Les oeuvres d’entraide et les Eglises se mobilisent

Berne: expulsion des Albanais du Kosovo réfugiés dans les églises (141093)

Berne, 14 octobre(APIC) «Ne pas défendre un innocent est intrisèquement

mauvais. L’éthique exige de nous un agir conséquent.» C’est par ces fortes

paroles, reprenant l’enseignement de l’encyclique «Veritatis splendor», que

le Père Roland B. Trauffer, secrétaire de la Conférence des évêques suisses, s’est prononcé jeudi contre le renvoi de 270 requérants d’asile Albanais du Kosovo, dont une centaine ont trouvé asile dans 18 paroisses du

canton de Berne.

Lors d’une conférence de presse jeudi à Berne des représentants des

Eglises protestantes de Suisse et de la communauté juive se sont associés à

cette démarche lancée convoqué par l’Office suisse d’aide aux réfugiés

(OSAR).

Le devoir des Eglise est de s’engager pour les personnes en danger. Il

serait «choquant» qu’il n’en soit pas ainsi, relève le Père Trauffer. Se

placer du côté des réfugiés , des personnes menacées, est déterminant. «Si

nous ne nous solidarisons pas avec chaque homme, nous passons à côté de

notre devoir», même si cela est désagréable. Le père Trauffer demande à la

Confédération, non pas une solution globale dans le domaine des réfugiés,

mais de chercher des solutions particulières. A titre personnel, il loue le

courage du geste fraternel des 18 paroisses qui ont accueilli les Albanais

du Kosovo.

Le Conseil de la Fédération des Eglises protestantes de la Suisse (FEPS)

respecte la décision des paroisses et l’engagement des communautés, a souligné Bruno Bürki, vice-président du Conseil. Les chrétiens doivent suivre

leur conscience plutôt que les ordres des autorités. Il a appelé avec

insistance les autorités fédérales à prendre au sérieux les évaluations des

oeuvres d’entraides, d’Amnesty International ou même de l’ONU sur la

situation dans cette partie de l’ex-Yougoslavie et d’en tirer les conséquences.

Martin Rosenfeld, secrétaire de la Fédération des communautés israélites,

a rappelé pour sa part que la politique d’asile de la Suisse durant la deuxième guerre mondiale – un des chapitres les plus sombres de son histoire ne doit pas se renouveler. Martin Rosenfeld se demande si les autorités

peuvent vraiment juger en toute bonne conscience.

«Nous avons espéré une solution humaine», a explique la conseillère nationale Angeline Fankhauser, présidente de l’OSAR. L’évaluation de la situation au Kosovo n’est pratiquement pas remise en cause, mais les autorités veulent tout de même renvoyer les Albanais. «On ne peut être plus cynique», ajoute-t-elle.

Autre conseiller national à s’engager dans la bataille, le Valaisan

Vital Darbellay, président de Caritas Suisse. Il a expliqué que les oeuvres

d’entraide et de nombreux politiciens ont tenté de s’entremettre, «non pour

jeter de l’huile sur le feu, mais pour atténuer les tensions». Une

délégation a rencontré le 6 octobre le Conseiller fédéral Arnold Koller. Le

chef du Département de Justice et Police n’a vu aucune raison de modifier

son attitude.

Jurg Krummenacher, directeur de Caritas Suisse, tient toujours un renvoi

des Albanais du Kosovo pour irresponsable. Il demande à la Confédération

d’accepter des Albanais comme des réfugiés de la violence. Tous les rapports soulignent les violations répétées des droits de l’homme au Kososvo.

Des pays comme les Pays-Bas, l’Allemagne, la Grande Bretagne, la France et

la Belgique ne renvoient d’ailleurs pas les Albanais du Kosovo. (apic/gsmp)

14 octobre 1993 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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