Violence des jeunes: illusion des médias ou réalité sociale?
Berne : Assemblée générale de Migratio, commission de la CES pour les migrants
Jacques Schouwey, pour l’Apic
Berne, 16 mai 2007 (Apic) La Commission de la conférence des évêques suisses (CES) pour les migrants, Migratio, a tenu ses assises annuelles dans la ville fédérale le 16 mai. Elles ont eu pour thème la question de la violence chez les jeunes et plus particulièrement chez les jeunes immigrés.
En présence de Mgr Norbert Brunner, évêque de Sion et délégué de la CES pour les migrants, une quarantaine de personnes ont participé à l’assemblée qui a approuvé à l’unanimité les activités menées par Migratio durant l’année 2006.
Restructuration et nouveau mode de financement
Rondement menée par Fulvio Caccia, président de Migratio et ancien conseiller national, la partie statutaire de l’assemblée a dévoilé la réorganisation de l’institution. Deux points caractérisent cette réorientation: 1) à la place de la structure d’une association propre, Migratio devient un organe de la CES, intégré au secrétariat de cette conférence; 2) un «nouveau modèle pour l’administration et le cofinancement des postes pastoraux interdiocésains/intercantonaux pour les migrants» est mis en place. Les Missions couvrant moins de cinq cantons «doivent être régionalisées et placées sous la responsabilité de l’administration cantonale du siège de la Mission». Le financement sera assuré pour 50% par la Conférence centrale catholique-romaine (RKZ), qui tiendra compte des moyens financiers des Eglises cantonales, du nombre de fidèles et de l’importance des impôts ecclésiastiques. Les 50% restant seront couverts au prorata du nombre de catholiques par canton. Ces mesures ont en principes été approuvées par les instances compétentes de la CES et de la RKZ.
Violence des jeunes: trois regards
La partie thématique a permis à trois personnalités de s’exprimer sur la question de la violence actuelle chez les jeunes. Katja Dannecker, cheffe de la section intégration de l’Office Fédéral des migrations, a mis en garde contre les clichés reçus, préférant l’analyse des faits pour montrer qu’il est avéré que le nombre de crimes commis par des jeunes est en augmentation inquiétante. Mais ce sont toujours des minorités de jeunes qui commettent la majorité des délits. Les chiffres montrent aussi que les auteurs étrangers sont surreprésentés, et que cela est dû souvent à des situations familiales ou sociales difficiles. Pour Katja Dannecker, ce n’est pas l’origine ethnique mais le statut précaire qui est responsable de la violence chez les jeunes. Elle décrit les mesures envisagées par l’Office fédéral des migrations pour enrayer cette flambée de violence, dont la principale est la promotion de l’accès à une bonne formation. Encourager des entreprises à engager des jeunes étrangers pour des apprentissages doit contribuer à leur meilleure intégration dans le pays. Le subventionnement de projets de prévention dans les villes où la violence se fait particulièrement sentir fait aussi partie de ces mesures.
Selon Michel Lachat, président de la Chambre pénale des mineurs du canton de Fribourg, il n’y a qu’une minorité de jeunes qui recourent à la violence, le 95% ayant une activité et une vie sociales normales. Si la violence a toujours existé, le juge rappelle que les adultes, les parents en particulier, doivent assumer leurs responsabilités dans l’éducation. Il voit les causes de la recrudescence de la violence chez les jeunes dans les carences familiales, une scolarité mal vécue, un chômage précoce, la banalisation des jeux de violence et de sexe dans les moyens de communication. La consommation d’alcools et de stupéfiants, l’affaiblissement des normes sociales et la réaction à leur transgression, font également partie des causes de cette augmentation de la violence. Le juge Lachat perçoit aussi des causes liées à la migration elle-même. Ainsi les problèmes vécus dans le pays d’origine accompagnent les migrants dans leur nouveau lieu de vie. La méconnaissance des us et coutumes du pays d’accueil, ainsi que de la langue, entraînent des chocs culturels et tendent à donner aux jeunes une mauvaise image de soi. De plus, il constate qu’à l’égard des étrangers, le dépôt de plaintes est systématique, ce qui n’est pas le cas pour des jeunes Suisses. Pour lui, l’important est d’agir sur les causes de cette violence et de coordonner tous les efforts des intervenants: parents, enseignants, communautés, associations culturelles et sportives, etc. Les Droits de l’enfant, signés par la quasi-totalité des pays (à l’exception des Etats-Unis et de la Somalie), exigent de la part des Etats de prendre les mesures nécessaires pour permettre à chaque jeune de devenir un adulte responsable.
La violence juvénile acquiert une certaine visibilité
Dominik Schenker, animateur de jeunes à Zurich, se place dans une perspective pratique et remarque qu’il est faux de considérer la jeunesse uniquement sous l’angle de la violence. Thématisée par les médias, la violence juvénile acquiert une certaine visibilité et donne à ses acteurs une certaine présence dans la société. C’est souvent l’absence de travail ou le manque de perspective qui donne naissance à des comportements inadéquats, où les jeunes s’excluent de la société et ignorent les normes sociales pour promouvoir leurs propres valeurs dans des bandes. L’animateur voit aussi la violence, dans certains cas, comme une activité qui permet de chasser l’ennui, de s’amuser. Très souvent vient se greffer l’idée de l’honneur bafoué qu’il faut venger: une simple provocation, arbitraire, peut engendrer une flambée de violence et d’agressions. Les intimidations, le non respect des limites, les harcèlements sexistes ou racistes, tout cela contribue à faire boule de neige. Dominik Schenker insiste sur le fait que seule la prévention peut enrayer le phénomène. C’est en soutenant les jeunes et en mettant à leur disposition des moyens adéquats pour un bon développement que l’intégration peut vraiment se faire, et non en les blâmant ou en les exorcisant par les médias. (apic/js)




