Le pays a besoin de données précises sur l’appartenance religieuse

Berne: Eglises et communauté juive rejettent le projet de sondage pour le recensement

Berne, 5 février 2006 (Apic) Les Eglises nationales et la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) demandent des données précises sur l’appartenance religieuse des habitants. Elles rejettent donc le projet d’un sondage à ce propos lors d’une réponse commune à l’Office fédéral de la statistique dans le cadre d’une consultation sur le recensement de 2010.

La lettre de réponse, datée du 30 janvier, est signée des représentants des instances pastorales et administratives des Eglises catholique-romaine, évangéliques réformées, catholique-chrétienne et de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI).

La Confédération a l’intention de remplacer le recensement systématique de tous les habitants par un sondage ou un relevé des registres officiels, ce que les signataires de la prise de position refusent. En septembre dernier, la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (CCCRS/RKZ), lors de son assemblée plénière à Saint-Gall, s’était déjà prononcée en faveur du maintien du recensement fédéral et de l’enregistrement de l’appartenance religieuse.

Décision du Conseil fédéral contestée

En juin 2005, le Conseil fédéral a décidé que le recensement de 2010 s’appuierait uniquement sur les données à disposition dans les registres officiels. En ce qui concerne les communautés religieuses, cette décision aurait pour conséquence que l’on ne disposerait plus désormais que des données statistiques relatives aux cantons dans lesquels ces communautés sont au bénéfice d’une reconnaissance de droit public. Le tableau du paysage religieux en Suisse ainsi obtenu serait lacunaire, estiment les Eglises. En particulier, l’appartenance à l’islam échapperait à tout enregistrement et la situation serait pratiquement la même s’agissant des catholiques dans les cantons de Genève et de Neuchâtel, pour lesquels on ne disposerait d’aucunes données comparables à celles recueillies dans d’autres cantons.

De concert avec la Fédération des Eglises protestantes de Suisse, l’Eglise catholique chrétienne de Suisse et la FSCI, la Conférence des évêques et la Conférence centrale se sont adressées au conseiller fédéral Pascal Couchepin, afin d’attirer son attention sur les préoccupations des communautés religieuses. Dans sa réponse, le ministre de l’intérieur avait alors souligné que le Conseil fédéral était conscient de la situation et que d’autres consultations étaient prévues lors desquelles le point de vue des Eglises serait apprécié.

On a besoin de statistiques fiables et à jour

Plusieurs cantons et des spécialistes de la statistique et de la planification ont déjà fait savoir aux communautés religieuses que la procédure proposée, outre de nombreux autres désavantages, conduirait à une perte d’informations concernant l’appartenance religieuse. Les communautés religieuses ne sont pas d’accord avec la proposition de la Berne fédérale.

Elles soulignent également le changement rapide du paysage religieux actuellement en Suisse: ainsi, en une décennie, la part des musulmans dans la population suisse est passée de 2,21% à 4,26%, tandis que celle des «sans appartenance religieuse» est passée depuis le dernier recensement de 7,43% à 11,11%.

Les Eglises nationales et la FSCI estiment que des données précises sur l’appartenance religieuse sont absolument nécessaires. Elles attirent l’attention sur le fait qu’il serait incompréhensible que l’Etat renonce à s’informer de façon complète sur l’appartenance religieuse de la population, restreignant ainsi ses propres moyens de servir la paix religieuse. Ainsi, estiment les communautés religieuses suisses, des données statistiques sur l’appartenance religieuse sont indispensables dans de nombreux secteurs de la vie sociale. Et de mentionner la protection de la paix religieuse, l’organisation de l’aumônerie militaire et les diverses procédures de consultation.

La radio et la télévision ont besoin de ces données, de même que les organisations s’occupant d’intégration. Les cantons en ont besoin pour prendre des décisions qui concernent le droit ecclésiastique ou le droit des religions, dans le domaine de l’aumônerie des institutions ou concernant les cimetières de certaines communautés religieuses. Il en va de même pour la répartition de moyens financiers aux diverses communautés, notamment en matière d’impôts ecclésiastiques payés par les personnes morales.

Données indispensables pour la planification et l’organisation de la vie pastorale

Le nombre des membres des corporations religieuses cantonales est également important pour fixer les participations aux tâches supracantonales et financer les tâches au plan suisse, par exemple. Ces données sont aussi indispensables pour la planification et l’organisation de la vie pastorale.

La Constitution oblige la Confédération à fournir les données statistiques nécessaires concernant l’état et le développement de la population, de l’économie, de la société, du territoire et de l’environnement en Suisse. L’appartenance religieuse et le développement des communautés religieuses relèvent indiscutablement de ces données dont on a besoin pour comprendre le développement de la société.

La «religion» appartient effectivement à ces caractéristiques qui sont relevées tous les dix sans discontinuer depuis 1850, soulignent les signataires de la procédure de consultation. Cette dernière est notamment signée par Mgr Amédée Grab, président de la Conférence des évêques suisses, le pasteur Thomas Wipf, président du Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de Suisse (FEPS), Mgr Fritz-René Müller, évêque de l’Eglise catholique-chrétienne de Suisse, Alfred Donath, président de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) de Suisse, Gabriele Manetsch, présidente de la Conférence centrale catholique romaine de Suisse (CCCRS/RKZ). (apic/kipa/gs/job/be)

5 février 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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