Berne: Clôture de la Conférence Nord-Sud «Pas d’avenir sans solidarité»
Bilan positif malgré le désintérêt de l’économie suisse
Berne, 29 mai 1998 (APIC) La Conférence Nord-Sud pour un développement durable qui a réuni plus de 800 personnes de 40 pays au Palais fédéral s’est achevée vendredi sur un bilan globalement positif. «Nous avons atteint le maximum de ce que nous pouvions espérer» a déclaré Richard Gerster, directeur de la Communauté de travail Swissaid, Action de Carême, Pain pour le Prochain, Helvetas, Caritas. Il déplore néanmoins que l’économie suisse n’ait pas mieux saisi cette possibilité de dialogue.
«Pas d’avenir sans solidarité». C’est sous ce slogan que les oeuvres d’entraide ont placé leur contribution à la réflexion à l’occasion du 150e anniversaire de l’Etat fédéral. La Communauté de travail s’était fixée deux objectifs pour cette Conférence Nord-Sud. D’abord faire connaître à l’opinion publique suisse les préoccupations des pays du Sud. Mission accomplie, estime Richard Gerster. Les médias ont accordé une large attention dès le début aux thèmes de la Conférence. Le marché Nord-Sud installé sur la Place fédérale a en outre permis de sensibiliser de larges cercles de la population.
Le second objectif était de donner de nouvelles impulsions à la politique de développement de la Suisse. Les contributions apportées lors des ateliers, auxquels de nombreux délégués de pays du Sud participaient, ont permis une approche plus créative qui devra maintenant être systématiquement retravaillée, souligne le directeur de la Communauté de travail. Les résultats de ces travaux devraient être publiés au printemps 1999 sous forme de livre.
Les invités du Sud ont été impressionnés par le fait que cette conférence organisée par des oeuvres d’entraide privées ait pu se dérouler au Palais fédéral. «Les formes du dialogue et de la démocratie en Suisse ont suscité un grand intérêt.» On peut se demander si à l’avenir la participation de la société civile à l’élaboration de la politique de développement ne devrait pas encore être développée, remarque R. Gerster.
La Suisse ne mérite pas que des louanges
Durant les cinq jours de conférence, la Suisse n’a cependant pas reçu que des louanges. A plusieurs reprises les représentants du Sud ont déploré le «déficit de solidarité du pays le plus riche du monde» qui se remarque dans le recul des montants attribués à l’aide au développement. La Suisse n’est pas prête aujourd’hui à renoncer à son confort au nom de la solidarité. Il a aussi été souvent question du manque de cohérence entre les divers aspects de la politique suisse: exportation d’armes, rôle de la place financière pour les capitaux en fuite, garantie des risques à l’exportation servant parfois à financer des projets douteux, ou encore génie génétique, note le directeur de la Communauté de travail.
Désintérêt de l’économie suisse
Autre sujet de déception pour les œuvres d’entraide et leurs invités : le désintérêt des grands capitaines de l’économie suisse. Malgré les nombreux efforts, il n’a pas été possible d’intéresser les ténors de la finance à ce dialogue Nord-Sud. Ni Alex Krauer (Novartis), ni Helmut Maucher (Nestlé), ni Mathis Cabiallavetta (UBS) ne se sont déplacés. L’économie suisse a raté une chance d’ouvrir le dialogue. A la globalisation de l’économie ne correspond pas la globalisation des responsabilités, note R. Gerster.
La peur de la globalisation dans les pays du Sud s’est clairement manifestée dans la radicalité des votes de la conférence, à propos de la liberté du commerce et de la souveraineté nationale en matière économique. Les oeuvres suisses d’entraide ont pris acte de ces positions. Même si elles ne les partagent pas, elles veilleront à mettre en place des «glissières de sécurité» contre les dérapages du libre commerce, conclut R. Gerster. (apic/job/mp)



