L’Islam en Europe en Suisse: un défi à la société sécularisée

Berne: Dixième anniversaire de la Communauté des chrétiens et des musulmans en Suisse

Berne, 3 septembre 2000 (APIC) L’importance de la communauté islamiste en Suisse et en Europe met la société occidentale sécularisée et les Eglises reconnues devant de nouveaux défis, a déclaré samedi à Berne Karl-Josef Kuschel, professeur à la faculté catholique de Tübingen, dans le cadre du colloque marquant les dix ans de la «Communauté des chrétiens et des musulmans». Plus de cent personnes de toute la Suisse ont pris part aux festivités anniversaires dans la capitale helvétique.

«Par le travail de sensibilisation accompli dans les écoles, les hôpitaux et parmi les couples mixtes chrétiens-musulmans, la «Communauté des chrétiens et des musulmans en Suisse» a œuvré concrètement à la coexistence dans la justice et la paix des religions en Suisse». Le professeur de théologie à Tübingen (Allemagne), Karl-Josef Kuschel dont les travaux portent sur le dialogue inter religieux, a relevé que l’importante communauté musulmane en Suisse (200’000 membres) et en Europe (20 millions) posait de nouveaux défis aux Eglises établies et à la société sécularisée actuelle. «Les membres des religions mondiales portent ensemble la responsabilité de la paix et de la justice», a-t-il souligné.

Le théologien a demandé à l’assistance de se rappeler l’histoire d’Abraham, ancêtre aussi bien du judaïsme que de la chrétienté et de l’islam. «L’œcuménisme en partant d’Abraham, c’est le contraire du fanatisme religieux et de la divinisation de sa propre religion, nationalité ou culture». S’adressant aux chrétiens, il a souligné que la «fraternité» avec les autres religions n’était pas facultative mais faisait partie intégrante de la foi chrétienne.

Ne pas occulter les différences

Les particularités religieuses sont importantes et ne doivent pas être sacrifiées au profit d’une «religion d’Abraham» a pour sa part précisé Elsayed Eshahed, professeur de philosophie à l’université Al Azhar, au Caire. Pour dépasser les différences, il faut d’abord les connaître, les faire apparaître et surtout ne pas les occulter. Pour le professeur égyptien, l’un des facteurs freinant le dialogue avec les chrétiens, c’est la vision négative de l’islam que propagent les médias occidentaux et ses «pseudo scientifiques».

Karl-Josef Kuschel a répondu que les stéréotypes négatifs sur la religion de l’autre étaient répandus aussi bien dans le monde musulman que dans les pays occidentaux. «Ce qui manque, c’est une connaissance positive de part et d’autre.»

Un participant musulman au colloque a appelé chrétiens, juifs et musulmans à faire leur auto critique: «les musulmans sont prompts à dire ce qui est juste, sans toutefois combattre l’injustice avec la même détermination. «Les chrétiens se voient comme les sauveurs du monde mais ne sont pas prêts à porter leur croix, à la suite du Christ. Les juifs se considèrent comme le peuple élu par Dieu mais oublient que ce privilège comporte également des devoirs.»

La communauté des chrétiens et des musulmans en Suisse a vu le jour en décembre 1990, suite à une session organisée par le secteur œcuménisme mission et développement des Eglises réformées Berne – Jura. Elle compte des représentants d’Eglises reconnues, d’institutions islamiques, de groupes ethniques et d’associations bi-religieuses, ainsi que des membres individuels. Ses membres ne se considèrent pas seulement comme un groupe de travail: ils célèbrent et prient ensemble. Le comité de la communauté est composé de théologiens et de laïcs des deux religions. La présidence est co-assumée par Samia Osman, de Bienne, représentante de la communauté musulmane, et d’Albert Rieger, de l’Eglise réformée Berne-Jura. (apic/com/mjp)

3 septembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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