Berne: Forum 2009 de Caritas Suisse sur la société du travail
Retraite des «baby-boomers»: danger ou chance pour l’emploi?
Bernard Bovigny, Apic
Berne, 30 janvier 2009 (Apic) Près de 280 acteurs de la vie sociale et politique en Suisse ont participé, vendredi 30 janvier à Berne, au Forum annuel de Caritas Suisse. Seul un bon niveau de formation permettra de lutter contre le chômage en Suisse, ont souligné la plupart des intervenants. Dès 2018, notre pays assistera à la mise à la retraite de la génération «Baby-boom»: danger pour l’équilibre de la société ou chance offerte aux nombreux jeunes qui se lanceront dans le monde du travail?
Responsable du secteur Etudes à Caritas Suisse, Carlo Knöpfel a analysé différentes composantes qui ont marqué le monde du travail surtout ces cinq dernières années, considérées comme une période de forte croissance économique, durant laquelle 300’000 nouveaux emplois ont été créés en Suisse. Mais ce contexte euphorique n’a pas permis de porter un coup fatal au chômage. On peut même parler de stagnation, s’il l’on tient compte du nombre réel de personnes en recherche d’emploi non inscrits au chômage (personnes sans emploi au bénéfice de l’aide sociale, sous-occupées, pré-retraitées involontaires, ou jeunes adultes dans des «offres passerelles», …)
L’économiste de Caritas Suisse a repéré trois groupes à haut risque de mise au chômage: les jeunes adultes non encore intégrés au marché du travail, les personnes avec des faibles qualifications et celles de plus de 55 ans. Afin d’assurer un avenir serein face à la crise du travail qui pourrait accompagner celle de l’économie, Carlo Knöpfel préconise une politique de garantie du minimum vital (mise à mal ces dernières années), une plus grande co-responsabilité de l’Etat et de l’économie, et un système social qui intègre très tôt des éléments de formations en vue de faire réussir les parcours de scolarité.
La réinsertion professionnelle est la meilleure sécurité sociale
Professeur de politique sociale à l’Université de Lausanne, Giuliano Bonoli a présenté la réinsertion professionnelle comme le meilleur système de sécurité sociale. D’ailleurs, dès les années 1990 bon nombre de pays dans le monde, en particulier les Etats-Unis, le Danemark, la Grande-Bretagne et plus tard l’Allemagne, ont appliqué avec succès cette politique sociale visant à assurer un emploi à un maximum de personnes. De plus de 12% en 1994, le taux de chômage au Danemark est tombé à 2 ou 3% en 2007, alors que tous les économistes avaient fixé le «socle incompressible» (à savoir le taux en dessous duquel il est pratiquement impossible de viser) à 4%. En Suisse, certaines mesures adoptées dès 1995, notamment la révision de la loi sur l’assurance chômage, peuvent être assimilées à une politique de réinsertion professionnelle.
Giuliano Bonoli a souligné l’échec rencontré par ce qu’il nomme des «stratégies alternatives» (pré-retraite, AI pour des causes autres que la mauvaise santé, emplois «fictifs», …). Cette stratégie donne l’illusion de ne pas vivre une situation de chômage. Elle est «socialement faible». Une véritable politique orientée vers l’emploi, par contre, ne fait que des vainqueurs: les bénéficiaires, qui aspirent à une situation d’autonomie financière, les employeurs, qui voient les offres de travail renforcées, et les pouvoirs publics, bien sûr.
Le professeur de politique sociale a mis en évidence une période clé pour la situation économique de la Suisse. Dès 2018, les entrées sur le marché du travail ne compenseront pas les départs à la retraite. C’est en effet à ce moment-là que la génération «baby-boom» entrera dans sa soixantième année.
Un effet positif de ce phénomène sera le renforcement de l’emploi pour les jeunes. Mais, prévient-il, ceux qui ont de faibles qualifications rencontreront tout comme maintenant un plus fort danger de rester sur le carreau que les autres. C’est pourquoi il préconise, aujourd’hui comme dans le futur, une politique de formation toujours davantage orientée vers l’insertion ou la réinsertion professionnelle.
Pour une formation orientée vers l’emploi
La qualification professionnelle a également constitué un leitmotiv de l’intervention de Ursula Renold. Directrice de l’Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie, elle a souligné les handicaps rencontrés par les personnes sans qualification par rapport à celles qui ont accompli un apprentissage: 1’000 francs de salaire brut en moins en moyenne, trois fois plus de risque de se retrouver sans emploi, et 2,5 fois plus de risques de dépendre de l’aide sociale. Ursula Renold met en évidence la perméabilité du système de formation en Suisse, avec des possibilités de formation complémentaire en cours d’emploi notamment. Tout comme Giuliano Bonoli, elle prône une formation orientée vers l’emploi, qui offre de meilleures perspectives professionnelles et élargit l’horizon des bénéficiaires.
Boris Zürcher, économiste à Avenir Suisse, est certain que la prospérité va encore augmenter en Suisse malgré la crise économique actuelle. Entre 1930 et 2007, le PIB n’a d’ailleurs jamais cessé de croître. Tout comme d’autres intervenants, il a cependant pointé du doigt une période charnière pour l’emploi en Suisse, celle du départ à la retraite des «baby-boomers». Entre 2004 et 2029, le nombre de personnes en Suisse âgées de 65 ans va augmenter de 65% selon ses prévisions. Les conséquences de ce phénomène vont se ressentir peu à peu, à l’image du serpent qui tente d’avaler un éléphant et commence allègrement par la trompe. Pour l’économiste d’Avenir Suisse, notre pays ne pourra passer cette étape sans augmenter sa productivité. «Le plus grand défi pour notre avenir ne sera pas la création d’emplois, mais la création de la prospérité», a-t-il lancé. (apic/bb)



