et les présages mensongers de l’UDC» attisent la peur, souligne la présidente de la CRAL. On sème la crainte avec la question «Combien y a-t-il de places pour les étrangers en Suisse?», a relevé de son côté Verena Bürgi-Burri, présidente centrale de la Ligue suisse des femmes catholiques SKF.

Ancienne présidente de commune de Dallenwil, dans le canton de Nidwald, V. Bürgi-Burri a estimé pourtant que «notre culture suisse» est bien davantage menacée par le nouvel ordre économique mondial et la globalisation que par les hommes qui arrivent de l’extérieur dans notre pays.

Citant pour la Suisse alémanique l’exemple des mouvements pour les enfants et les jeunes «Blauring» et «Jungwacht», le Lucernois Guido Däschler a rappelé que ces deux mouvements, les «Jubla», regroupent près de 15’000 filles et 10’000 garçons encadrés par plus de 7’800 moniteurs.

Seuls 15% de ces jeunes garçons et filles n’ont pas le passeport suisse. «Une petite proportion, quand on considère le potentiel que représente une intégration des enfants et des jeunes étrangers», lâche le dirigeant des «Jubla». Qui remarque que jusqu’à 12 ans, les nationalités sont relativement mélangées, mais les Suisses dominent largement dans la classe d’âge 12-16 ans.

A 16 ans, dans le «Blauring» et la «Jungwacht», on passe dans les cadres du mouvement. Cela représente également un moment crucial où l’on assiste souvent à la séparation définitive entre Suisses et étrangers. Il faut désormais participer à des séances, lire et écrire des protocoles, diriger un groupe tous les samedis, rencontrer les parents le soir.»Un jeune étranger doit être très bien intégré et accepté pour pouvoir assumer ce rôle et cette responsabilité», affirme le responsable lucernois. Même si les dirigeants de ces mouvements de jeunes en sont conscients, il reste beaucoup d’obstacles à franchir – barrières de langue, volonté d’intégration des parents et des responsables des organisations de jeunesse, etc. – pour réussir à intégrer les enfants et les jeunes étrangers dans les «Jubla». «Tous doivent être convaincus de la nécessité de l’intégration, c’est la seule façon de réussir», a-t-il encore lancé.

Trouver des ressources financières pour les nouvelles missions linguistiques

L’assemblée générale de «migratio», présidée par l’ancien conseiller national tessinois Fulvio Caccia, a relevé le recul constant des prêtres engagés dans la pastorale des migrants. «Un manque qui se fait sentir», a relevé «migratio». Fin 2004, 126 prêtres travaillaient dans ce secteur à plein temps, contre 133 l’année précédente. 16 autres étaient actifs à mi- temps, ainsi que 2 diacres et 41 assistants pastoraux dans 131 missions linguistiques.

Face aux demandes d’instituer de nouvelles missions linguistiques pour les migrants de plus récente date – Philippins, Coréens, etc. – les diverses organisations ecclésiastiques cantonales appelées à les financer exigent de n’ériger de nouveaux postes pastoraux que si les missions dites «anciennes» (Italiens, Espagnols, etc.) sont réduites. Cette demande est difficilement réalisable: les missions «anciennes» sont organisées et financées par les cantons alors que les nouvelles assument une tâche intercantonale ou supradiocésaine coordonnée par «migratio» et co-financée par les Eglises cantonales. Dans ce domaine, «migratio» attend encore des directives de la Conférence des évêques. (apic/be)

24 mai 2005 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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